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Innovation

#MK2018 Social, durable, sécuritaire : à quoi ressemblera l’habitat de demain ?

#MK2018 : Social, durable, sécuritaire : à quoi ressemblera l’habitat de demain ?
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Entre envies individuelles et besoins collectifs, le futur de l’habitat dans la ville de demain reste à écrire. Comment conjuguer innovations technologiques avec les problématiques écologiques, sécuritaires, et sociales auxquelles nous devons aujourd’hui faire face ? 

Le 1e février dernier, la Maddy Keynote réunissait plus de 4 500 participants autour de la Cité du futur. L’occasion de débattre des enjeux de la ville de demain et plus particulièrement des questions d’habitat dans celle-ci. Avec des prédictions portant la part de citadins à 75% de la population mondiale d’ici à 2050, il est évident que le sujet est d’une importance capitale.

SmartHome, IoT, domotique : entre confort et sécurité

Enceintes connectées, thermostats et ampoules intelligentes… L’internet des objets est en train de prendre une place croissante dans nos lieux de vies. Et si le futur était dans l’intégration des solutions domotiques directement dans le mobilier ? C’est une tendance déjà engagée lorsque l’on voit à quel point tous les objets du quotidien sont empreints de technologie, même si certains garderont leur fonction propre. Ce qui pose la question de la standardisation, ou du moins de la communication entre chaque objet : “Nous n’utilisons pas les mêmes protocoles radio que les lampes connectées de Philips par exemple, mais cela ne nous empêche pas d’être en phase avec eux. Ça semble long, mais on essaie de trouver des ponts” explique Thiphaine Bougeard, directrice générale de Sowee, une filiale d’EDF qui développe une station connectée et un contrat gaz éponymes.

L’absence de côté normatif est un vrai frein à la pénétration des objects connectés dans les maisons. On ne fait que coller des rustines sur des solutions propriétaires, on commence à peine à comprendre qu’il faut ouvrir les process, et créer un canal unique – via le wifi par exemple. Reste le problème du langage” précise de son côté Guillaume Lachenal, CEO de Miliboo. “D’autant que je crois au pouvoir de la voix, qui va contribuer à booster le marché de la SmartHome en agissant comme un interface“. 

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L’autre question au coeur des enjeux de la SmartHome est relative à la consommation d’énergie. Aujourd’hui, en fonction de toutes les données récoltées, nous sommes capables de prédire la consommation des usagers en temps réel. “C’était une attente du consommateur de pouvoir piloter leurs objets connectés, rapporte Thiphaine Bougeard. Ce sont des choses qui peuvent paraître gadgets, mais qui, si elles sont intégrées dans des scénarios de vie et apportent de la valeur, feront sens pour les utilisateurs“. Les objets connectés peuvent donc être facteurs d’économie, mais il ne faut pas nier leur consommation. Or de ce point de vue là les acteurs peinent à apporter une réponse. 

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Comme pour la sécurité d’ailleurs, que ce soit au niveau de la protection des données ou de leur traitement : “Les enjeux sont énormes, la sécurité est d’ailleurs l’un des freins majeurs évoqués par les utilisateurs. Il y a une sensibilité forte, mais ça nous oblige à renforcer les chaînes et à rassurer sur l’utilisation qui est faite des données.” confie Thiphaine Bougeard. “Après, le risque existe et il existera toujours : on a pas de passage piéton qui soit 100% sécurisé. Il ne faut pas se leurrer : la technologie a pleins d’avantages mais elle a forcement des inconvénients, à nous de mettre les garde-fous nécessaires” tempère Guillaume Lachenal.

Construire un habitat durable et en symbiose avec notre environnement

Autre enjeu important de l’habitat de demain : le réchauffement climatique : “Le changement climatique met en péril notre habitat et c’est à nous de s’adapter, de construire en ayant préalablement pensé ces contraintes” argumente Nathalie Martin-Sorvillo, chargée des programmes innovant chez Leonard, le laboratoire d’innovation”de VINCI. Ce qui se dessine alors, c’est un modèle de société : construire pour du long-court quitte à s’adapter, ou bien construire moins cher avec une durée de vie plus courte et reconstruire différemment selon les besoins. “Pour cela, il faudrait avoir moins recours au béton et plus aux ossatures en bois. Or ça demande d’autres adaptions en termes énergétiques” rappelle Jean-Noël Guillot, directeur adjoint direction collectivités chez EDF. Jusqu’à imaginer l’apparition d’architectes énergétique, qui seraient chargés de construire des habitats durable avec le plus bas bilan carbone possible. 

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Entre architecture réversible et adaptabilité énergétique, la résilience sera au coeur des enjeux de l’habitat de demain. Quelque soient les échelles et les circuits, il faudra être plus autonome, moins dépendant. Une tendance déjà portée par un certain nombre d’acteurs qui veulent ramener les processus de production au sein même des centre-villes, comme avec l’agriculture verticale par exemple. 

” Les partenariats peuvent être un bon moyen de faire un pas de côté et proposer des solutions innovantes : il y a pleins de choses sur lesquels on peut expérimenter et c’est ce genre de connexions un peu étonnantes qu’il faut provoquer 

Nathalie Martin-Sorvillo

Un toit pour tous

Avec en ligne de mire, un objectif : faire de la ville un espace plus inclusif. Car la question du vivre ensemble n’est pas qu’une question technique : c’est avant tout une question politique. “Les gens ont pas forcément envie de vivre tous ensemble, ils veulent vivre à côté de gens qui leur ressemblent. Donc si on réfléchit à l’échelle des 2000 communes d’Ile-de-France ça ne marchera pas : il y a une dichotomie entre les envies personnelles et les tendances sociales” argue Manuel Dominique, directeur d’étude à la Fondation Abbé Pierre. D’autant que les intérêts des uns ne sont pas ceux des autres.

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Pourtant, le succès de la colocation depuis des dizaines d’années, et l’essor du co-living aujourd’hui avec notamment Colonies, donne à repenser ces divergences. C’est même dans les villes, qui sont pourtant les plus peuplées, que les individus sont les plus demandeurs d’espaces partagées (une cuisine, une salle de sport…), par manque de moyens, déjà, mais aussi pour éviter la solitude : “On a atteint des limites : en moyenne en France, on vit dans près de 40m2 par personne, on ne pourra pas faire plus. Partager des espaces utilisés 3 jours par an ça a du sens, et surtout c’est moins cher” explique Manuel Dominique. “C’est d’autant plus utile chez les seniors, qui ont ces surfaces inhabitées avec de plus en plus la problématique de l’isolement” ajoute Olivier Saguez, designer et président fondateur de Saguez. en somme, si certains comportements sont à faire émerger au niveau individuel, la mixité devra être au coeur des politiques publiques et urbaines des années à venir.