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18 mai 2021
back market
Loïc VENANCE / AFP

Back Market lève 276 millions d’euros malgré une taxe qui pourrait entraver son modèle

Back Market devient une licorne. La GreenTech, spécialiste de la vente d'appareils électroniques reconditionnés, a levé 276 millions d'euros dans le but d'accélérer son expansion internationale. Elle se montre toutefois amère : un projet gouvernemental de redevance pour copie privée sur ce type de produits pourrait chambouler son modèle.

Les semaines passent et les statuts de licornes — ces startups valorisées plus d’un milliard de dollars par leurs investisseurs — se multiplient en France. Après Alan ou Shift Technology, le spécialiste des produits électroniques reconditionnés Back Market annonce à son tour une levée de fonds à hauteur de 276 millions d’euros — 335 millions de dollars —, qui lui permet d’entrer dans le club encore restreint en France des jeunes sociétés tech dont la valeur est estimée à plus d’un milliard de dollars. Goldman Sachs Growth Equity, Aglaé Ventures, Eurazeo et daphni ont participé à ce tour de table mené par General Atlantic, connu pour avoir soutenu Facebook, Snapchat ou Lenovo. Mais « cette levée de fonds a plutôt un goût amer pour toute l’équipe » , a indiqué l’entreprise dans un communiqué, dénonçant l’intention du gouvernement d’instaurer une redevance pour copie privée sur les produits reconditionnés.

Après cette opération, « la valorisation de Back Market est supérieure à un milliard de dollars » , a déclaré une porte-parole du groupe, sans préciser le montant exact : « On n’a pas trop envie de faire la fête » , a-t-elle justifié. Le projet de taxer les téléphones reconditionnés en leur appliquant « une redevance copie privée » , porté par le ministère de la Culture, ferait « augmenter le prix de vente des téléphones reconditionnés de plus de 10 % » , avait dénoncé en février le SIRRMIET (Syndicat interprofessionnel du reconditionnement et de la régénération des matériels informatiques, électroniques et télécoms).

La filière du reconditionnement en péril

« Condamner cette filière française du reconditionnement, c’est aussi attaquer frontalement le pouvoir d’achat des Français, au moment où il n’a jamais été aussi faible. Aujourd’hui à titre d’exemple, 40 % des clients de Back Market sont dans des situations précaires » , sans donner de détails derrière ce terme, selon le communiqué de l’entreprise. Malgré ce contexte, le co-fondateur et CEO de Back Market, Thibaud Hug de Larauze, salue « une excellente nouvelle pour Back Market, et particulièrement pour son développement international. »

Fondée en 2014, la startup française compte 480 salariés répartis entre Paris, Bordeaux, New York et Berlin. L’entreprise est présente dans 13 pays dont la France, l’Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon. Elle affirme que près de 5 millions de consommateurs utilisent de sa plateforme, ainsi que 1 500 entreprises pour vendre leurs produits. Après avoir lancé le service Back Care, qui propose à ces dernière de se charger du service client, la scaleup propose depuis peu Back Repair, un outil permettant aux utilisateurs d’être mis en relation avec des boutiques de réparation près de chez eux lorsque leur appareil est toujours sous garantie. Un moyen, pour elle, de convaincre le public qu’acheter un produit reconditionné ne présente aucun risque et que la qualité est au rendez-vous… alors qu’une frange des consommateurs continue à se montrer récalcitrante.

Back Market avait levé 110 millions d’euros il y a un an, après une précédente opération de 41 millions d’euros en 2018, pour poursuivre son expansion internationale. « Nous sommes une entreprise française et le succès de Back Market s’est construit en France, avec ces reconditionneurs français aujourd’hui menacés. Il est donc difficile pour nous de sabrer le champagne tant que l’on n’aura pas obtenu des engagements du gouvernement pour sécuriser (leur) modèle économique » , a ajouté Thibaud Hug de Larauze.

Pour mémoire, Back Market rejoint le club des licornes selon les déclarations publiques des entreprises, des informations de CB insights et de médias.

Voici leurs valorisations en milliards de dollars en date du 18 mai 2021.

  • BlaBlaCar, valorisée 2 milliards de dollars
  • Alan — 1,7 milliard
  • Mirakl — 1,5 milliard
  • Deezer — 1,4 milliard
  • Voodoo — 1,4 milliard
  • Doctolib — 1,14 milliard
  • OVHcloud et IValua — 1,1 milliard
  • Dataiku — 1,06 milliard
  • Ÿnsect, Meero, Vestiaire Collective et Shift Technology — 1 milliard chacun.