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Temps de lecture : 07'49''
7 octobre 2021
frédéric michalak
Flavie Trichet-Lespagnol pour Maddyness

Frédéric Michalak, une reconversion engagée sur le terrain de l’innovation

Des sportifs de haut niveau se lancent dans l’entrepreneuriat. Leur point commun : faire de leur esprit exigeant, acquis au cours de leur carrière, le moteur de leur nouvelle aventure. Nous consacrons une série de portraits à ces femmes et hommes à part. Au tour de Frédéric Michalak, champion de rugby dont la reconversion lie étroitement le sport à la tech.

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Frédéric Michalak, une reconversion engagée sur le terrain de l’innovation
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Meilleur marqueur de l’histoire de l’équipe de France de rugby à XV, avec 426 points au compteur, Frédéric Michalak est l’un des héritiers du « French Flair » , ce jeu fait d’instinct, d’improvisation, de prise de risques, capable de faire basculer un match sur un mouvement. Pour les néophytes, ce style de jeu est illustré par l’essai dit « du bout du monde » des coéquipiers de Serge Blanco en 1987 (cf. vidéo ci-dessous). Ce sens de l’initiative a fait du Toulousain –  quintuple vainqueur de la Coupe d’Europe, triple champion de France, quadruple vainqueur du Tournoi des 6 nations – l’un des rugbymen de l’équipe de France les plus titrés et les plus emballants à voir jouer.

Si depuis mai 2018 et sa retraite sportive au sein du club de Lyon, l’intuition de Frédéric Michalak ne lui sert plus à se faufiler entre deux adversaires ou à délivrer une passe magique, elle demeure un baromètre dans sa vie d’après – qu’elle se déroule pour le moment en Australie dans le staff d’une équipe de rugby avant de revenir en France dans quelques mois –  ou au sein du monde de l’entreprise, en tant que président de Sport Unlimitech, un salon dédié au sport et à l’innovation.

Propulsé à 18 ans en équipe première du Stade Toulousain, à 19 ans en équipe de France, Frédéric Michalak a connu la lumière médiatique. Il a fait partie des premiers mannequins du mythique calendrier Dieux du stade. Il a participé à de nombreuse publicités pour des marques de cosmétiques, d’établissement de crédit ou de mode. Il est d’ailleurs toujours sponsorisé par Le Coq sportif, malgré sa retraite sportive. Autant dire que les sollicitations, il connaît.

Alors quand un homme se présentant comme un producteur TV interrompt la discussion avec l’auteur de cet article pour l’apostropher et lui lancer — « Je vais faire de toi une star » — on n’a aucun mal à croire l’ancien de joueur de Toulouse, Toulon ou Lyon quand il lance : « Lui, je ne le rappellerai pas ! » , en éclatant de rire. « Il faut sentir les gens. Pour un sportif de haut niveau, le danger, c’est l’environnement. Il faut faire très attention à ça. Il faut essayer de rester accessible même quand on a nos tracas d’homme, de père de famille, de frère, argue-t-il. Et puis il faut essayer de relativiser : la lumière est éphémère. On finira tous au même endroit… »

Une reconversion anticipée

Le presque quadragénaire (39 ans) a payé pour apprendre : ses associations ne lui ont pas apporté que gloire et réussite. « J’ai fait beaucoup de choses par connaissance. J’ai eu des bonnes expériences, comme des mauvaises. Comme dans le sport de haut niveau. Et souvent, quand on en fait l’analyse, on ne peut s’en prendre qu’à soi-même, confie Frédéric Michalak. Si j’ai un conseil à donner, c’est de ne pas faire d’affaires avec ses amis. Ou alors il faut essayer d’avoir un maximum de contrôle sur ce qui se fait, connaître le secteur d’activité, avoir une analyse macro-économique poussée. »

Fils d’un maçon et d’une femme de ménage, il n’a pas attendu le dernier coup de sifflet pour penser à sa reconversion. Il a entamée cette dernière au cours de sa carrière sportive. « J’ai arrêté mes études tôt, à 18 ans. Il n’y avait pas vraiment d’accompagnement des clubs à mon époque. Il fallait que j’apprenne à mieux me connaître pour me projeter sur ce qui m’intéressait. Je me suis toujours dit que je devais préparer l’après. J’ai eu la chance d’anticiper ma sortie, d’arrêter quand je le voulais. Dans le sport de haut niveau, avec une blessure, votre carrière peut s’arrêter du jour au lendemain. » Il reconnaît avoir été à bonne école, entourés d’aînés qu’il respectait, à l’instar des internationaux Fabien Pelous, Yannick Jauzion, Thierry Dusautoir. « Ils étaient inspirants, car ils étaient les meilleurs dans leur discipline. Ils jouaient en équipe de France et, à côté de ça, ils travaillaient ou avaient mené des études supérieures. »

