Dix ans de présence à VivaTech. L'édition 2026, tenue du 17 au 20 juin Porte de Versailles, était un jalon. Le stand L'Oréal l'a dit d'emblée : jumeau numérique du cheveu, Longevity AI Cloud, analysant 260 biomarqueurs, masque LED Lancôme Absolue Longevity MD, Light Straight fonctionnant à 160 degrés grâce à la lumière proche infrarouge. Derrière ce dispositif, une équipe encadrée par Béatrice Dautzengerg, Global Beauty Tech Services & Open Innovation Director, travaille à connecter ces avancées avec les meilleures startups mondiales. 

Azeddine Abid, Open Innovation CDMO & Station F Program Director, en est l'un des architectes : «L'open innovation, n’est plus juste un nice to have. C'est essentiel si on veut garder notre position de leader de la beauté. C’est le moteur de cette nouvelle ère augmentée par l'IA générative.».   

Depuis 2018, le programme d'accélération a accompagné 102 startups issues de 18 pays - 72 % d'Europe, 20 % des Amériques -, dont 54 % fondées ou co-fondées par des femmes et 24 % à impact durable, en ligne avec les engagements «L'Oréal for the Future». 

Une mécanique d'entonnoir rodée 

Le modèle repose sur une architecture en entonnoir, du signal faible au déploiement dans les quarante marques du groupe. Premier niveau : le maillage local, assuré par des programmes régionaux comme les startups challenges «L’Oréal Big Bang» en Asie du Nord et SAPMENA où les responsables digital et marketing jouent sur place le rôle de capteurs. «Nous travaillons en équipe, explique Azeddine Abid. Je vais également scouter les meilleures pépites françaises à la Station F, mais il est primordial d’identifier les meilleures startups mondiales, notamment aux USA, en Inde ou encore en Chine.» 

Une fois le POC validé localement, la startup entre dans le programme d'accélération à la Station F, en partenariat avec HEC Incubator, pour six à huit mois d'accompagnement. La conformité - cybersécurité, data privacy, legal, architecture IT - en constitue le premier défi : «Cette étape tout le monde aimerait la sauter, mais mal réalisée, elle peut bloquer 80 % des collaborations avec les startups», reconnaît Azeddine Abid. À l'issue, les résultats sont présentés au comité de direction d'Asmita Dubey, directrice générale digital et marketing, pour déclencher un déploiement multi-marchés et multi marques 

Sur le salon, quatre startups accélérées ont pitché dans l'auditorium L'Oréal : Beink Dream (plateforme collaborative pour passer du concept visuel à la décision industrielle), Ekoo (intégration audio dans les sites e-commerce pour élever l’expérience de nos sites et améliorer le référencement sur les LLM), Archive (prédiction de viralité sur Instagram et TikTok pour un «social flirting» proactif calibré sur la voix de la marque) et Loook AI (qui transforme n'importe quel écran digital en un Smart Mirror interactif pour favoriser l’engagement en boutique)

Des temps forts à retenir 

Temps fort de l'édition, l’annonce d’un partenariat stratégique avec OpenAI, qui positionne L'Oréal aux prémices de l'ère des LLM. Structuré autour du parcours consommateur augmenté - virtual try-on Maybelline dans ChatGPT, participation de CeraVe, SkinCeuticals et Garnier au pilote d'advertisement dans les LLM - et de l'alimentation de la plateforme interne CreAItech avec les derniers modèles d'OpenAI, ce partenariat est, selon Beatrice Dautzenberg, «un accélérateur plus qu'une redéfinition» :  L'Oréal est avant tout un groupe de beauté dont l'ADN est la créativité, avec la capacité de produire du contenu à grande échelle pour toutes ses marques. 

Sur le stand, certaines démonstrations ont particulièrement marqué les esprits. Béatrice Dautzenberg cite le Skin Decoder développé avec Damae qui permet «réaliser une biopsie optique non invasive de la peau pour en révéler l’invisible. Elle génère des images 3D de la peau en temps réel !» Le masque LED Lancôme en silicone ultra-fin a lui aussi «bluffé tout le monde». Et le jumeau numérique du cheveu incarnait peut-être le mieux la rupture en cours : «C'est la première fois qu'on arrive à créer une catégorisation scientifique des types de cheveux. On peut tester nos produits sur des jumeaux numériques avant même de tester en laboratoire et sur des personnes.»

Enfin, le «Beauty Knowledge Graph », une infrastructure de données qui permet de redéfinir les conversations de beauté à l’ère de l’IA agentique, en alimentant des services comme Beauty Genius sur WhatsApp : «la beauté est avant tout une conversation humaine et de confiance », précise Béatrice Dautzenberg. «Avec notre Knowledge Graph, nous injectons 116 ans d’expertise beauté dans notre Beauty Genius.» 

Dix éditions, dix ans. Et une conviction désormais gravée dans la stratégie du groupe : la beauté de demain se programme avec les startups d'aujourd'hui.