Vous avez sans doute déjà reçu plusieurs SMS pour vous faire part d’une livraison de colis ou d’un remboursement de l’Assurance Maladie. Et si vous cliquiez sur le lien présent dans le message, vous étiez alors invité à communiquer vos données bancaires. Et si tel était le cas, c’était l’arnaque assurée !

Si c’est un problème pour les particuliers, ça l’est également pour les entreprises, qui doivent faire face à la fraude au pumping, qui constitue à envoyer à l’application web ou mobile d’une société des milliers de SMS pour permettre aux fraudeurs de recevoir une partie des revenus générés par l'envoi de ces SMS. Cette problématique, Matias Berny et Quentin Le Bras y ont étaient largement confrontée lorsqu’ils travaillaient chez Zenly, réseau social basé sur la géolocalisation qui comptait 40 millions d’utilisateurs à travers le monde. Cédée à Snap en 2017 pour 300 millions de dollars, l’application avait finalement été tuée par le groupe américain en 2023.

«Distinguer un vrai utilisateur d'un faux est désormais un problème d'intelligence business»

Au moment où leur aventure avec Zenly se terminait, les deux Français ont planté les basés de ce que serait Prelude, leur startup visant à développer une solution de vérification téléphonique anti-fraude. «Nous avons commencé fin 2022 au sein de Zenly. Les messages d’authentification envoyés aux utilisateurs étaient alors un sujet important. C’était le deuxième poste de dépenses après les salaires», se souvient Matias Berny, co-fondateur et CEO de Prelude.

Après avoir pris son envol en 2023, attirant de premiers clients comme BeReal, l’entreprise française a voulu aller au-delà de la fraude au pumping à l’issue de l’année 2024, conclue par une levée de 8 millions de dollars. En effet, les deux associés ont fait évoluer leur positionnement pour proposer une plateforme d’infrastructure d’onboarding and trust pour aider les entreprises, notamment les TPE et les PME, à vérifier et protéger leurs utilisateurs tout au long de leur cycle de vie. «Les anciennes recettes ne fonctionnent plus. Les CAPTCHAs n'arrêtent plus les bots, et un seul signal de fraude ne suffit pas à identifier qui est vraiment là. Distinguer un vrai utilisateur d'un faux est désormais un problème d'intelligence business, pas une simple case à cocher», estime Matias Berny. «L’objectif, c’est d’augmenter le coût à l’entrée de la fraude pour faire en sorte que ça ne soit pas rentable pour les hackers à grande échelle», ajoute-t-il.

Le directeur marketing de Revolut, un co-fondateur de Pennylane et le patron de Grindr impliqués dans la série A

Pour relever le défi, encore plus complexe à l’ère des agents IA qui effectuent des actions au nom de vrais utilisateurs, Prelude combine données télécom, signaux comportementaux et machine learning pour permettre aux entreprises d’aboutir à des vérifications de confiance. «La plupart des entreprises qui font de la vérification téléphonique subissent une triple peine : fraude au pumping, tarification opaque, service client aux abonnés absents. Prelude est la seule plateforme qui résout les trois à la fois : leurs clients réduisent leurs coûts de vérification d'environ 40 %, améliorent leur taux de conversion, et obtiennent une vraie réponse quand un incident survient», souligne Paul Bonnet, General Partner chez 20VC, le fonds du célèbre podcasteur londonien Harry Stebbings.

Ce dernier a mené la série A de 20 millions de dollars de Prelude. Pour cette opération, la société a également pu compter sur le soutien de Singular, Seedcamp, Deel et FDJ Ventures. Des business angels de renom sont également de la partie, comme Antoine Le Nel, directeur marketing de Revolut, Felix Blossier, co-fondateur de Pennylane, George Arison, patron de Grindr, ou encore Will Wu, ex-CTO de Match Group (Tinder, Hinge, Meetic…). Ces derniers évoluent dans des secteurs où la vérification téléphonique est un élément critique dans la relation avec leurs utilisateurs.

Montée en puissance sur le marché américain

Les deux anciens cadres de Zenly sont s’appuyer sur cette levée de fonds pour renforcer les partenariats directs avec les opérateurs télécoms à l'international, indispensables pour améliorer la connaissance des utilisateurs et ainsi mieux les protéger. Prelude souhaite également investir dans les systèmes de machine learning qui alimentent les décisions de confiance en temps réel.

A l’international, la société entend s’implanter davantage aux États-Unis, où elle compte six de ses dix plus gros clients. Cela pourrait se traduire à terme par l’ouverture d’un bureau à San Francisco, où Matias Berny se rend régulièrement. «Là-bas, on a l’impression qu’on fait en une ou deux semaines ce qu’on fait ici en un mois ou deux», estime-t-il. Néanmoins, il rappelle son attachement à l’ADN français de l’entreprise basée à Paris. Après avoir enregistré 590 % de croissance l’an passé, Prelude aborde les prochains mois avec appétit. Cela se traduire par un renforcement des effectifs, avec une trentaine de recrutements prévus pour épauler les 48 salariés déjà présents.