En ce mardi 9 septembre, c’est la gueule de bois dans les cercles d’affaires. Et pour cause, le gouvernement de François Bayrou est tombé (sans surprise) à la suite du vote de confiance à l’Assemblée nationale. De quoi faire craindre un feuilleton politique chaotique et interminable à quelques semaines du dernier trimestre de l’année 2025.

C’est dans ce climat morose que France Digitale publie, en partenariat avec le cabinet EY, son édition 2025 du baromètre sur la performance économique et sociale des startups. Une étude remplie d’enseignements pour prendre le pouls de l’écosystème tricolore grâce à des échanges avec 500 startups, 50 fonds de capital-risque et 50 structures d’accompagnement.

16 200 startups en France

Ce qui frappe d’entrée de jeu, c’est le ralentissement qui se confirme dans l’écosystème. La dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024 a plongé entrepreneurs et investisseurs dans l’incertitude, et ce n’est pas la chute ce lundi du gouvernement Bayrou qui va être de nature à les rassurer. «La crise politique a créé un sentiment d’inquiétude généralisé, y compris pour les VC. Cette année, l’effet de surprise est moindre. On commence à s’habituer mais si la situation s’éternise, le ralentissement va se poursuivre et on ne peut pas se le permettre face aux Américains et aux Chinois», observe Maya Noël, la directrice générale de France Digitale.

Ainsi, l’écosystème tricolore a limité la casse au cours de l’année écoulée. Aujourd’hui, l’Hexagone héberge 16 200 startups, soit 1 200 de plus par rapport à l’an dernier. Si c’est une bonne nouvelle, dans la mesure où cela signifie que le nombre de créations d’entreprise reste supérieur aux faillites, cela reste en deçà du rythme observé un an plus tôt. Entre 2023 et 2024, 3 500 startups avaient en effet vu le jour. «C’est un baromètre en demi-teinte. L’écosystème continue de croître mais plus lentement», confirme Franck Sebag, associé chez EY. En revanche, le nombre de startups a reculé en Ile-de-France, avec 200 jeunes pousses en moins entre 2024 et 2025. La Normandie et la Nouvelle-Aquitaine ont également enregistré un solde négatif.

14 % des startups envisagent de licencier

Ce ralentissement se vérifie également sur le marché de l’emploi, qui a progressé de 11,5 % sur un an. C’est moins que l’an passé, quand les chiffres de l’emploi avaient grimpé de 18 %. Aujourd’hui, les startups françaises représentent près de 1,5 million d’emplois, dont 500 000 postes internes. Dans le détail, 61 % des employés des startups tricolores sont basés en France, 23 % en Europe et 16 % en dehors du Vieux Continent.

Face au marasme économique actuel, 69 % des startups envisagent de recruter dans les douze prochains mois, contre 84 % l’an passé. 17 % ne prévoient pas de recruter et 14 % envisagent de baisser leurs effectifs, contre seulement 5 % en 2024. «Des décisions d’investissements et de recrutements ont été annulées avec le budget adopté en début d’année», note Maya Noël. En fonction du coup de rabot à venir dans le prochain budget sur les dispositifs d’innovation (CIR, CII, statut JEI…), l’impact sur le marché de l’emploi pourrait être plus fort, alors que le baromètre constate que les créations d’emplois baissent de manière plus nette depuis février 2025.

L’international comme moteur de la croissance des revenus

Dans ce climat économique incertain, le chiffre d’affaires des startups augmente timidement. Entre 2023 et 2024, il a progressé de 16 %, à 11,5 milliards d’euros, ce qui contraste avec les 27 % de hausse entre 2022 et 2023. «L’essentiel du chiffre d’affaires reste en France, mais la croissance est quasiment exclusivement tirée par les revenus engrangés à l’international», souligne Franck Sebag. En effet, le chiffre d’affaires dans l’Hexagone reste stable, à 6,1 milliards d’euros, quand les revenus européens des startups tricolores ont bondi de 57 % en 2024, à 3,1 milliards d’euros. En dehors du Vieux Continent, la hausse est plus modérée, à 16 %, pour 2,3 milliards d’euros de revenus. Désormais, 46 % du chiffre d’affaires des startups est réalisé à l’international (+6 %), quand la part des revenus en France recule de 6 points.

