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Finance

#MaddyREX « L’accompagnement d’un VC, jamais ! », c’est ce que je pensais avant de passer de l’autre côté

#MaddyREX : « L’accompagnement d’un VC, jamais ! », c’est ce que je pensais avant de passer de l’autre côté
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Marion Chanéac est directrice d’investissement chez CapHorn Invest. Après avoir été entrepreneur et un début de carrière de conseil en évaluation financière, elle revient sur sa vision des investisseurs, qui a bien changé depuis qu’elle est passé de l’autre côté de la barrière.

Avant, ma vision des investisseurs était assez négative : l’investisseur est celui qui dit non, qui demande des reporting financiers et qui met la pression pour atteindre des objectifs de rentabilité. Mais surtout, celui qui n’y connait rien car il n’a jamais été opérationnel ! Je ne comprenais pas ce qu’un fonds pouvait m’apporter. Et pourtant… Voilà ce que je découvre depuis plus d’un an chez CapHorn Invest !

« Ma start up n’est qu’une ligne d’un portefeuille financier » Et pourtant…

Un investisseur a des enjeux proches de l’entrepreneur.

Certes l’objectif premier d’un VC est financier : réaliser un beau multiple de sortie. Ce qui explique les critères de sélection d’un dossier : la taille du marché adressable, la scalabilité du produit, l’exit potentiel. Comme l’entrepreneur, il prend des risques en investissant son temps, sa carrière et son argent. Sur un fonds de 20 sociétés, la règle est 1/3 qui perd 1/3 qui gagne et 1/3 qui fait la rentabilité du fonds. L’investisseur recherche le dernier 1/3. A chaque investissement il est convaincu par le potentiel de sortie. C’est pourquoi il recherche l’ambition de l’entrepreneur. Sa vision et sa persévérance sont les critères humains de sélection principaux.

Qu’en est-il au quotidien ? L’investisseur est confronté aux mêmes problématiques qu’un entrepreneur :

  • Il lève des fonds – réel commercial sur la route, il vend son produit financier, doit convaincre des investisseurs de lui faire confiance pour gérer son argent.
  • Il source des dossiers – comme un entrepreneur, il doit chercher à comprendre un marché, ses enjeux, sa technologie, ses acteurs, ses facteurs clés de succès.
  • Il « close des deals » – réalisation du montage juridique et financier où la qualité d’exécution est primordiale, comme dans le travail d’un entrepreneur. 
  • Il suit pendant un cycle de 5 à 7 ans au quotidien les entrepreneurs. Phase pendant laquelle les intérêts sont complètement alignés… il co développe co construit, soutien, conseille…
  • A la fin du cycle il vend, il doit convaincre un acquéreur d’acheter la société.

Dans toutes ces phases, l’environnement reste très concurrentiel, au niveau national et international (Index, Accel, Atomico, etc), il ne faut pas se tromper, pour les « bons dossiers » (critères très subjectifs), c’est le fonds qui se vend et l’entrepreneur qui choisit qui l’accompagnera !

Tout ne relie pas non plus un investisseur à un entrepreneur !

La principale différence : un investisseur n’est pas aux manettes, il accompagne, comprend mais reste à côté, ne manage pas, ne dirige pas. Et je dois le dire, ex entrepreneure, je ressens souvent une certaine frustration de ne pas être aux commandes.

Le paradoxe du temps est aussi une différence majeure : la durée de vie d’un fonds de 10 ans versus les objectifs courts termes opérationnels des entreprises. Un entrepreneur voit à demain, ou à la semaine dernière !

Enfin, un entrepreneur est expert de son sujet, souvent leader de son marché. Un investisseur doit en permanence faire preuve de curiosité et s’intéresser à de multiples sujets (Machine Learning, deep learning, big data…). Les connaissances ne sont jamais acquises puisque les marchés évoluent. L’investisseur apporte à l’entrepreneur expert un regard extérieur, qui lui permet de s’extraire de son quotidien pour se poser des questions stratégiques.

« Un VC derrière son écran d’ordinateur n’a jamais mis les mains dans le cambouis » Et pourtant…

Pour travailler ensemble, un VC et un entrepreneur doivent aligner leurs intérêts. Comment ? 

  • Partager des valeurs et un ADN commun pour s’entendre 

« Pour réussir en tant qu’investisseuse, il faut être passionnée »

Les qualités d’un bon entrepreneur sont selon moi la persévérance, l’écoute, l’anticipation et l’ambition, avec une capacité à prendre beaucoup de décisions en une journée. Les qualités d’un bon investisseur sont selon moi l’humilité, l’esprit analytique, le feeling humain et la curiosité, avec la capacité d’attirer un bon réseau.

Pour travailler ensemble, un entrepreneur et un investisseur doivent partager les valeurs d’intégrité, de passion et de transparence pour instaurer une relation de confiance.

A la tête d’une entreprise, l’entrepreneur porte son projet, incarne une vision et fédère une équipe pour atteindre son ambition. Les valeurs de l’entreprises sont imposées par les qualités de son fondateur. Le fonds doit partager ses mêmes valeurs pour avoir une conviction dans le choix et s’investir avec passion.

  • Un accompagnement opérationnel et non théorique

Ex entrepreneure, je suis moins conceptuelle et plus opérationnelle dans mon accompagnement des startups. Ayant vécu ce que les entrepreneurs vivent, j’essaye d’instaurer une relation de confiance et d’être proche des fondateurs. Négocier un gros contrat une boule au ventre, avoir peur de ne pas payer les salariés fins de mois, recruter un nouveau membre de famille… des décisions opérationnelles souvent difficiles à comprendre quand on ne les a pas vécues. Je pense être très engagée dans l’accompagnement que je propose aux participations. L’objectif est dans un premier temps de comprendre l’entrepreneur puis d’anticiper les situations pour gagner du temps. Une façon d’être plus près de l’opérationnel !

  • Des relations qui se nourrissent mutuellement

L’entrepreneur, au-delà de son expertise, innove en permanence dans ses méthodes de management, en offrant à ses salariés de plus en plus d’autonomie et de responsabilité. Etre à distance, partager via des outils digitaux pour atteindre des objectifs communs clairement identifiés vient revisiter le monde du travail traditionnel. Les fonds ont encore beaucoup à apprendre dans ce domaine.

Une entreprise qui lève des fonds est en crise de croissance, le fonds l’aide avec son expérience à passer ce « cap ». Structuration, partenariat grands comptes, développement international, recrutement key people, etc pour l’aider à accélérer. L’investisseur utilise la force du réseau, les gens étant souvent apte à apporter de l’aide sans contrepartie et avec bienveillance. En bref c’est une relation qui s’enrichit en permanence et qui place les rapports humains au centre.

Il est de coutume de finir par des conseils…

« Une levée doit être un moyen d’accélérer, le meilleur argent reste celui des clients »… Faire une levée n’est pas une fin en soi, cela permet d’accélérer. Choisir un VC, c’est choisir un partenaire qui accompagne pendant 5 à 7 ans, il faut réellement un bon fit humain. Savoir s’entourer des meilleurs dans l’équipe, le board, les coachs, les conseils est primordial pour croitre.

La recette pour créer les futures pépites françaises ? Un accompagnement opérationnel des fonds, un entrepreneur ambitieux à l’écoute et un partage de valeur, tout simplement !

Mots clés : caphorn invest, MaddyREX, vc