Changement de cap chez ManoMano. Les deux fondateurs historiques, Christian Raisson et Philippe de Chanville, quittent leurs fonctions opérationnelles et passent le relais à Loïc Derrien, nommé directeur général. Passé notamment par les groupes industriels Vinci et Hilti, ce dernier est désormais chargé de piloter la place de marché dédiée au bricolage.
« Fonder et développer ManoMano a été une aventure extraordinaire. Je suis très fier de ce que nous avons construit avec nos équipes, nos clients et nos partenaires. Le moment est venu pour moi de passer le relais sur les fonctions opérationnelles, tout en continuant à soutenir l'entreprise au sein du comité stratégique », affirme Christian Raisson. Philippe de Chanville siègera lui aussi au comité stratégique.
Cette transition intervient dans un contexte plus délicat pour la scale-up française. Fondée en 2013, ManoMano a longtemps incarné une trajectoire de croissance rapide, enchaînant les levées de fonds jusqu’à une série F de 300 millions d’euros en 2021, qui la propulse au rang de licorne et accompagne son expansion européenne. Un an plus tard, l’entreprise a atteint un pic d’activité avec un volume d’affaires de 1,2 milliard d’euros. La société ne communique toutefois pas sur son chiffre d’affaires.
Une dynamique en net ralentissement
Depuis, l’environnement a profondément changé. Comme de nombreux acteurs du e-commerce portés par la période Covid, ManoMano a fait face à un double mouvement de normalisation de la demande et de durcissement des conditions de financement. En 2023, l’entreprise a été contrainte de supprimer environ un quart de ses effectifs, soit 230 postes. Elle emploie désormais près de 600 personnes.
« Il y a une période durant laquelle nous étions très fiers d’avoir levé beaucoup de fonds. Nous ne sommes plus du tout dans cette perspective », expliquait récemment Philippe de Chanville à Maddyness. Faute de financements et dans un contexte de croissance moins soutenue, la société est également sortie du Next 40 et du FT120 l’an dernier. Dans le même temps, sa valorisation a fortement reculé, selon une étude du cabinet de conseil Mighty Nine publiée en exclusivité par Maddyness.
Pour tenter de relancer sa dynamique, ManoMano mise notamment sur le BtoB, en s’appuyant sur sa data et ses capacités technologiques. « La différence importante entre ManoMano et les autres spécialistes du bricolage, c’est notre data, qui apporte une pertinence spécifique. Nous avons 30 algorithmes propriétaires », précisait Philippe de Chanville. La plateforme cherche ainsi à aller au-delà de la simple transaction en développant des services à destination des professionnels. « Nous voulons faciliter leur quotidien », expliquait-il, en évoquant des outils liés à la facturation, à la gestion de la TVA, aux rapprochements bancaires, aux achats groupés ou encore aux ressources humaines, avec un recours accru à l’intelligence artificielle.
Reste désormais à savoir si ce changement de gouvernance permettra d’inscrire ManoMano dans une nouvelle phase de développement. Car au-delà du départ des fondateurs, c’est bien la capacité de la scale-up à retrouver un modèle de croissance durable qui est désormais en jeu.