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Innovation

#Prospective “On est loin d’avoir une intelligence artificielle qui dépasse l’Homme”

#Prospective : “On est loin d’avoir une intelligence artificielle qui dépasse l’Homme”
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Le 17 mars 2016 se tenait la onzième édition du Maddy Talk, le cycle de conférences de Maddyness. Après notre Maddy Keynote en janvier dernier, qui avait permis d’aborder les quatre grandes tendances que nous avions identifiées pour 2016 dans quatre domaines : l’Homme, le robot, la ville et le réseau, les Maddy Talk permettent d’approfondir ces thèmes, dans un format de table-ronde qui laisse la place aux questions de la salle. Hier, le public a pu se pencher avec quatre experts sur le futur de l’homme, qui se bâtit dès aujourd’hui.


Cette semaine, pas un média n’a pas relayé le fait que le programme AlphaGo de Google avait vaincu Lee Sedol, maître du jeu de go, sur son propre terrain. Entre peur et fascination, cette victoire de la machine sur l’homme a engendré son lot de questions. Alors, l’intelligence artificielle est-elle un espoir ou menace pour l’Homme ? Nous n’en sommes qu’aux prémices que ce que l’Homme peut s’attendre à vivre dans le futur mais aujourd’hui, de nombreuses sociétés travaillent à faire de la technologie une extension de l’Homme et même à faire entrer ce dernier dans un monde dont il n’aurait pas su rêver. Santé, divertissement, sécurité, l’impact de la technologie se fait sentir dans tous les domaines et c’est pour discuter de se futur que l’on se construit à coups de code et de programmation ingénieuse que ce sont retrouvés sur la scène du Maddy Talk Denise Silber, fondatrice de la conférence Doctors 2.0 & You, Matthieu Marquenet, cofondateur du logiciel de reconnaissance faciale Smart Me Up, Adrien Chao, fondateur de l’objet connecté Orio et Dimitri Singer, fondateur de 3D Sound Labs, une technologie de son en 3D.

Denise Silber, a tenu tout d’abord à distinguer l’homme augmenté de la figure du superhéros. « Il ne faut pas confondre ce qui consiste à résoudre des problèmes de santé et ce qui permet de créer un surhomme : il y a d’un côté l’utilisation des techniques pour palier tout ce que n’a pas l’homme, comme une bonne vue ou une bonne ouïe et de l’autre tout ce qui touche au cerveau, à l’augmentation des capacités et c’est ça qui engendrera une machine dont on va avoir peur. »

Denise-Silber

Du côté d’Orio, aucun problème en ce qui concerne la création d’un surhomme puisque la jeune pousse qui n’en est encore qu’au stade du prototype, a créé un objet connecté qui ne permet pas à l’homme de booster ses capacités mais bien de rééquilibrer son corps pour lui permettre de retrouver son état initial. Connecté aux trackers d’activité de l’utilisateur, et alimenté par des données déclaratives et contextuelles, l’objet, de la taille d’une machine à café, analyse les besoins de l’utilisateur et lui délivre une pilule personnalisée en allant piocher dans des cartouches contenant 40 nutriments différents.

Adrien Chao

 « Ce qui est certain c’est que les gens vont vers ce marché de tracking, observe Adrien Chao. Mais 70% des objets sont abandonnés au bout de trois mois car c’est anxiogène d’avoir un tracker surtout si sa seule fonction c’est de te dire que tu as mal dormi. Il ne faut pas s’arrêter au stade de l’observation, il faut pousser la recommandation. » La bêta d’Orio devrait sortir au mois de juin avant qu’une campagne Kickstarter ne le fasse connaître au grand public d’ici la fin de l’année. Si Orio a été pensé pour combler les carences et permettre aux personnes qui suivent des régimes très particuliers (veganisme etc.) d’être en pleine forme, un champ très vaste d’applications pourrait s’ouvrir à Orio. Même si Adrien Chao estime que sa machine n’a pas vocation à devenir un objet de médecine préventive, voire prédictive, Orio pourrait pourtant devenir une véritable pharmacie de poche. Un usage qui viendra peut-être avec le temps…

