Dans les couloirs du siège parisien de Riot, ça parle français et anglais, mais aussi italien et espagnol. Et pour cause, la startup tricolore, qui a mis au point une plateforme à destination des salariés pour prévenir les cyberattaques, a choisi de faire venir des talents de toute l’Europe dans son QG. Jusque-là, rien d’anormal pour une entreprise technologique. Mais là où la société se distingue, c’est qu’elle recrute des profils dans les pays dans lesquels elle veut se déployer pour les faire venir à Paris afin de gérer ces marchés locaux depuis la capitale française. Un procédé qui rappelle d’une certaine manière ce qu’à a mis en place la chaîne de restaurants italiens Big Mamma, en faisant venir des Italiens pour cuisiner et servir ses clients.
Sur un marché de la cybersécurité qui ne cesse de grandir à cause de la multiplication et de la sophistication des attaques numériques, Riot nourrit logiquement de fortes ambitions. Pour se donner les moyens de celles-ci, la société a d’ailleurs bouclé une série B de 30 millions d’euros en février 2025. De quoi lui permettre de passer la vitesse supérieure, notamment en recrutant massivement, sans pour autant avoir les yeux plus gros que le vente. «C’est une boîte qui gère en bon père de famille. Sur les 30 millions d’euros levés l’an passé, 1 seul a été brûlé. C’est assez inhabituel pour une startup qui fait 100 % de croissance», se réjouit Benjamin Netter, co-fondateur et CEO de Riot.
«C’est plus simple d’avoir tout le monde sous le même toit»
Au niveau du recrutement, l’entreprise a embauché 105 personnes en un an depuis son tour de table. La société compte désormais 140 collaborateurs. Parmi ces recrutements, une douzaine a concerné le marché italien, le premier lancé par Riot en dehors de l’Hexagone. Et pour rayonner en Italie, la jeune pousse a donc décidé de ne pas ouvrir un bureau sur place. Un choix étonnant que justifie son patron : «C’est une décision radicale, mais je pense que Paris est une ville très attractive aux yeux de tous les Européens. Et sur le plan opérationnel, je pense qu’il est plus simple d’avoir tout le monde sous le même toit.» Ce même toit, c’est une ancienne distillerie de 2 000 mètres carrés au bord du canal Saint-Martin, en plein cœur de Paris.
Pour le marché italien, 16 recrutements supplémentaires sont prévus. Et la méthode va s’appliquer également à l’Espagne (16 recrutements également en 2026) et au Royaume-Uni (12 recrutements), les autres marchés convoités par la startup tricolore. Au total, ce sont 150 recrutements qui sont prévus en 2026 par Riot, dont un tiers de profils internationaux. Pour attirer ces derniers, plusieurs incitations ont été mises en place, comme un accompagnement pour trouver un appartement avec premier mois de loyer payé et prime de déménagement, mais aussi paiement de cours de français pour faciliter l’intégration sociale dans leur nouveau quotidien parisien.
«On a un ‘French Dream’ à vendre»
«On accueille des gens de partout en Europe. L’idée, c’est de créer un vrai hub parisien», indique Benjamin Netter. «Avant Riot, j’ai créé October (avec Olivier Goy, ndlr) et on avait plusieurs bureaux en Europe. Et pour les avoir tous visités, je peux vous dire qu’on a tout autant, voire mieux, à offrir. On peut s’asseoir à une table et dire que Paris a largement autant à offrir par rapport aux autres villes européennes. On a un ‘French Dream’ à vendre», ajoute-t-il.
De plus, Juliette Allais, Talent Acquisition Lead chez Riot, estime que cela constitue un plus pour ces profils internationaux d’être directement intégrés au siège de l’entreprise. «Pour ces profils étrangers, c’est une vraie sécurité de rejoindre le QG. Quand il y a des bureaux à l’étranger, certains peuvent fermer en fonction de l’activité. Et la plupart du temps, il n’y a que des commerciaux dans ces bureaux. Là, ils sont au contact des équipes tech, marketing, RH… et même des fondateurs. Ils peuvent vivre la vrai expérience au cœur de la machine», souligne-t-elle.
Les États-Unis et le Japon dans le viseur
Si cette méthode semble possible en Europe, il est plus difficile de la mettre en place pour des marchés lointains. C’est le cas notamment aux États-Unis, où la société prévoit de recruter 11 personnes cette année. Pour l’instant, Riot est en phase d’exploration outre-Atlantique avant un vrai lancement opérationnel, mais la société y génère tout de même 1 million d’euros de chiffre d’affaires. «Je passe la moitié de mon temps aux États-Unis», indique Benjamin Netter. Autre géographie qui intéresse Riot : l’Asie et plus particulièrement le Japon. «C’est un pays de 120 millions d’habitants et il y a une accélération très forte des cyberattaques là-bas. Nous avons noué un partenariat avec une société japonaise pour explorer ce marché», précise le patron de Riot.
Si l’année 2026 se révèle concluante au niveau international, la société espère se déployer dans cinq nouveaux pays en 2027, ce qui pourrait passer par une nouvelle levée de fonds. Aujourd’hui, Riot enregistre 20 millions d’euros de revenus et espère doubler son chiffre d’affaires cette année, avant de viser les 100 millions d’euros de revenus à l’issue de l’année 2027. L’entreprise assure protéger plus de 2 millions d’employés dans le monde.