Romain Diaz ne s'est pas tourné vers la Climate Tech par opportunisme. Dès 2012, il rejoint Jumia, alors jeune startup africaine qui deviendra la première licorne du continent, avant de s'installer en Afrique du Sud où il cofonde Far Ventures, un startup studio actif entre 2015 et 2020 dans des secteurs comme la fintech, l'IA ou la mobilité. Un premier exit en 2018 marque un tournant. « J'ai commencé à prendre conscience des enjeux climatiques et j'ai décidé de mettre à profit ce que j'avais appris pour agir à plus grande échelle, en utilisant l'entrepreneuriat et le capital comme vecteurs de changement positif », explique le fondateur et CEO de Satgana.
Le projet prend forme sous le nom de Satgana, qui signifie « bonne entreprise » en sanskrit. En 2020, Romain Diaz s'associe avec Anil Maguru, issu du monde des investisseurs et passé notamment par un family office parisien. Leurs trajectoires se rencontrent : Romain est né en Europe et a travaillé une décennie en Afrique, Anil a grandi sur le continent africain avant de s'installer en France. Cette complémentarité, entre expérience opérationnelle et lecture côté LP, structure l'approche du fonds, tout comme son ancrage entre Europe et Afrique.
Une thèse construite autour de la décarbonation
Satgana se positionne sur six secteurs directement liés à la transition climatique : énergie, mobilité, agriculture et alimentation, industrie, économie circulaire et captation carbone. « En 2020-2021, l'impératif moral et l'opportunité économique ont fini par se rejoindre. C'est ce moment-là qu'on a voulu saisir en investissant très tôt dans les entreprises technologiques qui répondent à ces enjeux », résume Romain Diaz.
Le fonds intervient en pré-amorçage et amorçage, avec des tickets compris entre 100 000 et 400 000 euros sur des valorisations généralement situées entre 5 et 10 millions d'euros. Satgana peut mener les tours, ce qui représente environ un tiers de ses investissements, ou intervenir en co-investissement. « C'est important pour nous de garder cette flexibilité, en fonction des dossiers et de la dynamique du tour », précise Romain Diaz.
La stratégie repose aussi sur une diversification géographique assumée, environ 70 % du capital est déployé en Europe et 30 % en Afrique, dans une quinzaine de pays. Un positionnement encore peu répandu dans l'écosystème climatetech, et qui constitue l'une des singularités revendiquées du fonds. Post-investissement, Satgana s'appuie sur son réseau d'investisseurs et la dispersion géographique de son portefeuille pour accompagner l'expansion internationale des startups et structurer les tours suivants. Une personne est dédiée à l'impact et à l'ESG pour accompagner les participations sur leur reporting et leur roadmap.
Un premier fonds déployé, une structuration en cours
Bouclé en 2024, le premier véhicule de Satgana a réuni près de 150 investisseurs issus de 25 pays, majoritairement des profils privés, complétés par un fonds de fonds. Parmi eux figurent notamment Maurice Lévy, président du conseil de surveillance du groupe Publicis, Thibaud Hug de Larauze, Co-fondateur et CEO de Back Market et Alexis Angot, cofondateur de Ÿnsect, ainsi que plusieurs entrepreneurs à impact français et européens.
Le fonds a réalisé une trentaine d'investissements, conformément à son objectif initial. À ce stade, 90 % des participations sont toujours actives et près de la moitié ont déjà levé un tour suivant à une valorisation supérieure. Satgana revendique un chiffre d'affaires agrégé du portefeuille de 34 millions d'euros en 2025, soit une multiplication par six en un an.
Parmi les participations françaises, on peut citer Estuaire, qui développe une plateforme SaaS pour aider les acteurs du transport aérien à mesurer et réduire leur impact carbone, ainsi qu'Onima qui travaille sur des protéines alternatives issues de levures de brasserie ou Chilli, une application qui permet d’agir sur des sujets de climats et de justice sociale.
En Europe, Sirona Technologies se positionne sur la capture directe de CO2 depuis Bruxelles, Sizable Energy sur le stockage d'énergie en mer depuis Milan, et Voltiris sur des filtres lumineux brevetés permettant aux serres agricoles de produire de l'électricité sans compromettre les cultures, depuis Lausanne. En Afrique, Amini exploite des données satellitaires et l'IA pour produire des informations environnementales à destination des gouvernements et grandes entreprises opérant sur le continent.
« Cette double présence Europe-Afrique nous permet de créer des ponts quand c'est pertinent, et d'aider les startups européennes à se développer en Afrique, ou l'inverse », souligne Romain Diaz. C'est sur cette base que Satgana prépare désormais deux nouveaux véhicules distincts, l'un dédié à l'Europe, l'autre à l'Afrique, avec des équipes spécialisées pour chaque région. Leur lancement est attendu dans les prochains mois.