Le Royaume-Uni concentre l’un des plus importants écosystèmes audiovisuels au monde, avec 5,6 milliards de livres sterling dépensés en production en 2024, un chiffre qui devrait atteindre 8,7 milliards d'ici 2028. Plus largement, les industries créatives britanniques croissent une fois et demie plus vite que le reste de l'économie du pays et pèsent pour 45,6 milliards de livres dans les exportations. 

Des chiffres qui témoignent d'une stratégie industrielle délibérée, portée depuis des décennies par un gouvernement qui a fait de la créativité un levier de puissance économique. Le plan sectoriel pour les industries créatives, présenté en juin 2025 dans le cadre de la nouvelle stratégie industrielle britannique, fixe maintenant un nouvel objectif : faire du Royaume-Uni, d'ici à 2035, la première destination mondiale pour l'investissement dans la créativité et l'innovation. 

Londres, épicentre mondial des effets spéciaux et de la post-production

Au cœur de cet écosystème, un secteur est particulièrement porteur : celui des effets visuels (VFX). Les entreprises britanniques comme Framestore, DNEG, Moving Picture Company ont remporté l'Oscar des meilleurs effets visuels lors de 10 des 15 dernières cérémonies : un palmarès qui reflète la concentration exceptionnelle de talents et de studios dans la région de Londres.

Cette convergence de facteurs a poussé Laurens Ehrmann, fondateur et CEO de The Yard VFX, à franchir la Manche il y a un an et demi. Créé en 2014 à Paris, The Yard VFX est devenu en une décennie l'un des studios français les plus reconnus à l'international pour les effets visuels, avec notamment des collaborations sur Ford v Ferrari (Le Mans 66), John Wick 4, Indiana Jones 5, la dernière saison de Stranger Things ou encore The Rings of Power (Les Anneaux de pouvoir), dont la saison 3 est intégralement tournée aux studios britanniques de Shepperton.

"Le choix de s'installer à Londres repose sur trois points clés", explique Laurens Ehrmann. "Premièrement, c'est le hub international de fabrication des projets. Deuxièmement, il y a énormément d'artistes expérimentés basés à Londres, notamment français. Enfin, nous avons anticipé la réévaluation du crédit d'impôt international qui allait rendre le Royaume-Uni encore plus attractif." En effet, sur ce dernier point, dans le cadre du nouveau dispositif AVEC (Audio-Visual Expenditure Credit), les dépenses en effets visuels pour le cinéma et les productions télévisées haut de gamme bénéficient désormais d’un taux net global d’environ 29,25%, selon la référence de la British Film Commission.

L’effet “boule de neige” de la saga Harry Potter

Pour comprendre pourquoi Londres occupe cette position unique, le fondateur de The Yard VFX remonte à un moment clé de l'histoire du divertissement britannique : la saga Harry Potter dont le premier film est sorti en 2001. "À ce moment-là, la plupart des acteurs londoniens ont pris la décision de ne pas se battre à couteau tiré, mais plutôt de profiter de cette saga pour grandir ensemble. Cela a permis à l'écosystème londonien de se développer, et, de facto, d'attirer plus de projets. C'est l'effet boule de neige."

Tout cet écosystème a aussi bénéficié d’une fiscalité attractive. Au crédit d’impôts sur les effets visuels, s'ajoutent d'autres dispositifs incitatifs : un crédit d'impôt de 34% pour la production de films et séries, 39% pour l'animation, et même 53% pour la production de films indépendants. Sans oublier une réduction de 40% des charges immobilières pour les studios de cinéma jusqu'en 2034. Résultat : "aujourd'hui, les acteurs britanniques ont cette capacité à consolider le marché et à garder les productions sur le territoire", souligne Laurens Ehrmann. "Tout cela a dynamisé, voire boosté toute l'activité à Londres."

Un écosystème attractif pour les acteurs français

Pour réussir son implantation londonienne, The Yard VFX a fait le choix de l'indépendance : financé à 95 % sur fonds propres, il s'est appuyé sur les organisations locales comme la UK Screen Alliance, le BFI (British Film Institute) et London & Partners pour mener à bien son installation.

