Deux chiffres seulement suffisent pour appréhender la place de choix qu’occupe le Royaume-Uni sur le marché mondial de la Fintech. Ces dernières années, le pays a vu la création de près de 50 licornes fintech, tandis que rien qu’en 2025, les fintechs britanniques ont levé 10,96 milliards de dollars, soit plus que la France, l'Allemagne, la Belgique, les pays nordiques, l'Irlande, la Chine et le Brésil combinés.
Concentrant déjà 11% de l'industrie fintech mondiale, le Royaume-Uni entend capitaliser au maximum sur ses atouts pour faire du pays "le centre financier mondial le plus avancé technologiquement" d'ici à 2035.
Dans le cadre de sa “Financial Services Growth & Competitiveness Strategy 2035”, le gouvernement s’est d’ailleurs fixé 6 objectifs à horizon 2035, dont ceux de “créer un environnement réglementaire compétitif, stable et prévisible” et “embrasser l'innovation et tirer parti du leadership fintech britannique”.
Londres, un tremplin pour l'expansion internationale
Étant donné ce contexte porteur pour le secteur de la Fintech, la décision prise par Spendesk d’investir fortement au Royaume-Uni relève presque d’une évidence : la licorne française a ouvert son premier bureau international Londres en août 2020, avant de déménager dans de nouveaux locaux à Shoreditch en octobre 2025.
"Le marché britannique est stratégique pour nous," explique Stéphane Dehaies, Directeur Général de Spendesk Financial Services, avant de détailler : "aujourd'hui, le Royaume-Uni représente environ 25% de notre base clients, avec une soixantaine de collaborateurs basés sur place, dont notre VP Marketing, notre CPO et notre CTO”.
La fintech Weefin, qui accompagne les acteurs financiers dans l’intégration des critères de durabilité à leurs stratégies d'investissements, a fait le même constat. Marion Aubert, sa cofondatrice et Chief International Officer, a lancé la filiale britannique en février 2025 : elle compte déjà près d'une vingtaine de collaborateurs outre-Manche. L’entreprise a même fait le choix stratégique de baser son Chief Product Officer à Londres.
"Londres représente à lui seul 10 000 milliards d’actifs sous gestion. C'est vraiment un énorme marché pour nous," souligne-t-elle."Et son exposition internationale est un autre atout majeur : on y retrouve des filiales d'acteurs asiatiques, japonais, singapouriens, mais aussi américains." De quoi constituer un puissant tremplin pour la suite.
Qui plus est, être une startup française n'est pas un frein au Royaume-Uni, au contraire. "Comme le marché est très international, ils ont l'habitude de travailler avec des entreprises basées dans de nombreux pays différents," observe la cofondatrice de Weefin. "Et sur la dimension durabilité, comme la France est reconnue sur cet enjeu, c'est presque un avantage de dire qu'on est Français et qu'on apporte nos bonnes pratiques !"
Dans le contexte géopolitique actuel, la proximité franco-britannique a même tendance à se renforcer. "L'idée de construire des leaders européens et anglais ensemble fonctionne bien. Le fait d'être européen et de ne pas dépendre uniquement de solutions américaines résonne particulièrement," apprécie la cofondatrice de Weefin.

Un contexte pro-innovation
Londres a aussi l’avantage de concentrer une densité rare de talents combinant expertise financière forte, héritée de la City, et compétences tech de pointe. "Le vivier de talents en Angleterre est vraiment très important et l’état d’esprit y est beaucoup plus entrepreneurial," confirme ainsi Marion Aubert.
En six ans, Spendesk a très bien su tirer partie de ce riche écosystème pour se développer. "Nous avons déployé sur place l'ensemble des fonctions critiques : Go To Market, Customer Strategy, Marketing & Communications, Product, Engineering, et AML Compliance. Cette autonomie opérationnelle nous permet d'être réactifs et parfaitement alignés avec les spécificités du marché britannique," précise Stéphane Dehaies.
