Les technologies médicales européennes sont nombreuses, solides, et largement sous-exploitées hors de leurs marchés domestiques. C'est sur ce constat que Lauxera Capital Partners a bâti son positionnement depuis sa fondation en 2020. Lauxera Growth II, son second fonds dédié à la HealthTech européenne, clôture à 520 millions d'euros, dépassant son hard cap de 500 millions d'euros, moins de 18 mois après son premier closing en décembre 2024.
Plus de 90 % des limited partners du premier fonds ont renouvelé leur engagement, signal fort que la thèse a tenu et que le fonds 1, déployé en quatre ans a convaincu. « Le taux de réinvestissement de plus de 90 %, combiné à l'élargissement de notre base de limited partners, constitue une validation significative de notre thèse et de notre approche : une discipline d'investissement rigoureuse associée à un accompagnement opérationnel concret, au service de la performance », souligne Pierre Moustial, associé co-fondateur de Lauxera Capital Partners.
Aux investisseurs historiques comme Bpifrance, le FEI, Sagard, Flextone, Swen ou Malakoff Humanis se sont ajoutés des family offices ainsi que des institutionnels étrangers, objectif affiché dès le lancement de la levée. Les deux fonds bénéficient du label Tibi, levier déterminant pour mobiliser également les institutionnels français.
Des tickets plus gros pour peser dans les tours
Lauxera Growth II prévoit d'investir dans 12 à 15 sociétés avec des tickets entre 20 et 50 millions d'euros, en hausse par rapport au premier fonds. La logique est assumée : Lauxera ne se conçoit pas comme un actionnaire passif. « Dans le fonds 1, nous étions pratiquement toujours lead ou co-lead, et notre stratégie est relativement hands-on. Augmenter la taille ticket, nous assure la place de premier investisseur dans la table de capitalisation », explique Pierre Moustial.
Deux investissements ont déjà été réalisés. Le premier porte sur Acandis, une medtech allemande spécialisée dans les dispositifs de chirurgie neurovasculaire pour le traitement des AVC et des anévrismes, solide en Europe mais inexistante aux États-Unis. « Aujourd'hui nous sommes vraiment à leurs côtés pour développer la société aux États-Unis, mais aussi pour les aider dans une politique de fusions-acquisitions en Europe », détaille Pierre Moustial. Second investissement, même profil : Antaros Medical, société suédoise d'imagerie médicale digitale qui aide les laboratoires pharmaceutiques à comprendre le mécanisme d'action de leurs traitements en phase d'essais cliniques. Lauxera y a pris le contrôle aux côtés des fondateurs. « Ils sont déjà un peu aux États-Unis, mais totalement sous-représentés », résume-t-il.
Quand Trump accélère la thèse
L'administration Trump a introduit une clause dite de “la nation la plus favorisée”, qui vise à aligner les prix des médicaments américains sur ceux pratiqués dans les pays les moins chers, dont la France. Pour les laboratoires, lancer un produit en Europe en premier devient mécaniquement moins rentable. « Tout le monde s'est focalisé sur les tarifs, mais il y a eu beaucoup d'autres choses. Cette clause est assez embêtante pour l'Europe : les investissements partent plutôt aux États-Unis dans la santé, et les traitements sont lancés en premier, voire en exclusivité là-bas. Ce phénomène ne fait qu'accélérer notre thèse sur l'importance du marché américain pour les sociétés européennes », résume Pierre Moustial.
La France représente environ un quart du portefeuille, sur un terrain de jeu qui s'étend selon ses mots « de l'Estonie aux Pays-Bas en passant par la Suisse et jusqu'à l'Espagne ». L’Allemagne et la Suède sont aussi des marchés clés.
Lauxera mesure par ailleurs l'impact de chaque investissement selon trois axes : résultats pour les patients, productivité des soignants et soutenabilité des systèmes de santé. La mécanique a déjà produit une sortie convaincante : OrganOx, société britannique de dispositifs médicaux accompagnée par le fonds 1, a été rachetée en août 2025 par le japonais Terumo pour environ 1,5 milliard de dollars, après avoir multiplié son chiffre d'affaires par plus de 5 durant la période de détention, principalement grâce aux États-Unis.