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#Tribune Intelligence artificielle : prête à remplacer nos esprits ?

#Tribune : Intelligence artificielle : prête à remplacer nos esprits ? iStock by Getty Images
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Le 20e siècle aura connu trois révolutions technologiques majeures : la mécanisation massive des tâches industrielles et l’avènement des robots industriels. La révolution du silicium avec l’avènement des ordinateurs et des réseaux de télécommunications et la conquête des  nanotechnologies avec les métamatériaux et la biomimétique. Aujourd’hui nos voitures sont assemblées par des robots, nos smartphones sont nos meilleurs compagnons et l’énergie solaire leur meilleur carburant. Le 21e siècle annonce pour sa part l’avènement de l’IA.

Les robots sont employés en remplacement de la force musculaire et du savoir-faire humain. Ils sont fiables, infatigables, supportent des cadences maximales et sont de plus en plus polyvalents. D’abord massivement déployés dans les industries lourdes, ils remplacent aujourd’hui des employés qualifiés sur des chaînes de montage de nos tout derniers smartphones. On estime à plus de 50 millions le nombre d’emplois auxquels ils se sont substitués en à peine 50 ans, et à plus de 200 millions dans les 20 prochaines années.

Un remplacement progressif

L’IA devrait connaître une croissance encore plus grande et plus rapide. Contrairement aux robots mécaniques, l’IA n’est composée que de lignes de code informatique. Elle se nourrit exclusivement de contenu numérique et apprend sans relâche au rythme des processeurs surpuissants qui l’animent. Nous en connaissons déjà les premiers effets, avec la prolifération des assistants numériques autour de nous, qui assimilent le moindre de nos usages pour nous faire gagner des précieuses secondes dans nos prises de RDV, réservations diverses et tri automatique de photos. Cet apprentissage rendra transparente l’arrivée d’assistants docteurs, avocats, architectes voire même d’artistes digitaux.

Et le changement sera encore plus grand que dans les industries manufacturières. La technologie pourrait peu à peu se substituer à notre vénérable intelligence biologique dans la plupart des domaines des œuvres de l’esprit. Remplacer de la force physique musculaire, c’est-à-dire de la sueur, par une force mécanique électrique, et donc des calories, a vraisemblablement permis à notre civilisation de se libérer davantage. mais qu’en serait-il si l’homo sapiens devait se retrouver en concurrence avec ses créations dans le domaine de l’esprit ? L’humanité va-t-elle sous-traiter à des robots la recherche fondamentale ? La rédaction de livres ? La réalisation de films ? Le soin de guérir ses semblables ? Ou celui d’édicter les lois de nos sociétés ?

Le paroxysme du capitalisme

L’axiome de base du capitalisme est d’obtenir le maximum de rendement pour le minimum d’efforts. L’IA incarne le paroxysme de cet objectif. La création de richesses est allée de la détention de terres arables, à la détention des outils de production, puis de la maîtrise technologique pour parvenir aujourd’hui entre les mains de la maîtrise des savoirs et de leur factorisation. Les futurs nababs du capitalisme sont ceux qui apprennent aujourd’hui aux machines à répliquer notre pensée et notre savoir. Ces entrepreneurs sont présents dans tous les bassins hi-tech en pointe et avancent à pas de géants. Ne connaissant pour seule frontière que les limites de la technologie, ils bousculent et font évoluer tous les paradigmes économiques et sociaux. Et pas exclusivement par appât du gain, mais bien plus par audace et parce qu’ils en ont la possibilité : “change the world to make a better place” est leur maxime. Les plus grands investisseurs mondiaux les adulent et les financent par milliards de dollars car il ne leur a bien évidement pas échappé que l’IA aura un impact encore plus important que le silicium sur notre futur.

Menaces et opportunités

Chacun connaît bien cette maxime populaire : “Rien n’arrête le progrès”. Et donc rien n’arrêtera l’IA. À nous d’en faire un progrès, et non pas une régression.

Pour y parvenir, deux constats s’imposent :

  • Le premier est que le développement technologique a toujours entraîné un accroissement de la richesse et une augmentation du niveau général de qualification. La connaissance libère et son accès rapide et universel accélère ce phénomène.
  • Le second est qu’il y’a un décalage temporel entre la mise en service des innovations et l’élévation du niveau de compétence. Cela se traduit par des ajustements sur le marché du travail. Nous constatons que le chômage augmente alors que dans le même temps, nous manquons fortement d’ingénieurs.

La somme de ces deux constats donne une tendance et une direction : l’IA est une avancée majeure qui permet déjà de poser des diagnostics plus précis sur des maladies rares, de faire des observations plus pertinentes sur d’immenses volumes de données et de d’agréger et de traiter plus de connaissance que tout autre outil. C’est donc une opportunité majeure pour notre évolution commune que nous devons explorer avec enthousiasme et optimisme

Dans le temps, sa vitesse de propagation va provoquer un fort séisme sur le marché de l’emploi en se substituant à nos métiers les plus intellectuels et les mieux rémunérés. Nous devons donc accélérer nos cycles de formations et relever le niveau général de notre QI pour éviter l’effet de ciseaux qui nous guette.

Enfin, les puissances publiques doivent légiférer pour définir un code éthique de l’IA, réguler les acteurs afin de prévenir toute situation monopolistique sur le savoir et fiscaliser l’utilisation de l’IA afin que cette innovation ne détruise pas la solidarité que nos nations ont mis tant d’années à bâtir. Car nous le savons déjà, le progrès est une régression s’il ne profite qu’à une minorité en asservissant une majorité.

À propos de l’auteur : Jean-David Benichou est le fondateur et pdg de ViaDialog, entreprise spécialisée dans les solutions multicanales de gestion de la relation client. Serial entrepreneur, ce diplômé de l’Institut supérieur de gestion (ISG) de Paris a créé ou investi dans une trentaine d’entreprises du numérique et des télécoms.