Avec 530 millions d’euros levés, janvier 2026 se situe clairement au-dessus de la moyenne mensuelle de 2025, autour de 410 millions d’euros. Le rebond est marqué par rapport à décembre 2025 (313,1 M€), soit une hausse d’environ 70 %. En glissement annuel, le mois progresse aussi d’environ 25 % par rapport à janvier 2025 (423,6 M€), même s’il reste en deçà des sommets observés en 2024, où le premier mois de l’année s’était établi à plus de 760 M€.
Le message reste toutefois le même que ces derniers mois : ce n’est pas le retour d’un cycle euphorique, mais la poursuite d’un régime où quelques très gros tours viennent ponctuellement gonfler les statistiques. En volume, le mois reste modeste avec 29 opérations, dans le bas de la fourchette 2025 (avec 43 deals en moyenne par mois). Ainsi, le redémarrage du marché ne se joue pas encore sur la volumétrie, mais plutôt sur la capacité de certains dossiers à attirer des tickets très significatifs.
Des méga-tours qui concentrent l’essentiel des montants
La structure par stades illustre cette configuration. En janvier, 19 tours d’amorçage ont été recensés, soit un peu moins des deux tiers des opérations. Ils sont complétés par 7 séries A, une série B, une série C et un late stage. L’early stage continue donc de dominer nettement le dealflow en nombre, dans la droite ligne de 2025.
En valeur, en revanche, le mois est très concentré. Le ticket moyen dépasse légèrement 18 millions d’euros, mais cette moyenne est trompeuse : les deux plus grosses opérations - Pennylane (175 M€) et Harmattan AI (171,2 M€) - représentent à elles seules près des deux tiers des montants levés. Dès la troisième marche du podium, on chute directement à 25 millions d’euros avec SunLib, avant de passer sous la barre des 21 millions pour les suivants. Autrement dit, quelques dossiers emblématiques tirent la courbe vers le haut, tandis que le reste du marché reste structuré autour de tickets beaucoup plus classiques, souvent à un chiffre.
L’IA en filigrane des plus gros tours
Comme en 2025, l’intelligence artificielle s’invite au cœur des plus grosses levées du mois. Si l’on regarde les cinq principaux tours réalisés par des startups ayant recours à l’IA - Pennylane (175 M€), Harmattan AI (171,2 M€), Enodia Therapeutics (20,7 M€), Stoik (20 M€) et ErVimmune (17 M€) - on atteint déjà 403,9 millions d’euros, soit environ 76 % des montants levés en janvier.
Pennylane, qui met de plus en plus l’IA au service de la comptabilité et du pilotage financier des PME, confirme son changement d’échelle avec un nouveau méga-tour qui l’installe dans le haut du panier européen. Harmattan AI s’impose comme un nouveau poids lourd de la deeptech française, en développant des modèles d’IA de fondation souverains. Enodia Therapeutics et ErVimmune illustrent la montée en puissance des sciences de la vie dopées à l’IA, qu’il s’agisse de découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques ou d’optimiser la R&D. De son côté, Stoik poursuit sa trajectoire d’assurtech à forte composante technologique, en utilisant l’IA pour mieux évaluer et gérer le risque cyber.
Ce top 5 montre bien que l’IA n’est plus un secteur à part, mais une couche transversale qui irrigue la fintech, la deeptech, la biotech ou encore l’assurtech. Les plus gros tickets du mois se situent précisément à l’intersection de ces verticales et de l’intelligence artificielle, prolongeant une tendance déjà très nette sur l’ensemble de 2025.
Top 10 des levées de fonds des startups ayant recours à l'IA ce mois-ci :
Deeptech et fintech au coude-à-coude
La hiérarchie sectorielle de janvier est dominée par un duel serré entre deeptech et fintech. La deeptech prend d’une courte tête la première place avec 179,7 millions d’euros levés, essentiellement portés par Harmattan AI et quelques tours d’amorçage ou de série A (Cementic, Anodine, Radiant). C’est mieux que janvier 2025, où la deeptech s’établissait déjà à un niveau élevé (118 M€), et cela confirme son rôle de pilier structurel du financement de l’innovation française.
La fintech suit de très près avec 179,6 millions d’euros, quasi intégralement concentrés sur Pennylane, complétée par les tours d’amorçage de GoCanopy, Dowgo et Obside AI. Par rapport à janvier 2025, où la fintech cumulait un peu plus de 80 millions d’euros, le saut est spectaculaire. Le message est clair : les investisseurs sont prêts à remettre des tickets très significatifs sur des acteurs déjà installés et générateurs de revenus, mais restent plus mesurés sur les nouveaux entrants.
Derrière ce duo de tête, la biotech affiche 57,7 millions d’euros, portée notamment par Enodia Therapeutics, ErVimmune, Mycophyto, Sweetech ou encore Evolutive Agronomy. Le secteur démarre donc l’année sur une base solide, au-dessus des niveaux de janvier 2025, et confirme la dynamique observée sur la fin de 2025 avec le retour en grâce des sciences de la vie. L’énergie se positionne ensuite avec 25 millions d’euros, concentrés sur SunLib, qui illustre la capacité des cleantech à continuer de capter des tours significatifs. Enfin, l’assurtech complète le top 5 avec les 20 millions d’euros levés par Stoik, qui renforce sa position de référence sur l’assurance cyber.
Au-delà de ces verticales, la plupart des autres secteurs restent sur des montants plus modestes, souvent limités à quelques tours d’amorçage ou de série A, ce qui renforce l’idée d’un marché à plusieurs vitesses où une poignée de champions absorbe l’essentiel des capitaux.
L'Île-de-France ultra-dominante
Sur le plan géographique, janvier 2026 est marqué par une domination écrasante de l’Île-de-France. Avec 443,8 millions d’euros levés sur 15 opérations, la région capitale concentre environ 84 % des montants du mois et un peu plus de la moitié des deals. C’est davantage qu’en janvier 2025, où l’Île-de-France affichait déjà un niveau très élevé (près de 360 M€). La quasi-totalité des méga-tours (Pennylane, Harmattan AI, Enodia Therapeutics, Stoik, GoCanopy, Dowgo...) y sont localisés.
Derrière cette hégémonie francilienne, quelques territoires réussissent néanmoins à exister. La Provence-Alpes-Côte d’Azur cumule 47,8 millions d’euros sur 4 opérations, portée notamment par SunLib et Mycophyto, ce qui la place au deuxième rang. L’Auvergne-Rhône-Alpes suit avec 26,5 millions d’euros et 5 deals, grâce à des dossiers comme ErVimmune, Atlas V, Anodine, Campsider et Gamevestor, confirmant son rôle de deuxième grand pôle deeptech et industriel.
La Nouvelle-Aquitaine (4,2 M€), la Normandie (3,6 M€), la Bourgogne-Franche-Comté (3,2 M€) et les Pays de la Loire (0,5 M€) complètent le tableau avec des montants plus modestes mais une présence régulière dans le dealflow, souvent sur des dossiers d’amorçage en agritech, biotech, greentech ou divertissement.