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27 décembre 2021
Crédit: Annie Spratt

10 idées pour pousser les business angels à investir dans l’impact

À l’occasion du lancement du premier réseau de Business Angels à impact en France, Pulse (Groupe SOS) et France Angels ont publié un rapport sur l’état du financement des sociétés à impact en France et le rôle que peuvent jouer ces investisseurs privés. Explications.

Article initialement publié le 3 décembre 2021

Dès son introduction, le rapport de Pulse (Groupe SOS) et France Angels donne le ton : « l’entrepreneuriat à impact en France est largement sous-financé en phase d’amorçage et la demande de financement n’arrive pas à rencontrer l’offre » . Chaque année, il manquerait ainsi aux sociétés à impact 30 millions d’euros en dette et 80 millions d’euros en capital pour se financer. Cela ne signifie pas que les entreprises à impact ne sont pas financées. Selon iiLab, l’investissement à impact représente plus de 4 milliards d’euros d’encours investis en France. « Les capitaux sont là mais les porteurs de projet à impact ne réussissent pas à les capter » , analyse Gaspard Lefèvre, directeur de l’accélérateur startup à impact La Ruche.

Une méconnaissance du secteur de l’impact

Les difficultés sont particulièrement visibles au moment de l’amorçage et du passage à l’échelle. C’est le serpent qui se mord la queue car les fonds d’investissement admettent préférer financer des projets ayant 4 ou 5 ans d’existence avec une grande capacité à passer à une échelle supérieure. À ces deux premiers facteurs s’en ajoutent d’autres : la méconnaissance du secteur, des projets et des outils de mesure de l’impact mais aussi la durée des investissements. Rares sont les projets à impact qui connaissent une croissance aussi fulgurante que celle d’une startup Saas B2B dans la FinTech.

Les fonds restent ancrés sur ce qu’ils connaissent : le financement d’une innovation majoritairement technologique. « Il existe peu de solutions financières dédiées aux formes d’innovations sociales qui n’intègrent pas de caractère technologique et au contraire reposent sur des modèles d’innovation d’usage, de modèles d’affaires ou d’organisation dont l’utilité sociale est pourtant avérée. Néanmoins, les financeurs comme Bpifrance vont de plus en plus vers le financement d’innovation à impact environnemental et social” , rappelle le rapport. 

Business angels et family office peuvent changer la donne

Les besoins des entreprises à impact concernent également un accompagnement stratégique pour les aider à changer d’échelle. Dans ce cadre, les business angels peuvent apporter une solution concrète car ils sont en général très investis au côté des entrepreneurs qu’ils financent au départ de leur aventure. Les family office ont également un rôle unique à jouer dans le développement de l’investissement à impact selon le rapport, tout d’abord en raison du volume des montants mobilisables (plus de 2,8 milliards d’euros d’investissement en capital-investissement en France sur l’année 2018) mais également de la relative liberté de mobilisation de ces montants par les familles, qui fixent leurs propres stratégies d’investissement.

Malheureusement, les business angels ne s’engagent pas si facilement vers des projets à impact. Interrogés sur leur compréhension de l’impact, seuls 15 % des business angels indiquent avoir une bonne compréhension de l’entrepreneuriat à impact et 20% être familiers avec les enjeux de la loi Pacte. Néanmoins, près des trois quart d’entre eux montrent un intérêt pour ce type d’investissement. Près de 35% souhaitent même que plus de 30% de leurs investissements soient à impact.

Malgré cette vision encourageante, le rapport révèle une perception globale systématiquement négative du risque associé à un investissement dans l’entrepreneuriat à impact, en premier lieu sur la rentabilité, mais également sur la valorisation à l’entrée, la capacité à passer à l’échelle, la viabilité des projets et la liquidité en sortie.

Le rapport fait 10 propositions pour pousser les business angles vers les entreprises à impact :

  1. Rendre plus visible les business angels et démocratiser leur activité.
  2. Favoriser l’accessibilité des business angels.
  3. Offrir des conditions d’investissements plus avantageuses pour l’entrepreneuriat à impact. Aujourd’hui, il n’existe pas de fiscalité intermédiaire entre un investissement conventionnel — qui bénéficiera des dispositifs IR, PEA/PEA-PME ou d’apport-cession — et un don — qui sera défiscalisé à hauteur de 66 %. Le rapport propose donc l’allègement des contraintes sur les dispositifs fiscaux existants dès lors qu’il s’agit d’un projet à impact.
  4. Structurer un positionnement des business angels sur les formes juridiques de l’ESS à travers deux initiatives. Faire connaître aux business angels les instruments financiers propres à l’ESS permettant de dégager un retour sur investissement et étudier une ingénierie financière propre à l’investissement des business angels dans l’ESS.
  5. Favoriser la diversité des profils de business angels en améliorant la parité, en attirant des profils plus jeunes et en sortant du paradigme de financement de Paris vers Paris 
  6. Sensibiliser et former les business angels aux spécificités de l’entrepreneuriat à impact.
  7. Sensibiliser et former les entrepreneurs à impact aux interactions avec les business angels
  8. Un meilleur agencement de la chaîne de financement afin de renforcer l’implication des Family Office dans l’entrepreneuriat à impact et mieux articuler la collaboration et les cofinancements entre business angels et Philanthropes.
  9. Une meilleure collaboration entre investisseurs européens pour pouvoir recueillir les bonnes pratiques des autres pays.
  10. La création d’un réseau de business angels à impact, membre de la fédération France Angels, connecté à l’écosystème des financeurs de l’impact, ciblant le profil médian du ausiness angels (capacité d’investissement entre 10 et 100 000 euros par an), et dont la thèse d’investissement se concentre sur l’innovation sociale au service de toutes formes d’impact.

Cette dernière proposition se concrétise aujourd’hui avec la création de Business Angels à impact, un réseau membre de France Angels et de la Fédération Nationale des Business Angels qui est soutenu, dans sa création par l’Union européenne et 50 Partners Impact et Business France Angels.