Décryptage
Temps de lecture : 05'34''
28 juillet 2021
code école
Crédit : Le Wagon

Matera, Farmitoo… Comment Le Wagon participe à l’émergence de startups

PayPal, BlaBlaCar, Criteo, Uber... L'histoire est connue : certains des anciens salariés de ces boites tech à succès ont eux mêmes tenté l'aventure entrepreneuriale. À son niveau, l'école de formation de code Le Wagon peut se targuer d'avoir participé à ce mouvement. Près de 170 startups ont été créées par des anciens élèves. Le lancement des premières formations 100% en ligne du Wagon devrait encore agrandir ce panel.

En 8 ans, la startup parisienne Le Wagon fondée par Boris et Romain Paillard ainsi que Sébastien Saunier, a réussi à s’imposer comme un acteur majeur de la formation au développement web et à la science de la donnée (data science). Implantée dans 45 villes en Europe mais aussi en Asie et en Amérique latine, elle a formé plus de 11 600 personnes depuis son lancement en 2013. Elle peut aussi se targuer d’avoir participé, à son échelle, à l’émergence de plusieurs entreprises. Près de 170 startups ont ainsi été créés par des élèves du Wagon… qui puisent eux-mêmes naturellement dans la communauté d’Alumni pour constituer leurs équipes. Selon les chiffres disponibles fin juillet 2021, 75 de ces startups ont levé 242 millions d’euros au total. On compte parmi ces jeunes pousses prometteuses Matera , Farmitoo, Skello ou Cohabs en Belgique.

Fiona Picot, cofondatrice de My Holy, une marque de produits d’hygiène féminine bio et éthiques, Jonathan Parisot, cofondateur d’ActionDesk, outil d’analyse des données, et Victor Prigent, cofondateur de Matera, une alternative au syndic de copropriété, reviennent pour Maddyness sur leur passage au sein du Wagon et l’influence que l’école a eu sur la suite de leur carrière.

Des envies qui divergent

Parmi les étudiants et étudiants qui franchissent les portes du Wagon, on trouve trois typologies de candidats : les personnes en reconversion, ceux qui souhaitent devenir freelance et les (futurs) entrepreneurs. Plusieurs anciens élèves du Wagon ont ainsi lancé leur société ou poursuivi son développement sans forcément l’avoir prévu au départ. « J’avais une formation littéraire et je cherchais à rejoindre une startup, j’avais envie d’ajouter une corde tech à mon CV » , raconte Fiona Picot qui a finalement rencontré son associé lors de sa formation et a décidé de monter son entreprise dans la foulée.

Jonathan Parisot a poussé les portes du Wagon « pour apprendre à coder et pouvoir créer son premier prototype lui-même lorsqu’il créerait sa startup » sans avoir une idée précise à cette époque là. Une problématique qui fait écho au choix de Victor Prigent : « Lorsqu’on a voulu créer l’application pour notre entreprise, on a cherché un CTO mais sans produit et sans client, nous n’avons pas trouvé alors j’ai décidé de suivre la formation du Wagon pour réaliser le premier prototype » . Le code, à différents niveaux, est une brique importante dans de nombreux projets entrepreneuriaux et permet souvent de franchir seul les premières étapes.

Faire ses premiers pas d’entrepreneurs

Les formations du Wagon ne proposent aucune brique purement entrepreneuriale sur la création d’un business model ou le marketing, ce qui n’empêche pas d’y trouver des enseignements utiles à la création d’entreprise. « Notre pédagogie repose sur l’acquisition de hard skills mais l’idée est surtout que tous nos élèves soient capables de réaliser une application, de la mettre en ligne et qu’elle soit utilisable. Nos étudiants passent par toutes les phases de la gestion de projet : design, sprint, pitch » , résume Boris Paillard, co-fondateur du Wagon. « On apprend vraiment à utiliser les outils pour développer un produit, collaborer ensemble et le présenter sous forme de pitch. Il y a des similitudes avec l’entrepreneuriat » , corrobore Fiona Picot.

