On ne compte plus les applications mobiles comme TikTok, Instagram, Candy Crush ou même Temu qui rendent leurs utilisateurs complètement accrocs. Avec une approche quasiment machiavélique, tant les sociétés qui les développent ont su activer les bons leviers cognitifs pour donner envie aux utilisateurs de passer toujours plus de temps dessus, ces applications se sont immiscées dans quotidien de centaines de millions de personnes qui scrollent chaque jour pendant des heures de manière compulsive.

Face à ce modèle addictif, Stanislas Marchand, un ancien de Voodoo (spécialiste de la création de jeux mobiles), Jean-Gabriel Boinot-Tramoni et Sammy Teillet ont décidé de créer fin 2024 Rocapine pour proposer une approche différente, en se lançant dans la conception d’applications de bien-être d’un nouveau genre. Objectif : détourner l’usage des smartphones pour avoir un impact réel sur le bien-être des utilisateurs, en les aidant à adopter des habitudes plus saines au quotidien, plutôt que pour maximiser le temps d’écran.

«La technologie était censée nous rendre plus intelligents, en meilleure santé et plus connectés. Au lieu de cela, elle est trop souvent devenue addictive, vorace et épuisante», observe Stanislas Marchand, co-fondateur et CEO de Rocapine. Avant de poursuivre : «Nos téléphones mesurent désormais le stress, le manque de sommeil et l'emballement cardiaque qu'ils provoquent, et pourtant le système nous pousse à scroller toujours plus. Nous avons fondé Rocapine pour changer cela.»

150 concepts testés, premiers succès

Pour relever le défi, teste de nombreux de concepts, souvent en partenariat avec des développeurs indépendants, avant de les déployer à l’échelle à l’aide de sa technologie AI-native s’ils rencontrent leur public. En neuf mois, ce sont plus de 150 concepts qui ont été testés.

Parmi ces derniers, une quinzaine ont été retenus, puis cinq ont été industrialisés. Des applications comme Harmony, dédiée au suivi du cycle et au bien-être féminin, That Girl, qui aide à ancrer de meilleures habitudes au quotidien, et Stashcook, pour planifier ses repas et garder ses recettes préférées, ont ainsi pris leur envol au cours de ces derniers mois.

Accompagner 40 millions de personnes d’ici 5 ans

Aujourd’hui, la société annonce une série A de 13 millions de dollars menée par Educapital. Les fonds Daphni, qui avait été à la baguette du tour de table d'amorçage fin 2024, Ring Capital, Center Court Capital, Athletico Ventures et Better Angle ont également participé à l’opération. Parmi ses investisseurs, on retrouve aussi Jean-Charles Samuelian (Alan), Sacha Lazimi, Marc-Antoine Durand et Jérémie Aouate (Yubo), Charles Boes (Foodvisor), Olivier Lemarié (Photoroom), Maud Pasturaud (Menoclinic, Bumble…) ou encore Sébastien Borget (The Sandbox).

Rocapine, qui compte une vingtaine de collaborateurs dans ses rangs, entend s’appuyer sur sa série A pour déployer de nouvelles applications, avec l’ambition de toucher 40 millions de personnes d’ici cinq ans pour faire de leur smartphone un allié de leur bien-être. Pour l’heure, la jeune pousse revendique 2,5 millions de téléchargements et près de 500 000 utilisateurs actifs.

En neuf mois, elle affirme avoir engrangé 6 millions de dollars de revenus annuels récurrents (ARR), dont 70 % aux États-Unis. Pour s’imposer davantage sur un marché américain qui a un appétit particulier pour les applications de bien-être, Rocapine prévoit d’ailleurs d’ouvrir un bureau à New York dans les prochains mois. La startup compte aussi faire monter en régime son moteur de tests pour mettre à l’épreuve 400 concepts par an. Des investissements dans l’IA, la data et le marketing sont également prévus.