Partenaire de The Yard VFX, l'école ARTFX a suivi le même chemin. Fondée en France, elle forme depuis des années les techniciens et artistes des plus grands studios VFX mondiaux. Son implantation à Londres s'est imposée pour les mêmes raisons que celles qui ont motivé le studio de Laurens Ehrmann. Les deux entreprises partagent d’ailleurs les mêmes bureaux à Shoreditch. "L'implantation d'ARTFX à Londres s'inscrit dans une volonté de rapprocher la formation de l'industrie mondiale", explique Charles Chorein, Managing Director et Head of ARTFX London School. "Le choix de Londres s'est imposé naturellement par ma présence depuis 15 ans sur le territoire travaillant en studio et le fait que les studios britanniques nous sollicitaient pour une présence locale."

L'école accompagne actuellement ses 15 premiers étudiants au sein de sa branche britannique, avec une première promotion à temps plein prévue pour la rentrée de septembre 2026. Les débouchés sont nombreux : Technical Directors, Environment Artists, Lighting Artists, Compositors… "Le marché britannique est en demande constante de talents hautement qualifiés, capables de maîtriser des pipelines de production complexes et l'intégration de l'IA", souligne Charles Chorein.

Pour Charles Chorein, la force de Londres tient avant tout à sa densité : "Bénéficier d'une concentration unique de talents, de studios de renommée mondiale et de prestataires de post-production sur un périmètre géographique restreint favorise une synergie exceptionnelle. L'expertise historique de la ville dans le domaine de la narration et de la technologie fait de Londres un carrefour incontournable entre la créativité européenne et les moyens de production américains."

Un écosystème soutenu par l'État

Au-delà des effets visuels, la dynamique qui attire The Yard et ARTFX concerne tout le secteur des ICC, qui est fortement soutenu par les pouvoirs publics. Le gouvernement britannique est par exemple en train de constituer l’écosystème “CoSTAR” (Convergent Screen Technologies and Performance in Realtime), un réseau de cinq laboratoires de R&D doté de 75,6 millions de livres pour développer de nouvelles technologies dans le jeu vidéo, la télévision, le cinéma, le spectacle vivant et le divertissement. 

En outre, douze nouveaux clusters créatifs régionaux sont aussi prévus, avec un “Creative Places Growth Fund” de 150 millions de livres. La createch (convergence entre industries créatives et la technologie) est identifiée comme un potentiel de 18 milliards de livres de valeur ajoutée supplémentaire dans la prochaine décennie, avec une croissance dix fois plus rapide que la moyenne sectorielle. L'ensemble des industries culturelles et créatives bénéficient aussi d’incitations fiscales : 34% de crédit d'impôt pour les jeux vidéo, 53% pour les films indépendants, 39% pour les films et séries animés…

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Quelques conseils pour bien traverser la Manche

Pour les acteurs français du secteur qui envisagent une implantation britannique, Laurens Ehrmann livre quelques enseignements tirés de son expérience : "Il faut très bien s'entourer, trouver les bons points de relais sur le territoire, se rapprocher des différentes organisations. Ne pas se précipiter, parce que la mise en place est assez longue. Et faire preuve de résilience : ce n'est pas parce qu'on ouvre un bureau à Londres qu'on a tout de suite des projets. Il faut montrer qu'on est intégré dans l'écosystème, avoir une adresse physique. C'est un vrai investissement financier et en temps."

Charles Chorein insiste, lui, sur la dimension réseau : "Soyez présents aux événements de l'industrie et maîtrisez parfaitement votre demo reel. À Londres, les opportunités ne se trouvent pas seulement derrière un écran, mais dans la capacité à créer des connexions réelles avec les professionnels." Les deux entrepreneurs partagent d’ailleurs une même conviction : la complémentarité des écosystèmes créatifs français et britannique. Loin d'être un lieu commun, c’est une réalité sur le terrain, que ce soit pour former les talents, produire les blockbusters de demain ou développer les technologies de création du futur.

Le service commercial de l’Ambassade du Royaume-Uni à Paris accompagne les entreprises françaises dans leur projet d’implantation. Cliquez ici pour en savoir plus.