Victor Prigent et Jonathan Parisot mettent surtout en avant l’exigence de la formation et les connaissances des techniques acquises. « C’est une méthode qui t’apprend à t’auto-former par la suite car tu sais comment et où chercher l’information qu’il te manque. J’ai pu continuer à coder pendant 1 an et demi après le Wagon » , souligne Victor Prigent, et ainsi réaliser les premières versions de sa solution. 

Mieux comprendre et recruter ses équipes tech

Mettre les mains dans le cambouis du code est en effet la meilleure manière de comprendre son produit. « J’ai pu comprendre comment fonctionne vraiment une API ce qui est très utile pour notre outil d’analyse des données collaborateurs » , développe le fondateur d’ActionDesk. Je suis toujours en lien avec les ingénieurs et cela me permet de communiquer plus facilement avec eux, de parler le même langage, de comprendre les contraintes et de trancher ». La connaissance de cet univers est aussi un formidable atout pour les recrutements puisqu’elle permet de « mieux comprendre les besoins pour les postes et mieux analyser les parcours des candidats, leurs expériences »  . Ce qui n’est pas rien lorsque son projet repose sur le code ou l’analyse des données.

Là encore le Wagon a une carte à jouer en offrant un vivier de talents à ses Alumni. Si tous ne vont pas piocher à l’intérieur, près de la moitié des entrepreneurs le font selon Boris Paillard. Chez Matera, qui compte plus de 150 salariés, une douzaine sont passés par le Wagon. « C’est un gage de qualité pour les recrutements dédiés au service client par exemple car la formation est exigeante et on sait que les étudiants ont appris une méthode de travail » , résume Victor Prigent. D’autres startups ont également fait ce choix comme Skello qui compte dans ses rangs 14 Alumni ou encore Leeto avec 6 anciens étudiants.

Une communauté pour avancer

Une des autres forces pointée par Boris Paillard est la communauté du Wagon. Comme dans de nombreuses structures, les relations ne s’arrêtent pas à la fin de la formation. « Nous avons plusieurs channels Slack auxquels les Alumni ont accès. Ils peuvent échanger avec d’autres entrepreneurs sur des problématiques communes ou présenter leur nouveau produit » , précise le cofondateur du Wagon. Si les trois entrepreneurs interrogés ne sont pas forcément très actifs via cet outil, ils reconnaissent avoir toujours une oreille attentive au Wagon pour leur « donner des conseils techniques, leur faire de bonnes recommandations » et même apporter « un soutien émotionnel » . Fiona Picot a gardé des liens avec d’autres entrepreneurs du Wagon : « c’est agréable de discuter avec des personnes qui te comprennent et rencontrent les mêmes problématiques » . Les fondateurs d’ActionDesk n’hésitent pas non plus à partager des conseils aux anciens Alumni qui cherchent à intégrer Y Combinator.

Une formation entièrement en ligne

Le Wagon a décidé de lancer ses premières formations entièrement en ligne à partir du mois d’octobre prochain. Seront concernées dans un premier temps, les formations à temps partiel en data science et développement web qui seront dispensées en anglais et en français et donneront accès à une certification de niveau 6 (bac+3/4).  « Nous avons investi très tôt dans une plateforme pédagogique en ligne qui permet de centraliser les ressources pour pouvoir adapter un jour nos formations en ligne. Bien avant la pandémie, nous avions de nombreuses d’entrepreneurs qui n’habitaient pas près de nos campus. Nous allons pouvoir démocratiser l’accès à nos formations et toucher plus d’Alumni » , détaille Boris Paillard. L’année 2020 a été l’occasion de tester le concept avec un peu d’avance. « Nous avons un très bon suivi des étudiants et très peu de personnes qui arrêtent les formations car les professeurs sont aussi disponibles que pour nos autres ateliers. Il ne s’agit pas d’une formation où on est seul face à son ordinateur » , assure le cofondateur du Wagon.