Fan des géniaux basketteurs américains Michael Jordan et Magic Johnson ou du légendaire Zinedine Zidane, Frédéric Michalak a une tendance naturelle à préférer la création. Il exècre les standards dans le sport : « C’est horrible. Si on te fait entrer dans un moule tout jeune, tu ne créeras pas de champions. » Mais en bon organisateur du jeu qu’il était, aux postes cruciaux de demi d’ouverture ou de demi de mêlée, il sait qu’il ne peut dissocier le résultat de la créativité dans sa nouvelle vie. Il reconnaît les vertus de l’aride comptabilité analytique. « J’ai des valeurs qui me sont chères, que j’aime partager avec mes collaborateurs. Je marche beaucoup à la confiance, l’éthique, l’exemplarité. J’aime bien laisser un maximum de liberté, d’initiative dans les actions mais les chiffres ne mentent pas. On ne peut pas aller à l’encontre. Alors, j’essaie de fixer des objectifs atteignables. » 

Hier associé dans des restaurants ou dans une salle de crossfit, aujourd’hui actionnaire du club de rugby amateur de Blagnac – près de Toulouse – organisateur de salons événementiels, consultant rugby pour Canal+… Hors des terrains, Frédéric Michalak a toujours avancé au gré de ses envies et de ses défis. En 2018, il a d’ailleurs repris des études en suivant une maîtrise en administration des affaires de l’EM Lyon, qu’il est en passe de terminer. « J’avais mes codes sur le terrain, l’entreprise a les siens. J’avais besoin de me former. »

Imaginer le sport de demain pour les professionnels, les amateurs et les fans

Malin et observateur, le champion de rugby n’est pas un naïf. Il sait que sa notoriété lui ouvre des portes. Sans se forcer, il joue les VRP de luxe en tant que président de Sport Unlimitech, la société créatrice du salon éponyme. Après une première édition en co-production en 2019 (7 000 visiteurs, 80 conférences, 120 exposants), l’entreprise a officiellement été co-fondée en 2021 avec Yohann Duval, Karine Hermann et Nassim Arif. La première édition vient de se dérouler à Lille, sur le thème de la performance. Suivront ensuite Nice (janvier 2022), Grenoble (mars 2022), Lyon (mai 2022) et Toulouse (juin 2022).

L’idée est de pérenniser cinq étapes chaque année, avec le soutien des collectivités locales et d’entreprises. « Sport Unlimitech est pensée comme une plateforme sur laquelle toute la filière sportive peut se rassembler. Le Covid l’a touchée de plein fouet. La crise sanitaire a pénalisé les clubs professionnels et amateurs. On a vu combien les fédérations et les ligues étaient en retard dans la transformation numérique. La filière sport a besoin de se relancer, de se mobiliser, de se structurer. » Le salon Sport Unlimitech se présente donc comme le rendez-vous du sport et des innovations « pour débattre, réfléchir, essayer de trouver des réponses et de repenser, ensemble, le sport de demain ». Le poids économique de la filière sport est considérable dans l’Hexagone : il dépasse la barre des 90 milliards d’euros, tandis que près de 500 000 personnes étaient employées en France par les associations et les entreprises, avant la pandémie, selon une étude de la BPCE publiée en 2020.

Cette pandémie aura, malgré tout, permis de faire découvrir à certaines et certains que le sport à la maison, à distance, était possible via de multitudes d’applications ou de cours en ligne. Frédéric Michalak parle en connaissance de cause. Pendant les périodes de confinements, il a essayé plusieurs applications dans les domaines du vélo, de la nage ou du rameur. « Je suis devenu, de fait, un sportif amateur et j’aime savoir où j’en suis. Mais ce qui est intéressant derrière ces applications et ces technologies, c’est la communauté qui existe et qui vous permet de savoir comment mieux s’alimenter, mieux gérer son stress, etc. Ça m’a beaucoup aidé lors de ma période de confinement seul, dans un hôtel en Australie. »

Une filière SportTech a donc émergé dans l’Hexagone. Selon les chiffres cités par Sport Unlimitech, on dénombre 150 startups en France qui ont levé 250 millions d’euros depuis 5 ans, dans l’esport, le coaching, la gestion du sommeil ou la prévention des blessures. À titre d’exemples, on peut citer les startups My Coach, Vogo, Mental Sport ou Ref’Mate soutenue par le basketteur français, Rudy Gobert. « Mais on a du mal à en faire émerger d’autres. Il y a de nombreux enjeux pour les sportifs sur la santé ou la sécurité ainsi que sur l’expérience pour les fans, devant leur télévision ou dans un stade » , complète Frédéric Michalak.

À écouter le rugbyman, le sport de demain se prépare donc aujourd’hui. Son rôle de parrain de Campus 2023 s’inscrit dans le prolongement de cette ambition. Ce programme va accompagner la nouvelle génération des experts du sport en France. 2023 jeunes vont profiter de l’organisation de la Coupe du monde de rugby à XV en France pour se former aux métiers du sport, en apprentissage. « Ils sont les acteurs de la Coupe du monde et, demain, ils seront notre héritage, à la disposition des fédérations et clubs de toutes les disciplines » , se réjouit-il. Les retombées économiques de la Coupe du monde 2023 ont été estimées à 2,4 milliards d’euros par le cabinet Deloitte. Il serait de bon ton qu’elles bénéficient aussi aux champions et « stars » de demain.

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Article écrit par Thomas Giraudet
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