La France héberge un vivier important de talents dans la recherche, mais compte encore trop peu de profils féminins. Les choses progressent petit à petit, mais le chemin qui reste à parcourir semble relativement long, d’après la nouvelle étude de l’Office européen des brevets (OEB) sur la place des femmes dans les STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques). Cette dernière est dévoilée à quelques jours de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars.
Il ressort de cette étude que les femmes ont figuré dans 16,7 % des demandes françaises de brevets européens entre 2018 et 2022, contre 16,4 % de 2013 à 2017. C’est peu, mais c’est toutefois mieux que la moyenne du Vieux Continent (13,8 %). «L'Europe a tout à gagner à encourager la participation des femmes à l'innovation. La diversité n'est pas un simple atout, c'est le moteur des innovations de rupture», estime António Campinos, président de l'OEB.
L’Espagne, le Portugal et l'Irlande, meilleurs élèves européens
Cette faible représentation des femmes en France et en Europe dans le dépôt des brevets se reflète encore davantage dans la bascule vers l’entrepreneuriat pour créer des entreprises de pointe et alimenter l’écosystème deeptech, qui constitue l’une des fiertés de la French Tech. Ainsi, les femmes représentent seulement 10,2 % de l’ensemble des fondateurs de startups ayant déposé un brevet européen en France, un peu en-dessous de la moyenne européenne à 13,5 % (7, 3% d’équipes fondatrices exclusivement féminines et 6,2 % d’équipes mixtes). «À l’inverse, les startup françaises n’ayant pas déposé de brevets mais opérant dans des secteurs similaires présentent une représentation féminine nettement plus élevée : les femmes y représentent 20,1 % des fondateurs», observent les auteurs de l’étude.
Dans le reste de l’Europe, l’Espagne (19,2 %), le Portugal (15,7 %) et l'Irlande (14,8 %) affichent les taux de participation féminine les plus élevés, tandis que les Pays-Bas (5,5 %), l'Autriche (7,5 %) et l'Allemagne (8 %) enregistrent les taux les plus faibles. «Bien que les femmes soient de plus en plus présentes au sein des équipes d'inventeurs, elles restent nettement moins susceptibles d'être désignées comme inventrices individuelles, ce qui souligne la persistance d’obstacles structurels», souligne l’OEB.
Les startups plus récentes montrent la voie, mais...
Un travail de fond reste donc à fournir pour aboutir à une meilleure féminisation des équipes fondatrices dans les startups de pointe, comme pour l’ensemble de la tech française et européenne. Pour rappel, les startups tricolores fondées uniquement par des femmes ne captent que 1 % des fonds levés. Plus globalement, les startups fondées uniquement par des femmes ont levé 4 fois moins que les hommes en France en 2025.
Néanmoins, il existe des motifs d’espoir dans l’étude de l’OEB. En effet, celle-ci indique que les startups les plus récentes affichent une proportion plus importante de femmes fondatrices (14 % dans les jeunes entreprises, contre environ 5,9 % dans celles établies depuis plus de 20 ans), «ce qui suggère que les nouvelles structures deviennent plus diversifiées». Mais là où le bât blesse, c’est lorsque les entreprises co-fondées par des femmes veulent changer d’échelle. En effet, leur représentation s’estompe au fil des tours de table : entre 12,9 % et 11,3 % en pré-amorçage et amorçage, avant de tomber à 6 % pour les financements plus avancés.