Dans le capital-risque, tous les entrepreneurs ne partent pas avec les mêmes chances. C’est ce constat qui a conduit Daphni à lancer, il y a un an, Time4, un fonds dédié aux fondateurs encore peu représentés dans l’écosystème. Le fonds officialise aujourd’hui un premier closing de 50 millions d’euros, avec un objectif final de 100 millions d’euros.

Parmi les LPs, on retrouve MGEN, Bpifrance, via le Fonds Entrepreneuriats Quartier 2030, et le Fonds French Tech Accélération II, géré pour le compte de l’Etat dans le cadre de France 2030, Covéa, BNP Paribas, ainsi que des investisseurs privés comme Christine Kolb, Lenny Vercruysse, ou Philippe Oddo.

Porté par la société de capital-risque Daphni aux côtés des associations Les Déterminés et Live for Good, ainsi que d’HEC Paris, le véhicule vise à financer des entrepreneurs issus de la diversité ou de territoires encore peu présents dans l’écosystème du venture capital.

Ce premier closing a été bouclé en novembre dernier, mais l’équipe a choisi d’en différer l’annonce publique. « Nous voulions d’abord réaliser plusieurs investissements pour illustrer la thèse du fonds », explique Pierre-Éric Leibovici, associé chez Daphni. Une manière de rendre plus concrète une stratégie encore peu familière pour certains investisseurs.

Une thèse qui veut élargir le vivier entrepreneurial

Depuis son lancement, Time4 a déjà investi dans plusieurs startups, parmi lesquelles Leviathan Dynamics (énergie), Wish One (mobilité), Flotte (marque de vêtements) et Cominty (IA). Ces entreprises illustrent la diversité des profils et des territoires ciblés par le fonds, qu’il s’agisse d’une deeptech industrielle implantée à La Courneuve ou d’un fabricant de vélos basé à Millau.

Pour Pierre-Éric Leibovici, cette stratégie part d’un constat simple : une partie du vivier entrepreneurial reste aujourd’hui sous-financée. « Aujourd’hui, on voit des entrepreneurs qui arrivent à trouver des quasi-fonds propres, mais quand il s’agit de lever du capital auprès des fonds d’investissement, il y a un plafond de verre qui peut ralentir leur développement », explique-t-il.

Selon lui, ce biais prive l’écosystème d’un réservoir d’entrepreneurs pourtant prometteurs. En France, les porteurs de projets issus des zones rurales de revitalisation (ZRR) ou des quartiers prioritaires de la ville (QPV) captent une part très marginale du capital-risque.Ils ne représenteraient qu’environ 1 % des montants investis en capital-risque.

« Aux États-Unis, près de 50 % des entreprises qui se vendent plus d’un milliard de dollars ont été créées par des entrepreneurs issus de la dernière génération d’immigrés », souligne Pierre-Éric Leibovici. « Cela montre qu’il existe probablement un vivier d’entrepreneurs extrêmement dynamique mais sous-exploité, que des acteurs comme nous doivent adresser », ajoute-t-il.

Un fonds d’amorçage pour amorcer les tours de table

Positionné en pré-amorçage et amorçage, Time4 prévoit d’investir dans environ 60 startups sur quatre à cinq ans, avec des tickets compris entre 100 000 euros et 1 million d’euros.

Le fonds vise un rythme d’une quinzaine d’investissements par an. L’idée est d’intervenir en premier investisseur afin d’amorcer les tours de table. « À partir du moment où nous décidons d’investir, d’autres investisseurs se positionnent souvent pour compléter le tour », souligne Pierre-Éric Leibovici.

Le sourcing repose sur les outils de Daphni et en partie sur les réseaux de ses partenaires. Les Déterminés, Live for Good et HEC Paris disposent de programmes d’accompagnement permettant d’identifier des entrepreneurs en amont du financement et de les préparer à une levée de fonds.

Au-delà de la performance financière, Time4 revendique aussi une ambition plus large : faire émerger de nouvelles figures de l’entrepreneuriat. « Nous avons besoin de nouveaux rôles modèles. Il y a vingt-cinq ans, des entrepreneurs comme Marc Simoncini, Xavier Niel ou Marc-Antoine Granjon ont donné envie à toute une génération d’entreprendre », rappelle Pierre-Éric Leibovici. « Notre mission sera réussie le jour où nous aurons fait émerger des entrepreneurs emblématiques capables d’inspirer les générations suivantes, quels que soient leurs parcours ou leurs territoires d’origine », conclut-il.