Depuis ce week-end, les pays du Golfe ne sont plus le havre de paix qui tranchait avec l’agitation habituelle du Moyen-Orient. Mais l’attaque conjointe des États-Unis et d’Israël pour faire tomber le régime des mollahs, qui a déjà permis de tuer le guide suprême Ali Khamenei, a complètement changé la donne. Ainsi, l’Iran a riposté en faisant pleuvoir les missiles sur ses voisins du Golfe, notamment à Bahreïn, au Qatar ou encore aux Émirats arabes unis.

Pour les milliers d’Occidentaux qui ont choisi de s’expatrier là-bas, ce fut donc un choc de découvrir qu’ils se retrouvaient en plein milieu d’un conflit qui embrase le Moyen-Orient. La surprise la plus grande est venue de ceux qui ont décidé d’aller vivre à Dubaï, cité-émirat qui a bâti sa réputation sur sa sécurité et son cadre de vie luxueux. Les expatriés la considéraient d’ailleurs jusque-là comme la «Suisse du Moyen-Orient».

Mais l’attaque israélo-américaine sur l’Iran leur a brutalement rappelé qu’ils se situaient au cœur d’une géographie de guerre avec de nombreuses bases américaines et européennes dans la région, qui en font des cibles de choix pour le régime iranien faute de pouvoir cibler directement le territoire américain. Une situation inédite pour les Émirats arabes unis, dont la quiétude n’avait quasiment jamais été ébranlée par des missiles depuis leur création en 1971. Par conséquent, les images de l’hôtel Burj Al Arab, l’un des lieux iconiques de Dubaï, touché par des débris d’un drone intercepté risquent de marquer durablement les esprits.

25 % du PIB des Émirats arabes unis

Pourtant, tout semblait sourire ou presque à Dubaï avant ce week-end de bascule. Cette oasis sûre et stable dans une région troublée était devenue au cours des dernières décennies un eldorado pour faire des affaires et partir en vacances.

Située à l'extrémité sud-ouest du Golfe, Dubaï est la plus grande ville des Émirats arabes unis, avec près de 4 millions d'habitants, principalement des Occidentaux. A elle seule, la cité-émirat pèse près de 25 % du PIB national, avec une croissance de 4,4 % au premier semestre 2025 (environ 55 milliards d'euros).

Une métropole au carrefour de 3 continents

Idéalement située, à la croisée de trois continents (Europe, Afrique et Asie), la métropole dispose d’un rayonnement colossal : 2,5 milliards de personnes dans le monde se trouvent à moins de 4 heures de vol de Dubaï, et 5 milliards à moins de 8 heures de vol. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que son aéroport international (DXB) soit l’un des plus fréquentés au monde. En 2025, il a accueilli 95,2 millions de passagers en 2025, en hausse de 3,1 % sur un an.

Avant que l’Iran n’envoie des missiles sur les Émirats arabes unis, principalement à Dubaï et Abu Dhabi, l’aéroport avait pour ambition de se rapprocher de la barre symbolique des 100 millions de passagers cette année. Mais la suspension des vols pendant trois jours et leur reprise progressive ces dernières heures risquent de fortement impacter cette trajectoire.

Si Dubaï est devenue une destination touristique de choix pour les Occidentaux, notamment les Français et les Européens en quête de soleil en plein hiver (entre 5 000 et 10 000 touristes français se trouvaient dans l’émirat ce week-end), c’est aussi et surtout un poumon économique dans la région. Ainsi, le Dubai International Financial Centre (DIFC), créé en 2004, rassemble plusieurs milliers d'entreprises dans les domaines de la banque, de l'assurance, de la gestion d'actifs, de la fintech ou encore les marchés de capitaux. Ce quartier d’affaires est donc devenu une passerelle majeure entre les flux de capitaux européens et asiatiques. La métropole compte d’autres hubs d’innovation et de business, comme Dubai Internet City, pôle technologique proche de la Marina qui héberge de nombreuses startups, fonds d’investissements et géants technologiques mondiaux.

L’agenda «D33» pour devenir le «San Francisco du Moyen-Orient»

Avec son foisonnement économique et technologique, Dubaï est de plus en plus considérée comme le «San Francisco du Moyen-Orient», attirant des talents et des investisseurs du monde entier. Tout a été mis en œuvre pour les mettre dans les meilleures conditions. Pour bénéficier du cadre de vie attractif de la cité-émirat, entrepreneurs et investisseurs des quatre coins du monde ont même la possibilité demander le Golden Visa (10 ans de résidence) pour vivre et travailler aux Émirats arabes unis.

