Faire du fromage ou des yaourts sans vache n’est plus un concept de laboratoire. La startup française spécialisée dans la production de protéines laitières sans élevage annonce une levée de 25 millions d’euros en série B, complétée par un prêt d’environ 6 millions d’euros auprès d’un pool bancaire.
Ce tour de table réunit ses investisseurs historiques, parmi lesquels Astanor, le groupe Bel, Seventure Partners, GoodStartUp et Big Idea Ventures. De nouveaux entrants rejoignent également l’aventure, dont Bpifrance, Danone Ventures, Angelor, Newtree et Noshaq.
« Ce financement vise à accélérer notre développement. Nous allons renforcer notre R&D et structurer des partenariats industriels et commerciaux pour faire émerger un nouvel écosystème autour des protéines alternatives », explique Yvan Chardonnens, président de Standing Ovation. Il intervient après une première levée de 12 millions d’euros réalisée il y a trois ans.
Reproduire le lait… sans animal
Fondée en 2020, la startup s’attaque à un verrou clé de l’industrie agroalimentaire : la production de caséine, une protéine essentielle du lait, utilisée notamment dans les fromages, les yaourts ou les glaces.
Sa solution repose sur un procédé de fermentation de précision. Des micro-organismes sont nourris à partir de sucres issus du lactosérum, de la betterave ou de l’amidon de blé, afin de produire cette protéine en laboratoire. Une fois obtenue, la caséine est transformée en poudre et intégrée dans des produits alimentaires. Elle permet de reproduire les propriétés du lait, comme la texture filante d’une mozzarella ou la structure d’un yaourt.
« Nous valorisons des coproduits de l’industrie agricole française, et notamment le lactosérum, que nous utilisons comme ressource », précise Romain Chayot, cofondateur et directeur général de Standing Ovation.
Premier test grandeur nature avec Bel
Positionnée uniquement en B2B, la startup collabore déjà avec des industriels. À commencer par le groupe Bel, qui utilise sa technologie depuis 2022 et renouvelle aujourd’hui son partenariat. La startup met également en avant un argument clé pour ses clients : sa capacité, à terme, à proposer une protéine au même prix que celle issue de la production animale.
Au-delà de l’impact environnemental, l’enjeu est aussi stratégique. « Nous voulons contribuer à une forme de souveraineté alimentaire en Europe, en produisant localement à partir de ressources disponibles », souligne Romain Chayot. Standing Ovation prévoit par ailleurs de générer ses premiers millions d’euros de chiffre d’affaires dès cette année.
Objectif : les États-Unis, puis le monde
Pour accélérer, et pour ne pas reproduire le cas Ynsect, la startup fait le choix de s’appuyer sur des capacités industrielles existantes. Elle produit aujourd’hui via des partenaires en France, en Pologne et en Inde. Une stratégie qui lui permet de monter en puissance rapidement sans immobiliser trop de capital, même si la construction d’un site propre reste envisagée à moyen terme.
La prochaine étape est commerciale. Standing Ovation prévoit de lancer ses produits aux États-Unis dès cette année, sous réserve d’une autorisation de la Food and Drug Administration (FDA). Une demande a également été déposée en Europe. L’entreprise vise ensuite un déploiement progressif sur plusieurs marchés, notamment au Canada, en Chine et en Australie.
Dans son viseur : un marché mondial des protéines estimé à 600 milliards de dollars d’ici 2035. « Nous sommes les premiers à avoir "cracker" ce mécanisme de production de la protéine laitière. Nous voulons désormais devenir un champion européen dans ce secteur», affirme Yvan Chardonnens. Standing Ovation, qui emploie aujourd’hui 36 personnes, vise la rentabilité à horizon 2028.