C’est le conseil que ces jeunes entrepreneurs auraient aimé recevoir plus tôt. Réunis à l’Assemblée nationale, ils ont décidé de compiler leurs méthodes pour lancer une startup… pendant leurs études.
L’histoire du Guide Ultime du Jeune Entrepreneur (GUJE) commence en novembre 2024, dans les couloirs de l’Assemblée nationale. À l’initiative du député Paul Midy, une trentaine de jeunes fondateurs se retrouvent autour d’une même question : comment donner envie d’entreprendre… et surtout comment passer à l’action plus tôt ?
Parmi eux, Thaddée Caron (Athana), Oscar Landry (Hunel) et Cédric Le Guern (Lizia). Tous ont un point commun : ils se sont lancés jeunes, souvent sans attendre d’avoir “le bon moment” ou “le bon niveau”.
Très vite, un constat s’impose : l’information existe, mais elle est dispersée, souvent trop théorique, et rarement adaptée à des étudiants.
Un guide pour transformer une idée en entreprise
De cette rencontre naît un objectif simple : créer un guide pratique, gratuit, pensé par des jeunes entrepreneurs pour ceux qui veulent franchir le pas. « Il y a déjà énormément de ressources pour se lancer, et c’est tout le problème : il y en a partout et elles ne sont pas toujours adaptées à des jeunes qui veulent entreprendre pendant leurs études », explique Oscar Landry.
L’association GUJE voit officiellement le jour en septembre 2025. En quelques mois, le projet prend de l’ampleur, porté par un réseau de contributeurs aux profils très variés. « On a des solo founders comme des équipes de quatre cofondateurs. Du SaaS comme du spatial. Cette diversité fait que ça parlera à beaucoup de jeunes qui veulent entreprendre », poursuit-il. À la clé : un guide structuré en une trentaine de chapitres, mêlant fiches pratiques, tutoriels et retours d’expérience. Objectif affiché : passer du « je veux entreprendre, à je lance concrètement ».
« N’attends pas le produit parfait »
S’il fallait retenir un seul message du guide, ce serait celui-ci. L’un des principaux freins identifiés chez les jeunes entrepreneurs n’est pas le manque d’idées, mais la peur de ne pas être prêt. Le guide prend le contre-pied de cette logique : tester, vendre, confronter… avant même d’avoir un produit finalisé. « N’attends pas le produit parfait » , recommande Antoine Kuhnast (Safehear).
Dans les faits, plusieurs contributeurs racontent avoir signé leurs premiers clients avec des maquettes ou des prototypes encore imparfaits. Une manière de valider rapidement un marché, sans perdre des mois à développer une solution qui ne trouvera peut-être jamais son public.
Construire sa légitimité sur le terrain
Autre enseignement central : la légitimité ne se décrète pas, elle se construit. «Tu n’as pas besoin de diplôme, mais d’une curiosité immense. Lis tout, apprends tout, deviens incontournable sur ton sujet. » Pour ces jeunes entrepreneurs, l’apprentissage passe moins par les parcours académiques que par l’expérimentation directe rencontrer des clients, tester son marché et comprendre ses codes.
Même logique sur le terrain commercial. « Ne reste pas derrière ton écran, va toquer aux portes pour obtenir des partenariats. »
Une discipline compatible avec les études
Contrairement aux idées reçues, entreprendre en parallèle de ses études ne suppose pas nécessairement un engagement total dès le départ. Le guide insiste plutôt sur la régularité. « La récurrence bat l’intensité : un peu de travail sérieux chaque semaine vaut mieux qu’un sprint désorganisé.» Une approche qui permet de construire son projet dans la durée, sans s’épuiser ni abandonner ses études.
Enfin, l’un des apprentissages les plus structurants concerne la vente. « Pour chaque heure de dev, passe une heure sur l’acquisition », résume Vincent Maurin (Swanbase). Autrement dit : un produit, même imparfait, n’a de valeur que s’il trouve ses premiers clients. Certains contributeurs vont plus loin : mieux vaut un canal de vente validé avec une solution encore fragile… qu’un produit parfait que personne n’utilise.
Développer une logique de pair à pair
Au-delà du guide, le GUJE s’inscrit dans une dynamique plus large. Très active sur Instagram et TikTok, l’association partage des contenus pratiques, tandis qu’un groupe WhatsApp rassemble déjà plus de 200 jeunes entrepreneurs. Elle développe également un modèle basé sur l’intervention dans les écoles.
« Nous sommes comme une agence de conférenciers », explique Oscar Landry. « L’idée, c’est de proposer des échanges de pair à pair, qui sont aujourd’hui particulièrement recherchés. » Le GUJE travaille déjà avec Rennes School of Business, le réseau Ynov, et bénéficie du soutien d’institutions publiques comme les ministères de l’Économie et de l’Enseignement supérieur, ainsi que de structures comme Pépite France.
Les 10 commandements du guide
Pour synthétiser leur approche, les auteurs résument leurs conseils en 10 principes :
- Commencer par un problème réel, pas une idée
- Valider son projet avec des paiements, pas des retours positifs
- Vendre avant de construire
- Ne jamais attendre un produit parfait
- Avancer chaque semaine, même peu
- Aller sur le terrain, pas seulement en ligne
- Se former en continu sur son secteur
- Structurer rapidement son projet (vision, mission, pitch)
- Utiliser les dispositifs existants (incubateurs, SNEE…)
- S’entourer dès le départ