Du divertissement à l’homme de demain

Il n’y a pas une grande société en ce moment qui en cherche pas à surfer sur la vague de la réalité virtuelle. Bankable visiblement, le sujet est pourtant loin d’être gadget. Et si l’on parle exclusivement de l’image, l’expérience de la réalité virtuelle se vit également avec le son. « On s’aperçoit que pour avoir une expérience réaliste, l’audio est nécessaire. Au bout de deux minutes on n’a pas l’impression d’avoir vécu une réalité alternative, mais juste une expérience immersive si l’on a utilisé du son lambda. Notre but est de plonger l’homme dans un rêve de réalité qu’il va pouvoir s’inventer », explique Dimitri Singer, créateur de la société 3D Sound Labs et présent sur la scène du Maddy Talk pour évoquer toutes les possibilités que sa technologie de son 3D pouvait offrir. Imaginez un casque qui restitue le son comme si vous étiez dans le studio d’enregistrement. Le casque 3D Sound Labs véhicule un son spatialisé, créé grâce à une armée d’algorithmes qui permettent de délivrer le son le plus réaliste possible.

Dimitri-Singer

Utilisé principalement pour des loisirs comme les jeux vidéo, mais aussi l’écoute de musique, cette technologie inédite qui a fait parler d’elle lors des deux derniers Consumer Electronic Show de las Vegas est également utilisée pour donner à l’homme des capacités auditives inouïes. 3D Sound Labs travaille ainsi avec l’IRBA, le laboratoire de recherche des armées pour permettre aux fantassins et aux pilotes de chasse de doper leurs capacités auditives pour qu’ils puissent géolocaliser le son. « On travaille sur un programme pour améliorer la perception auditive des fantassins, pour qu’ils entendent par exemple les bruits dans les branchages la nuit, et qu’ils soient capables de dire si ce son provient de devant ou de derrière et donc d’établir si c’est un confère ou un ennemi. Ca peut changer beaucoup de choses, notamment pour les pilotes de chasse qui lorsqu’ils se font accrocher par un missile, peuvent entendre le son du radar être émis de l’endroit où le missile va arriver, cette géolocalisation du son permet de gagner de précieuses millisecondes. »

Dans un tout autre secteur d’activité, le retail, c’est la technologie de Smart Me Up qui est plein de promesses pour l’homme de demain. Ce logiciel de reconnaissance faciale est capable de faire toute ce qu’un humain en présence d’un autre humain : estimation de l’âge, du sexe, analyse des émotions. Cette technologie utilisée par différents types d’acteurs permet par exemple de savoir quelle réaction les consommateurs ont eu face à une publicité, ou encore sur le marché du smart home, de permettre aux objets connectés de savoir qui est à la maison, un cambrioleur ou Jean, 18 ans, tout juste rentré du lycée. Dans un autre domaine, qui va bien au-delà de l’intelligence artificielle servicielle, Smart Me Up a pensé à l’automobile, et qu’une voiture reconnaisse qui s’installe au volant et ajuste automatiquement le siège, les rétroviseurs, la musique qui se lance en fonction du profil de la personne installée dans l’habitacle.

Matthieu-Marquanet

A terme, Smart Me Up espère bien que toutes les tâches à peu de valeur ajoutée seront effectuées par une intelligence artificielle. « Est-ce qu’il y a une limite à l’intelligence artificielle, Matthieu. Est-ce que des tâches que l’on effectue tous les jours ne peuvent pas être automatisées ? Tout ce que l’on fait sur un smartphone pourrait l’être. » L’intelligence artificielle analyserait que vous avez un rendez-vous professionnel, qui pourrait finir tard et commanderait pour vous un repas que vous aimez dans un restau à proximité. Une possibilité qu’envisage aussi Denise Silber, « On découvre peut à peu que la connaissance tourne autour de la notion de patterns donc toute action qui pourra être assimilée à un pattern pourra être mieux exécutée par une machine que par un homme. »

Bien sûr, toute cette connaissance et toute cette intelligence repose sur la data, les données que les intelligences artificielles pourront, et peuvent déjà, intégrer, pour reproduire des actions. A terme tous les domaines pourraient ainsi être impactés par l’intelligence artificielle. « Pas TOUS les domaines, rectifie Dimitri Singer, mais CHAQUE domaine. Il y a des silos dans l’intelligence artificielle. Pour chaque domaine, il faut qu’elle soit reprogrammée. Une intelligence artificielle programmée pour gérer le quotidien d’un être humain ne sera pas capable de jouer au jeu de go, parce qu’elle n’a pas la programmation nécessaire. On est donc loin d’avoir une intelligence artificielle qui dépasse l’Homme.