La question de la réindustrialisation du pays dépasse la seule reconstruction du tissu industriel : elle implique aussi sa modernisation. Et c’est sur ce front que les startups peuvent rapidement tirer leur épingle du jeu. Une conviction portée par EDF Pulse Ventures, le fonds de corporate venture (CVC) du groupe EDF, qui investit dans des startups capables de répondre aux défis opérationnels concrets des industriels.

80% de temps gagné sur certaines interventions grâce à la digitalisation

L’un des premiers terrains de jeu des startups dans l'industrie est lié à la digitalisation des opérations. Exemple concret dans une centrale nucléaire : ”aujourd'hui, une part importante du temps de travail d’un agent de maintenance sur une centrale est consacré à remplir des formulaires papier”, explique Yann Coïc, directeur d’EDF Pulse Ventures. Conséquence ? “Cela génère de l'inefficacité, du temps perdu, et réduit ce qu'on appelle le "temps métal", c’est-à-dire le temps effectivement dédié à la production.”

Siteflow, une startup dans laquelle le fonds de corporate venture d’EDF a investi en 2025, s’attaque justement à ce problème. Sa solution permet de digitaliser l'ensemble des workflows de maintenance, afin de centraliser les informations et de les diffuser de façon bien plus fluide qu’avec du papier, le tout en respectant les niveaux de sécurité les plus exigeants. Chez EDF Hydro Alpes, qui assure la production d’hydroélectricité dans les Alpes du Nord pour le Groupe, Siteflow a fait gagner 80% de temps sur certaines interventions. La solution est aujourd'hui déployée dans de nombreuses filiales et entités du groupe EDF avec le même souci de gagner en temps et en performance.

L'IA au service de la qualité industrielle

La performance industrielle ne tient pas seulement à la vitesse d'exécution : elle passe aussi par la qualité des processus. “On constate que la qualité est parfois le parent pauvre de la digitalisation : les bases de données sont mal renseignées, incomplètes, ou reposent sur un mix entre papier et numérique”, observe ainsi Yann Coïc.

Pour répondre à ces enjeux de qualité, EDF Pulse a créé Yxir grâce à son programme d’intrapreneuriat EDF Pulse incubation. Cette startup édite une solution de management de la qualité (QMS) qui s’appuie sur l’IA, avec une spécificité : elle permet d’identifier les causes racines des non-conformités, pour améliorer en continu les processus. Yxir est aujourd'hui utilisée en interne chez EDF, mais réalise déjà plus de 50% de son chiffre d'affaires en dehors du Groupe, dans d'autres secteurs industriels, notamment dans l’aéronautique.

Côté “hardware” également, les startups peuvent apporter des réponses efficaces et innovantes aux problématiques des industriels. Sur ce sujet, Yann Coïc cite ainsi l'exemple d'Ekoscan, une PME française spécialisée dans le contrôle non-destructif par ultrasons. Ses outils permettent notamment d'inspecter les tuyauteries industrielles en les analysant via des ultrasons.

EDF Pulse Ventures est entré à son capital en 2022, au moment du problème de la corrosion sous contrainte, qui touchait plusieurs centrales du parc nucléaire français. “Ekoscan a été l'un des contributeurs à la résolution de ce problème”, explique Yann Coïc. En co-développant avec elle, EDF a pu affiner le produit pour le rendre spécifique au cas d'usage nucléaire, tout en lui ouvrant un marché porteur. L'investissement a depuis été cédé à l’occasion d’un LBO, mais la coopération se poursuit.

Autre exemple dans le domaine du “hardware” : MX3D, une startup néerlandaise spécialisée dans l'impression 3D métal à échelle industrielle. EDF Pulse Ventures est entré à son capital en 2025, en y voyant notamment un levier pour la souveraineté industrielle. De fait, la fabrication additive, qui consiste à construire une pièce par superposition de couches de soudure métal, offre de nombreux avantages par rapport à la fonderie traditionnelle : moins de matière consommée, des délais de fabrication réduits, et surtout la possibilité de produire la pièce au plus près de son lieu d'utilisation, sans recourir à des fonderies souvent localisées loin des sites.

Ces exemples à l’appui, le message de Yann Coïc est clair : la réindustrialisation ne se fera pas sans les startups, et les startups deeptech ne se développeront pas sans les industriels. “Je n'aime pas opposer les deux mondes. Chacun évolue dans un environnement complémentaire” explique-t-il. 

Pour continuer à rapprocher ces deux univers, EDF Pulse a d’ailleurs lancé fin 2025 “EDF Pulse Pilot”. Ce dispositif permet de financer des prototypes à échelle industrielle, adossé à des consortiums réunissant plusieurs industriels potentiellement futurs clients. Le but : permettre aux startups de dérisquer leur technologie et de passer directement à un contrat commercial, en évitant la “traversée du désert” qui suit souvent la phase du proof-of-concept.