Le problème qu'Eclipse cherche à résoudre est physique avant d'être financier. Les énergies renouvelables produisent de l'électricité quand le soleil brille ou que le vent souffle, ce qui ne correspond pas toujours au moment où la demande est au plus haut. Des éoliennes s'arrêtent en plein après-midi parce que le réseau ne peut pas absorber ce qu'elles produisent, et de l'électricité se perd faute de pouvoir être stockée. En 2025, selon RTE, près de 3 TWh ont ainsi été perdus en France, un volume qui a doublé en un an.
Eclipse s'est positionné sur la réponse algorithmique à ce déséquilibre : sa plateforme technologique Flowstream achète de l'électricité aux heures où les prix s'effondrent, stocke dans des batteries, et revend quand la demande fait remonter les cours. « On sait qu'il y a des heures où l'électricité ne vaut rien et des heures où elle est chère. Comme on peut stocker aux heures creuses et revendre aux heures de pointe, on peut génèrer des gains quotidiennement », partage Augustin Derville, cofondateur et CEO d'Eclipse.
BNP Paribas comme caution, pas seulement comme investisseur
Ce qui distingue cette levée tient à la nature du partenaire. En plus de Noria, BNP Paribas entre au capital, mais surtout comme offtaker, c'est-à-dire comme garant de revenus à long terme pour les propriétaires de batteries. C'est exactement ce que les grands énergéticiens, Engie, TotalEnergies ou EDF, offraient jusqu'ici avec l'avantage de leur signature.
Un propriétaire de batterie qui peut présenter à son banquier un engagement de revenus sur dix ans signé par Total dispose d'un levier de financement qu'Eclipse seul ne pouvait pas encore lui offrir. « Eclipse maîtrisait les algorithmes, mais pas encore la crédibilité financière qu'un grand groupe apporte naturellement à un propriétaire d'actif cherchant à convaincre son banquier », résume Augustin Derville.
La banque, qui trade de l'électricité sur les marchés européens depuis plus de vingt ans, apporte donc la crédibilité. En contrepartie, Eclipse apporte les algorithmes. Ce mariage d'intérêts est résumé par Olivier Osty, directeur général délégué de BNP Paribas et directeur général de BNP Paribas CIB : « En combinant l'expertise d'Eclipse dans le développement et l'optimisation d'actifs de stockage avec le savoir-faire de BNP Paribas en matière de financement et de structuration, nous souhaitons contribuer à l'émergence d'infrastructures de flexibilité bancables, robustes et déployables à grande échelle à travers l'Europe ». Le partenariat avait été annoncé en février 2026, quelques semaines avant la clôture de ce tour.
Un marché qui arrive à maturité
Eclipse gère aujourd'hui environ 5 % de son objectif de 2 gigawatts sous gestion à horizon 2030. Le chiffre paraît modeste, mais la dynamique du marché joue en sa faveur : d’après Augustin Derville, de nombreux projets de batteries lancés il y a deux ans arrivent aujourd'hui au stade où ils ont leurs permis de construire et leurs raccordements, et cherchent des solutions d'optimisation et d'offtake.
« Un seul contrat signé avec BNP doublerait notre nombre de mégawatts. Ça peut aller très vite », indique Augustin Derville. Ce tour de 20 millions, qui intervient deux ans après un premier tour de 5,5 millions auprès notamment de Wind Capital, financera le déploiement des premiers projets de stockage en propre, le développement continu de Flowstream et l'accélération des offres d'offtake à l'échelle européenne. La société, qui compte une vingtaine de collaborateurs, opère en France et en Belgique et regarde notamment l'Espagne pour sa prochaine expansion.