Il faut dire que les autorités locales ont passé la vitesse supérieure pour faire de Dubaï un hub économique et technologique majeur à l’échelle mondiale. Et pour cause, 2033 marquera les 200 ans de la fondation de Dubaï. Et les dirigeants de la cité-émirat ont fixé cette échéance pour que Dubaï devienne cette année-là le centre d’affaires mondial le plus important.

Cette ambition s’est matérialisée par la mise en place de l’agenda économique «D33». Ce dernier vise à mettre en œuvre des projets de transformation à tous les niveaux (blockchain, IoT, cybersécurité, logistique...) pour doubler le PIB de la cité-émirat et ainsi devenir un centre névralgique de l'économie mondiale. Cela signifie notamment de doubler les investissements étrangers à Dubaï, de créer des passerelles entre l’Afrique, l’Amérique et l’Asie du Sud-Est, de créer des dizaines de milliers de jobs dans la tech ou encore de soutenir une trentaine de scaleups à fort potentiel susceptibles de devenir des licornes.

Plus globalement, les Émirats arabes unis veulent héberger 2 millions d’entreprises à l’horizon 2031. Et parmi elles, 10 devraient être des licornes. Dans ce contexte, le poids de l’économie numérique devrait passer de 62 milliards de dollars à 140 milliards en 2031. Une bascule dans une nouvelle dimension.

Le Gitex, vitrine technologique de Dubaï

Pour accroître ce rayonnement mondiale sur la scène technologique, Dubaï n’a cependant pas attendu ces dernières années. Dès 1981, le Gitex, qui se positionne comme le plus gros salon tech mondial de l’automne, a été lancé. Avec une approche B2B qui tranche avec le CES de Las Vegas, l’événement a pris un poids de plus en plus considérable au cours de la décennie écoulée.

Pour sa 45e édition en octobre 2025, à laquelle Maddyness a pris part, ce sont plus de 200 000 visiteurs venus du monde entier, principalement d’Asie et du Moyen-Orient, qui font fait le déplacement. Les grands groupes américains, comme AMD, AWS, Google, IBM, Microsoft ou encore Oracle, mais aussi chinois, à l’image de Huawei et Alibaba, étaient notamment de la partie. Le méga-salon attire également de plus en plus d’acteurs de la French Tech en quête de juteux contrats au Moyen-Orient, comme celui noué entre Pasqal et Aramco.

Expo City, une nouvelle porte d’entrée sur le monde

Pour la prochaine édition, du 7 au 11 décembre 2026, les organisateurs veulent passer un nouveau cap, en s’implantant dans un nouveau lieu : Expo City, mini-ville futuriste laissée en héritage de l’exposition universelle de 2020. Avec les 35 halls combinés du Gitex et de l’Expand North Star à rassembler au même endroit, Expo City offrira ainsi un nouveau terrain de jeu à la hauteur des ambitions du méga-salon émirati.

Au-delà du Gitex, l’idée sous-jacente est de faire d’Expo City un hub commercial international et même une porte d’entrée sur le monde, grâce à sa proximité immédiate avec l’aéroport international Al Maktoum, qui deviendra le plus grand aéroport du monde une fois achevé avec 260 millions de passagers par an à terme. Cet aéroport disposera de 400 portes d’embarquement. Idéal pour recevoir le monde entier lors du Gitex d’ici une décennie.

Le «Dubai Dream» menacé ?

Les organisateurs veulent d’ailleurs profiter de l’édition 2026 pour introduire le concept de «TechCation» pour mixer business, innovation et tourisme. Une approche assez logique dans la mesure où Dubaï veut devenir la première destination mondiale pour faire des affaires et vivre ses expériences touristiques.

Mais le «Dubai Dream» survivra-t-il à la guerre en Iran qui ébranle l’image de havre de paix de la métropole ? La réponse à cette question dépendra de la durée du conflit. Mais ceux qui l’ignoraient ne peuvent plus fermer les yeux : les Émirats arabes unis se trouvent à proximité de voisins encombrants comme l’Iran dont ils peuvent subir les effets indirects. Et la capacité du pays à se prémunir des attaques iraniennes conditionnera la résilience du sentiment de sécurité qui caractérisait jusque-là Dubaï et les Émirats arabes unis.