L’intelligence artificielle est en train de bouleverser nos usages, nos industries et nos économies. Mais derrière son essor spectaculaire, il y a une réalité et un challenge majeur : les infrastructures numériques indispensables à son fonctionnement consomment énormément d’électricité, bien au-delà des capacités de production actuelles. Selon l’Agence internationale de l’énergie, d’ici à 2030, la consommation électrique des data centers pourrait atteindre celle d’un pays entier comme le Japon. Aujourd’hui déjà, un centre de données classique utilise autant d’électricité que 100 000 ménages, et les méga data centers en cours de construction en consommeront vingt fois plus.
Face à cette demande exponentielle, la réponse ne peut se limiter à augmenter la capacité des centrales à gaz ou à charbon. Cela irait à rebours de nos objectifs climatiques. Nous devons, au contraire, faire émerger des solutions bas-carbone capables d’assurer une production continue partout dans le monde. Et parmi elles, une technologie longtemps restée dans l’ombre est en train de faire la démonstration de son potentiel : la géothermie profonde nouvelle génération.
La géothermie profonde, une solution bas-carbone pour les data centers
Pendant des décennies, la géothermie pour produire de l’électricité n’a pu être exploitée que dans certaines zones géologiques limitées. Mais aux États-Unis, grâce à la recherche et développement et à des investissements importants, de nouvelles technologies géothermiques de pointe, dites « Advanced » et « Enhanced » , transforment radicalement le potentiel de cette énergie.
Concrètement, ces deux technologies distinctes permettent aujourd'hui d'exploiter la chaleur terrestre indépendamment de la perméabilité ou de la nature du sol. La première, dite en « boucle fermée » fait circuler un fluide dans des tuyaux enfouis profondément dans la roche chaude et récupère ainsi la chaleur pour produire de l’électricité. La seconde, dite de fracturation capte des fluides présents dans des réservoirs naturellement fracturés, en tirant parti des failles déjà existantes dans le sous-sol.
Des acteurs industriels et technologiques s’engagent
Les majors du pétrole et du gaz, experts historiques du forage profond, se mobilisent depuis plusieurs années pour accélérer le développement de la géothermie. Cette industrie y voit une opportunité de développement de ses savoir-faire et de ses équipements dans une énergie bas-carbone. Pour les industriels, la géothermie n’est plus un pari, c’est une filière stratégique.
Vallourec fait pleinement partie de cette révolution, en étant l’un des seuls acteurs au monde capables de fournir les tubes et connexions hautement techniques qui permettent de forer toujours plus profondément, en toute sécurité, tout en garantissant la performance et la fiabilité de ces nouveaux systèmes géothermiques.
Les USA, pionniers dans le domaine
Aux États-Unis, des pionniers comme XGS ou Fervo Energy, le démontrent déjà sur le terrain. Cette dernière, soutenue par des investisseurs de premier plan, dont Bill Gates, a levé près de 2 milliards dollars depuis 2017. Elle a récemment réussi à forer un puits de 4 500 m de profondeur en seulement 16 jours, avec une vitesse pouvant atteindre presque 30 m par heure, une performance inédite et comparable à celle des forages pétroliers et gaziers les plus performants. L’objectif : fournir d’ici 2026 100 mégawatts directement à des data centers à des coûts compétitifs pour une énergie renouvelable.
D’autres acteurs technologiques ne s’y trompent pas. Google a déjà initié au Nevada l’alimentation de l’un de ses sites par géothermie profonde. Microsoft, Meta ou encore des fonds du Golfe se positionnent également.
Bien sûr, la géothermie n’est pas une solution miracle. Forer profondément n’est pas sans risques. Comme pour chaque énergie, il faut gérer ces risques, notamment sismiques ou environnementaux, mais l’industrie progresse vite et travaille à les réduire chaque jour davantage.
Une solution complémentaire
Pour autant, restons lucides : la géothermie ne tient pas du miracle. D’une part, elle ne remplacera pas toutes les autres sources d’énergie. Elle doit plutôt être pensée comme une solution de transition majeure, qui a l’avantage d’être stable, prévisible, disponible 24h/24, une énergie capable de compléter efficacement le mix énergétique actuel.
D’autre part, elle ne résoudra pas à elle seule la surconsommation énergétique liée à l’IA. Il faudra aussi agir à la racine : rendre les modèles d’IA moins énergivores, optimiser leur déploiement, éviter le développement d’infrastructures inutiles. En résumé : produire mieux, mais aussi consommer mieux.
Si nous voulons que l’IA soit un levier de progrès pour tous, il faut miser dès maintenant sur des solutions durables comme la géothermie profonde, y compris en Europe et en France !
L’IA redessine notre horizon technologique, c’est à nous de redessiner son infrastructure énergétique.