En outre, le Directeur Général de Spendesk Financial Services constate au quotidien la maturité de l’écosystème et des usages. "Le Royaume-Uni dispose d'une infrastructure financière avancée, avec une réglementation mature et des systèmes de paiement sophistiqués qui facilitent l'innovation," souligne-t-il. "Cette maturité permet aux fintechs de tester et déployer rapidement de nouvelles solutions avant de les étendre à d'autres marchés européens."
Depuis le milieu des années 2010, l'avènement de l’Open Banking outre-Manche a en effet créé un écosystème propice à l'émergence de fintechs innovantes. La Financial Conduct Authority (FCA) a notamment été pionnière avec le lancement en 2016 du Regulatory Sandbox, le premier au monde.
"Le régulateur travaille de manière très rapprochée avec les acteurs de place," observe ainsi Marion Aubert, qui salue l’initiative de la FCA.. "Grâce au système de sandbox, les fintechs peuvent utiliser des données réalistes pour tester de nouvelles fonctionnalités. C'est très proactif pour faciliter l'innovation."
Une culture de la collaboration entre acteurs
Au-delà des aspects structurels, c'est aussi la culture britannique qui séduit les entrepreneurs français. "Ce qui m'a le plus marquée, c'est la collaboration entre les acteurs financiers et les acteurs technologiques," souligne Marion Aubert. "Les grands acteurs bancaires et financiers cherchent de moins en moins à tout faire en interne et regardent ce que des startups peuvent mettre en place. C'est un shift important."
Pour Stéphane Dehaies, cette différence culturelle se manifeste aussi dans le processus d'achat : "Les entreprises britanniques sont des early adopters de solutions SaaS. Nous constatons des cycles d'adoption plus rapides qu'en France ou en Allemagne, avec des questions davantage orientées sur l'intégration technique que sur la justification du changement lui-même."
Les associations professionnelles jouent également un rôle structurant dans cet état d’esprit propice à l’innovation et à la collaboration. "Nous faisons par exemple partie d'Innovate Finance, qui regroupe la plupart des startups de la finance, et d’UKSIF,la UK Sustainable Investment and Finance Association. Il y a beaucoup de partage d'expériences et d'expertise entre nous," explique Marion Aubert.
Plus largement, c’est tout l’écosystème tech britannique qui impulse ce mouvement : "L'environnement est très dynamique avec beaucoup d'événements. À la fois avec l'ambassade du Royaume-Uni et de ses partenaires, la French Tech, mais aussi des associations locales comme l'Investment Association,” ajoute-t-elle.

Un marché encore plein de potentiel
Pour Spendesk, le marché britannique est encore loin d’avoir révélé tout son potentiel, même après six années de présence sur place : "Le marché compte plus de 100 000 PME et ETI qui pourraient bénéficier d'une solution comme Spendesk," estime Stéphane Dehaies. La licorne a d'ailleurs annoncé le lancement de Spendesk Travel et poursuit le déploiement de son partenariat stratégique avec Wise Platform, qui permet des paiements internationaux dans 30 devises.
Chez Weefin, l'ambition est tout aussi claire : "Nous continuons notre croissance au Royaume-Uni et travaillons beaucoup avec les acteurs locaux pour construire les fonctionnalités de notre plateforme, comme notre ‘Methodology Lab’ ou nos fonctionnalités d'intelligence artificielle," explique Marion Aubert.
Avec 76 500 employés dans le secteur fintech dont 42% venus de l'étranger, le Royaume-Uni confirme plus que jamais son statut de destination privilégiée pour les talents et les entreprises innovantes de la fintech.
Le pays a d’ailleurs récemment lancé l'Office for Investment : Financial Services, un service de conciergerie dédié offrant un soutien personnalisé couvrant la réglementation, les visas, les compétences, la fiscalité et la planification pour les entreprises internationales. Un atout de plus pour faciliter l’essor des fintechs sur le sol britannique.
Le service commercial de l’Ambassade du Royaume-Uni à Paris accompagne les entreprises françaises dans leur projet d’implantation. Cliquez ici pour en savoir plus.