Non classifié(e) par Maddyness avec aquagir et la Banque des Territoires
écrit le 12 mai 2026
12 mai 2026
Temps de lecture : 4 minutes
4 min

Transformer un projet d'école en startup de la watertech

Face à la raréfaction de l’eau, une nouvelle génération de startups s’attaque à un défi encore peu exploré : réutiliser des eaux aujourd’hui gaspillées. Basé près d’Annecy, un ingénieur développe un système capable de trier l’eau… directement depuis le siphon. Une innovation qui a récemment attiré l’attention du youtubeur Inoxtag.
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L’eau potable reste encore traitée comme une ressource uniforme, utilisée indistinctement pour boire, se laver… ou tirer une chasse d’eau. Un modèle hérité d’une époque où l’abondance semblait acquise. Mais sous l’effet du changement climatique, de l’urbanisation et de la pression sur les infrastructures, cette logique atteint ses limites.

Une alternative émerge : celle des eaux dites non conventionnelles. Eaux grises issues des douches et des lavabos, eaux pluviales collectées en toiture, eaux usées traitées… Autant de ressources encore largement sous-exploitées, alors qu’elles pourraient couvrir des usages ne nécessitant pas une qualité potable, comme le nettoyage, l’irrigation ou les sanitaires.

Le défi n’est plus seulement de traiter l’eau, mais de la qualifier, la trier et l’orienter vers le bon usage, en temps réel.

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Rendre intelligent un objet banal

C’est précisément sur ce point que se positionne TriPhon, une startup issue de l’École Centrale Lyon, et fondée par Thibaut Witvoet. À l’origine du projet, une question d’ingénieur est simple : peut-on trier l’eau au moment où elle s’écoule, plutôt que de la filtrer après coup ?

La réponse prend la forme d’un objet que tout le monde connaît : le siphon de l’évier.

Le système développé repose sur une combinaison de capteurs et de vannes capables d’analyser la qualité de l’eau et d’orienter automatiquement le flux vers différents circuits. Une eau légèrement souillée pourra ainsi être réutilisée, là où une eau plus chargée sera dirigée vers un traitement adapté.

« Comme on contrôle la qualité de l’eau lors de son écoulement, on peut se permettre ensuite un système de filtration moins lourd », explique Thibaut Witvoet, fondateur de TriPhon et jeune ingénieur diplômé de Centrale Lyon.

Donner de la visibilité au projet

La première année est jalonnée d'appels à projet et de prix : le prix Francis Lebœuf 2023 récompensant les meilleurs projets d'études de Centrale Lyon, lauréat de l'appel à projets « Agir pour l'Avenir des Savoie » porté par le Crédit Agricole des Savoie au printemps 2025. Le grand coup de projecteur vient en janvier 2026. TriPhon est sélectionné dans « The Project », l'émission entrepreneuriale d'Inoxtag. Le passage du fondateur dépasse 1,3 million de vues et entraîne une vague de soutien et lance une campagne de financement participatif. Sans remporter la finale, TriPhon sort avec une exposition que peu de jeunes deeptech obtiennent à ce stade.

"Présenter le projet en public oblige à clarifier ce qu'on fait. C'est aussi en pitchant qu'on apprend ce qui parle aux gens et ce qui ne parle pas"

Choisir son terrain d'expérimentation

Plutôt que d'attaquer un marché grand public de front, le fondateur choisit de bâtir d'abord une preuve de valeur sur des cas d'usage où la contrainte sur l'eau est la plus forte. "L'argument 'économisez 20 litres d'eau' parle peu. L'argument 'gagnez en confort et en autonomie' parle beaucoup, à condition de viser les bonnes cibles", détaille le fondateur. TriPhon adapte des “unités” pour des vans aménagés, des refuges isolés et des maisons autonomes. Trois usages où la gestion de l'eau est une contrainte quotidienne. Le sujet reste émergent. "On trouve encore peu de ressources sur la réutilisation de l'eau, et la mise à l'échelle reste à construire", partage Thibaut Witvoet dans une interview pour le Panorama de l'eau 2026.

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Construire une équipe complémentaire

C'est la priorité actuelle du fondateur. "Nos prototypes sont fonctionnels, nous les testons en conditions réelles. Il s'agit maintenant de réunir une équipe pour développer commercialement notre offre, organiser un premier tour de levée de fonds, préparer les premières séries et nous rapprocher de l'industrialisation", partage Thibaut Witvoet. Le profil recherché : un cofondateur business, complémentaire au produit et à la technique, capable de porter la dimension commerciale du projet. Accompagné par l'incubateur lyonnais Go2Innov, le fondateur active son réseau.

Porter une vision

Dans le projet TriPhon, une vision dépasse le produit. Celle d'un rapport à l'eau encore trop passif, hérité d'une époque où la ressource semblait infinie, et qu'une nouvelle génération doit apprendre à reconstruire.

"Commencer par arrêter d'utiliser de l'eau potable pour tirer une chasse d'eau. Je voudrais que cela devienne une évidence culturelle, pas seulement une contrainte de consommation ou réglementaire", conclut le fondateur.

Cet article s'inscrit dans le Panorama de l'eau 2026, étude conduite par Maddyness en partenariat avec aquagir, le programme eau de la Banque des Territoires et l'Union sociale pour l'habitat sur la gestion des eaux non-conventionnelles dans le bâtiment.

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