Breakline Partners, ex-Brakage, publie son premier rapport annuel sur les levées de fonds, construit à partir de plus de 50 000 transactions européennes réalisées entre 2020 et 2025. Parmi ses enseignements, un chiffre attire particulièrement l’attention : le taux de refinancement des startups s'est effondré. En 2020, 46% des startups ayant bouclé un premier tour en réalisaient un second dans les trois ans. Pour la cohorte 2023, ce taux tombe à 13,6% en France et à 20% en Europe. Les tendances entre les deux géographies restent similaires, mais la France fait légèrement moins bien que ses voisins.

Un taux de repeat funding qui devrait continuer à baisser

Ce recul du refinancement se lit en creux dans les chiffres globaux du marché. En 2025, la France a enregistré 506 deals pour 6,4 milliards d'euros levés, contre 1 041 deals en 2023 pour 7,6 milliards. Le nombre de transactions a été divisé par deux en deux ans, quand le capital déployé ne reculait que de 16%. Le ticket moyen grimpe à 12,7 millions d'euros, en hausse de 44% sur un an, et le ticket médian atteint 2,3 millions, en hausse de 53%. Le marché ne s'effondre pas, il se concentre.

Germain Leconte, co-fondateur de Breakline Partners, tempère la comparaison avec 2020. « Nous partons d’un contexte anormal, avec des liquidités importantes et des valorisations qui permettaient aux fondateurs et aux investisseurs de relever très vite sur une valorisation supérieure », nuance-t-il. Reste que la dégradation est réelle, et qu'il n'anticipe pas de retournement.

Deux raisons structurelles expliquent pourquoi ce taux devrait continuer à baisser. La montée en puissance de la Deeptech et de l'IA, secteurs très gourmands en capitaux, absorbe une part croissante des fonds disponibles sans que les volumes globaux n'augmentent. Les dix plus grandes opérations françaises de 2025 ont capté 45% du total levé, les cent premières en ont concentré 81%. La seule levée de Mistral AI, à 1,7 milliard d'euros, représente 26% du marché français. Mécaniquement, il reste moins à distribuer pour les tours d’early-stage.

Parallèlement, beaucoup de fonds ont revu leur stratégie après des performances décevantes. « Ils préfèrent investir sur des tours de table de sociétés qui ont déjà beaucoup levé, plutôt que de se diversifier sur des dossiers très précoces », observe Germain Leconte.

Que deviennent les 86% restants ?

Pour les startups qui ne relèvent pas, l’issue n’est pas forcément la casse. « Il y a un vrai changement de mentalité côté entrepreneurs : la notion de rentabilité est de plus en plus importante », note Germain Leconte. Beaucoup ont atteint un point de quasi-rentabilité et peuvent envisager d'autres trajectoires : s'adosser à un grand groupe, recourir à du financement non dilutif, continuer sans lever. Le taux de défaillances, lui, continue de s'accélérer mais ce n'est pas le scénario majoritaire pour les startups qui ne lèvent pas de second tour.

C'est ce que Breakline Partners observe au quotidien, et ce qui a conduit le cabinet à structurer une nouvelle offre de conseil en fusions-acquisitions dédiée aux entrepreneurs en phase précoce. « Aujourd'hui, 80% de nos dossiers sont des situations de dual-track : le fondateur cherche à lever et/ou à vendre », explique Germain Leconte. 

Les acquéreurs industriels ont bien compris que le contexte leur était favorable. Germain Leconte anticipe une reprise du marché des fusions-acquisitions, pas forcément en volume mais en nombre d'opérations. « Cela donnera certainement lieu à quelques valorisations déceptives pour des fondateurs qui ne retrouvent pas les niveaux de leurs tours précédents », précise-t-il.