Peu importe leur taille, de la plus petite à la plus grande, l’intelligence artificielle constitue un défi de taille à relever pour les entreprises du monde entier. En tant qu’acteur technologique mondial de premier, Cisco se retrouve aux premières loges de cette révolution technologique.
Pour mieux prendre le pouls des entreprises en matière de préparation, d’adaptation et de déploiement de l’IA, le groupe américain a d’ailleurs lancé l’AI Readiness Index. De cette manière, Cisco peut avoir une vision globale sur les lacunes qui restent à corriger pour aider salariés et dirigeants à pleinement embrasser cette révolution technologique sans précédent. «Nous sommes dans une phase de transition entre l’IA générative et l’IA agentique. L'IA générative nous a fait découvrir le potentiel de la création de contenu. L'IA agentique, elle, change la donne : on passe d'un outil de productivité à un système capable d'exécuter des processus complexes de bout en bout. C'est là que le défi devient systémique», observe Jacques-Philippe Roederer, directeur général de Cisco France.
«Ce qui est vrai aujourd’hui pour un salarié ne le sera plus demain»
Dans ce contexte, où en sont les entreprises ? «Seule une minorité d'entreprises (environ 14 % selon nos dernières données) est réellement prête à déployer une IA à grande échelle», indique le dirigeant. Avant d’axer son analyse sur la France : «Nous avons des atouts majeurs, notamment un vivier de talents techniques exceptionnel et une volonté forte d'innover. Cependant, nous observons deux points de vigilance : la complexité de l'intégration, avec beaucoup d'entreprises françaises qui sont encore silotées, et la gouvernance, car l’IA requiert une agilité organisationnelle que beaucoup de grands groupes doivent transformer.»
Pour accompagner une acculturation massive de l’IA, Cisco se mobilise, notamment en s’appuyant sur la Cisco Networking Academy qui s’inscrit dans son initiative Learn with Cisco. L’objectif est ainsi d’offrir un accès au plus grand nombre à une montée de compétences tech, notamment dans l’IA, au travers de contenus d’acculturation qui peuvent aller jusqu’à la certification professionnelle. «Les salariés vont être de plus en plus jugés sur leurs capacités de prise de décision et à communiquer sur celles-ci. C’est un gros défi pour les jeunes qui arrivent sur le marché du travail. On ne cherche plus seulement des diplômes, mais une liste précise de compétences poste par poste. Ce qui est vrai aujourd’hui pour un salarié ne le sera plus demain, ça évolue très vite», souligne Armand Leblois, responsable Europe de Learn with Cisco.
IA : passer de l’outil au réflexe
Dans cette logique d’expérimentation et de passage à l’échelle, Cisco a également renforcé son engagement auprès de l’écosystème entrepreneurial français en s’installant à Station F avec le Cisco Scale Hub, un programme d’accélération de six mois ouvert aux startups spécialisées dans l’IA, notamment celles qui développent des systèmes d’IA agentique, des architectures multi-agents ou des infrastructures IA.
Le groupe américain se réinvente également en interne. «Nous avons dû repenser tous nos produits pour mettre de l’IA, notamment pour sublimer l’expérience utilisateur ou détecter des pannes avant qu’elles ne surviennent. En ce qui concerne l’humain, c’est un peu plus compliqué. Il faut passer de l’IA en tant qu’outil à l’IA comme réflexe», note Jacques-Philippe Roederer. Pour inculquer ce réflexe, des programmes internes massifs ont été mis en place pour que chaque collaborateur, qu'il soit ingénieur, commercial ou RH, devienne un «AI-user» averti.
Et s’il est normal de se sentir dépassé par la vitesse d’innovation induite par l’IA, qui ne cesse de s’accélérer, le patron de Cisco France appelle à ne pas céder à la panique. «Il y a clairement un sentiment d’urgence, mais il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Il faut prendre du recul et avoir une approche pragmatique, tout en évitant de considérer les projets d’IA comme de simples projets d’IT. Et il ne faut pas oublier le levier humain, car cela reste avant tout une aventure humaine», rappelle-t-il.
Une pensée complétée par Armand Leblois : «Pour le dirigeant, le succès ou l’échec se définira sur la capacité à transformer ce moment exceptionnel en matière de transformation technologique qu’est l’IA en épopée collective. Et dans ce cadre, il faut valoriser les tentatives d’innovation de nos collaborateurs.» Essayer, expérimenter, industrialiser, tels sont les mots clés pour faire monter en compétences dirigeants et salariés face à la plus grosse révolution technologique de l’histoire.