Rebelote pour Tsuga, quelques mois seulement après leur première levée de fonds. La startup avait déjà levé 10 millions de dollars lors de son tour d'amorçage, en décembre 2025, avec General Catalyst. La startup parisienne est sortie du mode stealth fin 2025, et ses premiers résultats commerciaux, obtenus début 2026, se sont révélés positifs. « Ce contexte favorable a poussé plusieurs investisseurs historiques à proposer rapidement de refaire un tour, dans des conditions de valorisation et un montant qui avaient du sens pour l'ensemble des parties », confie Gabriel-James Safar, cofondateur et CEO de Tsuga.
Fondée à Paris en 2024, Tsuga se positionne sur l'observabilité résiliente native IA. « L'observabilité consiste à collecter les données nécessaires pour comprendre le fonctionnement d'un système informatique en production, repérer ses dysfonctionnements et l'optimiser », explique Gabriel-James Safar. Une pratique ancienne que l'essor du cloud puis celui de l'IA ont rendue plus exigeante à mesure que les déploiements se multiplient.
Le "natif IA" de Tsuga renvoie à deux dimensions : la plateforme intègre nativement les traces générées par les agents IA, les prompts, les tokens et les graphes d'appels entre agents, en plus des traces applicatives classiques, et vise à rendre cette donnée exploitable directement par d'autres agents IA pour automatiser le diagnostic des incidents, plutôt que de la réserver à une lecture humaine.
Un modèle économique historique remis en cause
Au-delà des traces IA intégrées nativement, la différence de Tsuga tient aussi à son modèle économique. Le secteur de l'observabilité repose depuis plusieurs décennies sur un principe inchangé : ingérer la télémétrie des clients, la stocker dans son propre cloud, puis facturer à mesure que les volumes augmentent. «Notre conviction, c'est que ce modèle a moins de sens qu'avant, à cause des volumes de données», explique Gabriel-James Safar. Selon lui, la multiplication des boucles d'agents IA et des déploiements autonomes a fait exploser les volumes à traiter, rendant ce mode de facturation de plus en plus coûteux pour les clients.
Face à ce constat, Tsuga déploie sa plateforme directement dans l'environnement cloud du client, qu'il s'agisse d'Azure, d'AWS, de Google Cloud ou d'un cloud souverain régional. Les données de télémétrie ne quittent ainsi jamais le périmètre du client. «Les acteurs historiques ont bâti de solides entreprises sur un modèle qui ne fonctionne aujourd'hui plus», commente Gabriel-James Safar. «Tous les clients avec lesquels nous échangeons dépensent davantage pour l'observabilité qu'il y a deux ans tout en bénéficiant d'une couverture moins fiable», poursuit-il.
Cibler les grands comptes plutôt que le volume
Tsuga revendique plusieurs millions de dollars de revenus récurrents annuels et une valeur moyenne de contrat à six chiffres. L'entreprise compte parmi ses clients Le Monde, Camunda, Buk et Black Forest Labs, et dit privilégier les grandes structures aux besoins technologiques importants plutôt qu'un volume élevé de petits comptes.
Les fonds doivent permettre à Tsuga de poursuivre le développement de son produit, de continuer à recruter des ingénieurs et d'étoffer son équipe commerciale. Aujourd'hui forte d'une quarantaine de collaborateurs, Tsuga vise une centaine de collaborateurs début 2027.