L’essentiel du chiffre d’affaires des jeunes pousses françaises provient du B2B (64 %), segment porté par les grands groupes qui représentent 51 % de leurs clients professionnels. En revanche, malgré des initiatives comme «Je choisis la French Tech», les marchés publics restent difficiles à pénétrer. Les startups ne captent ainsi que 1,4 % des achats publics. «Il demeure complexe de répondre aux appels d’offres, les cycles de ventes trop long et les critères ne favorisent pas les startups», note Maya Noël. C’est pourquoi France Digitale milite pour un principe de préférence européenne qui sera rendu possible par la prochaine révision des directives européennes sur les marchés publics.

Des levées de fonds en berne

Sur le volet financier, la fermeture du robinet à cash en raison de la remontée des taux d’intérêt a poussé les startups à revoir leur copie. Exit l’hypercroissance, place à la rentabilité ! Par conséquent, 80 % des jeunes pousses sont déjà rentables ou envisagent de l’être d’ici trois ans, un pourcentage stable sur un an. Dans le détail, la part de jeunes pousses rentables dépend de leur stade de maturité. Pour les sociétés qui n’ont pas levé de fonds, 56 % sont déjà rentables. Elles sont seulement 13 % en seed. De la série A à la série C, 20 % à un tiers des entreprises sont rentables. A partir de la série D, la rentabilité devient une obsession plus importante, avec 56 % des société déjà rentables et 44 % qui prévoient de l’être sous trois ans. Quand elles arrivent en Bourse, être rentable est quasiment un pré-requis pour rassurer les investisseurs.

Néanmoins, arriver jusqu’à l’IPO relève presque du miracle dans le contexte actuel, surtout que le segment late-stage est toujours défaillant dans la chaîne de financement de la tech en Europe. De plus, le capital-risque est en berne dans l’Hexagone, comme en témoigne le premier semestre famélique durant lequel 314 startups ont levé 2,8 milliards d’euros, selon EY. Soit une baisse de 35 % en valeur et de 24 % en volume. Résultat : l’Allemagne est repassée devant la France.

Sur les méga-levées de fonds de plus de 100 millions d’euros, le constat est édifiant : elles se sont effondrées de 87 % sur les six premiers mois de l’année. En seed, 41 % des startups interrogées indiquent avoir éprouvé des difficultés pour lever des fonds et 21 % abandonnent en cours de route. A partir de la série D, 78 % déclarent qu’elles n’ont pas cherché à lever des fonds au cours des douze derniers mois. Ces dernières préfèrent se tourner vers des financements alternatifs, comme la dette bancaire, ou tout simplement s’auto-financer.

Un an de craintes autour du budget de l’État

Le pragmatisme des startups à l’heure actuelle illustre leurs préoccupations face au contexte économique et politique. 82 % des jeunes pousses jugent en effet la baisse des dépenses publiques comme un risque alors que le projet de loi finances 2026 qui s’annonce pourrait subir une sérieuse cure d’austérité. Pour les startups, ce sont surtout la réduction du taux du crédit impôt innovation (CII), à hauteur de 20 %, et la réduction des frais de fonctionnement appliqués aux dépenses de personnel dans le crédit impôt recherche (CIR), pour 17 % d’entre elles, qui ont fait le plus de dégâts avec le budget 2025.

Ces coupes dans les dispositifs de soutien à l’innovation se sont traduites par une perte de trésorerie (24 %), une réduction des investissements (23 %) et un gel des embauches (16 %). Autant de mésaventures que ne veulent pas revivre les startups tricolores en 2026. Mais pas certain que le prochain gouvernement et les députés, en quête d’économies pour réduire le déficit public, ne préservent l’innovation dans le prochain budget.