Tout commence avec une histoire personnelle. Celui de Xavier Louis, cofondateur et CEO de Five Lives, dont le père a reçu un diagnostic il y a six ans. « Aujourd'hui, lorsqu’on vous diagnostique Alzheimer, on vous renvoie chez vous sans aucune perspective. C'est un désert médical », dit-il. La maladie est la plus crainte chez les plus de cinquante ans, trois fois plus que le cancer, et son incidence devrait tripler d'ici 2050 avec le vieillissement de la population — de soixante millions de patients aujourd'hui à cent cinquante millions dans le monde.

Ingénieur de formation, entrepreneur depuis quatorze ans, il avait déjà cofondé Peak, une société spécialisée dans les jeux de simulation cérébrale pour accompagner les pathologies neurologiques — AVC, Parkinson, sclérose en plaques. Quand son père est diagnostiqué, il a les outils, l'expertise et la conviction que quelque chose est possible. Il cofonde Five Lives avec Sylvain Piquet. La structure est créée en France en 2021, avec une filiale au Royaume-Uni où Xavier a vécu dix-neuf ans.

L'étude FINGER et la kiné du cerveau

Le nom Five Lives cache une double référence. Scientifique d'abord : l'étude FINGERS — comme les cinq doigts de la main — a démontré qu'une approche multidomaine combinant stimulation cérébrale, activité physique, nutrition, gestion cardiovasculaire et vie sociale permettait de réduire de près de cinquante pour cent le risque de démence et de regagner jusqu'à cinq années de qualité cognitive. Ludique ensuite : « Si on joue à Super Mario, on a une vie supplémentaire. Nous, on rajoute des vies aux gens », explique Xavier Louis.

Five Lives a décliné cette approche en deux applications. Five Lives · Santé Cérébrale, dédiée à la prévention pour les personnes à risque non encore diagnostiquées. Et Five Lives Care, l'application thérapeutique lancée en janvier 2026, conçue pour les patients déjà atteints de troubles cognitifs légers. « Nous pouvons voir ça comme de la kiné pour le cerveau », dit Xavier Louis. Cinq cents vidéos d'activités physiques adaptées, des jeux de mémoire, d'attention et de langage, des conseils personnalisés sur le sommeil, la nutrition et l'activité sociale — le tout calibré pour chaque patient, avec une difficulté adaptée en temps réel.

La validité scientifique du dispositif repose sur un essai clinique randomisé conduit dans sept hôpitaux — cinq au Royaume-Uni, et en France l'hôpital Broca à Paris, la Timone à Marseille — auprès de cent quatre-vingt patients. Résultat : trois mois d'utilisation suffisent à mesurer des améliorations significatives des fonctions exécutives et de la qualité de vie.

Un modèle calqué sur la pharma

Aujourd'hui commercialisée à trente euros par mois, l'application est déjà recommandée dans de nombreux hôpitaux français et britanniques. Ce sont les neurologues et gériatres qui prescrivent, exactement comme ils le feraient pour un médicament. « La grosse différence avec d'autres applications de bien-être, c'est la validité scientifique. Les neurologues ne vont pas vous recommander si vous n'êtes pas validé », insiste Xavier Louis.

L'objectif à moyen terme est le remboursement par la Sécurité sociale via le dispositif PECAN (Prise en Charge Anticipée Numérique), visé pour 2027. La HAS a fixé le prix de remboursement des thérapies numériques à cent trente-cinq euros par mois. Five Lives a un précédent rassurant : son concurrent allemand, remboursé depuis dix-huit mois par la Sécurité sociale allemande, génère déjà plus de cinq mille prescriptions mensuelles et plus de millions d'euros de revenus dès sa première année de remboursement.

Une campagne sur Sowefund 

Pour franchir ce cap, Five Lives vient de boucler une levée de 1,7 million d'euros auprès de trois investisseurs : Open CNP (fonds de CNP Assurances), 50 Partners et Family Ventures. La campagne Sowefund vient compléter ce tour, avec un objectif entre 300 000 et 500 000 euros, portant le total entre 2 et 2,2 millions d'euros. Ce sont les troisième et quatrième tours de la startup — les précédents, conduits en 2021 et 2023 auprès de fonds européens dont Headline, Speed Invest et Boost Capital, avaient représenté plus de trois millions d'euros au total.

Les fonds serviront à déployer la force commerciale en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis — marchés anglophones pour lesquels l'application est déjà disponible — et à financer une deuxième étude clinique, indispensable pour renforcer le dossier de remboursement et améliorer en continu les algorithmes de personnalisation. L'intégration de l'IA constitue la prochaine étape : optimiser chaque session comme un entraînement sportif sur mesure, adapté aux besoins cognitifs spécifiques de chaque patient.

Les projections parlent d'elles-mêmes : 400 000 euros de revenus en 2025, un million en 2026, entre cinq et dix millions dès 2027 avec l'obtention du remboursement. Objectif 2030 : cinq cent mille patients traités par an, cent millions de revenus, et le statut de numéro un mondial de la santé cérébrale.

Deux cent mille téléchargements cumulés, cinq mille patients sur l'application thérapeutique en deux mois d'existence : Five Lives n'en est qu'au début.

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