Comment la French Tech compte-t-elle réellement de licornes ? Cette question agite l’écosystème depuis plusieurs années, surtout depuis que le débit du robinet à cash s’est fortement réduit il y a quatre ans. Alors qu’une bulle post-Covid a euphorisé l’ensemble de la tech mondiale une fois passé le plus dur de la crise sanitaire, le retour sur terre a été quelque peu douloureux, avec des fonds d’investissement qui ont brutalement enjoint les startups de leur portefeuille à faire de la rentabilité la priorité absolue face à l’hypercroissance, qui avait jusque-là les faveurs des investisseurs pour glaner un maximum de parts de marché, et tant pis si cela se faisait au prix d’une quantité exceptionnelle de cash brûlée.

Dans ce contexte, les licornes tricolores ont pris du plomb dans l’aile, et la plupart d’entre elles n’appartiennent plus à ce club sélect des animaux imaginaires, dont l’entrée est actée à partir d’un milliard de dollars de valorisation. Mais comme les sociétés non-cotées n’ont pas l’obligation de publier leurs résultats financiers, il était jusque-là quasiment impossible de connaître l’étendue des dégâts.

9 points clés scrutés à la loupe

Devant ce constat, Julien Petit, fondateur du cabinet de conseil Mighty Nine pour aider les entrepreneurs à naviguer dans l’univers du capital-risque, a décidé de prendre le taureau par les cornes. En s’appuyant sur les données de Dealroom, bible des investissements dans la tech européenne, il s’est attelé à éplucher les informations financières des licornes européennes, notamment en épluchant les procès verbaux des assemblées générales de ces entreprises, afin d’établir des tables de capitalisation.

A force de discussions avec des investisseurs français et européens, Julien Petit a peaufiné sa méthodologie jusqu’à aboutir à un framework cohérent avec la situation actuelle des licornes françaises et européennes. Sa grille d’analyse se base sur 9 points clés : l’échelle de développement (siège social, empreinte géographie, base de clients…), les revenus et la croissance, la rentabilité, l’évolution des effectifs (licenciements, recrutements…), les financements (dernier tour de table, investisseurs majeures, valorisation…), la stabilité de l’état-major (mouvements C-Level de l’entreprise, présence ou non des fondateurs…), positionnement autour de l’IA…), compétitivité (situation face aux concurrents, évolution face au marché…) et les signaux faibles (pivots, restructuration, acquisitions…). Autant de piliers de ces licornes analysés pour aboutir à une étude qui risque de faire du bruit dans la French Tech.

37 licornes officielles en France, mais combien encore d'actualité en 2026 ?

A partir de cette méthodologie, Julien Petit a ainsi passé au peigne fin 199 licornes européennes. Et parmi celles-ci, 60 ne sont plus des licornes. Sans grande surprise, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne concentrent à eux trois 116 de ces 199 licornes (58 %). Celles-ci ont levé 64,8 milliards de dollars au total, soit 62 % du total capté par les 199 licornes européennes. Dans le détail, ce sont 46 licornes, ayant levé au total 28,1 milliards d’euros, qui ont été identifiées au Royaume-Uni. Nos voisins d’outre-Manche devancent donc les 37 licornes françaises «officielles» (19,1 milliards d’euros levés) et les 33 allemandes (17,1 milliards levés). L’étude ayant arrêté de traiter les données au 28 février, on peut y ajouter une 38e avec Pasqal, première licorne française du quantique.

Si on se penche sur la France, il convient de souligner que 9 des 38 licornes identifiées ont choisi de relocaliser leur siège social aux États-Unis. Par conséquent, on tombe d’ores et déjà sous la barre des 30 licornes. Mais parmi les 29 licornes restantes, lesquelles ont perdu leur statut d’animal fantastique et rare de la French Tech ? Qui a vu sa valorisation chuter lourdement ? Qui a continué à voir sa valorisation progresser ? Qui a limité la casse ? Autant de questions auxquelles cette étude apporte des réponses.

Au final, la French Tech compte donc à l’heure actuelle 23 licornes, en ne comptabilisant que celles qui sont basées dans l’Hexagone. La mieux valorisée est sans surprise Mistral AI, qui a affolé les compteurs avec sa méga-levée de fonds de 1,7 milliard d’euros l’an passé. Quant aux moins bien valorisées, il s’agit de Sorare et Sumeria, qui ont chacun vu leur valorisation fortement reculer pour s’établir à 240 millions d’euros.

En exclusivité, Maddyness vous propose de découvrir la valorisation actuelle des 38 licornes de la French Tech (de la plus élevée à la plus faible) :

  • Mistral AI : 11,8 milliards d’euros (similaire à celle de son dernier tour de table)
  • Qonto : 4,4 milliards d’euros (similaire à celle de son dernier tour de table)
  • Verkor : 4,3 milliards d’euros (similaire à celle de son dernier tour de table)
  • Hugging Face : 4,1 milliards d’euros (similaire à celle de son dernier tour de table)
  • Exotec : 4 milliards d’euros (contre 1,8 milliards lors de sa dernière levée de fonds)
  • Doctolib : 3,6 milliards d’euros (contre 5,8 milliards lors de sa dernière levée de fonds)
  • Dataiku : 3,5 milliards d’euros (contre 3,4 milliards lors de sa dernière levée de fonds)
  • Mirakl : 3 milliards d’euros (contre 3,2 milliards lors de sa dernière levée de fonds)
  • Alan : 2,8 milliards d’euros (contre 4 milliards lors de sa dernière levée de fonds)
  • Poolside AI : 2,7 milliards d’euros (similaire à celle de son dernier tour de table)
  • Contentsquare : 2,5 milliards d’euros (contre 4,7 milliards lors de sa dernière levée de fonds)
  • Back Market : 2,4 milliards d’euros (contre 4,8 milliards lors de sa dernière levée de fonds)
  • Pennylane : 2 milliards d’euros (similaire à celle de son dernier tour de table)
  • Pasqal : 1,7 milliard d’euros (similaire à celle de son dernier tour de table)
  • Electra : 1,5 milliard d’euros (similaire à celle de son dernier tour de table)
  • BlaBlaCar : 1,5 milliard d’euros (contre 1,8 milliard lors de sa dernière levée de fonds)
  • Harmattan AI : 1,3 milliard d’euros (similaire à celle de son dernier tour de table)
  • Algolia : 1,3 milliard d’euros (contre 2,3 milliards lors de sa dernière levée de fonds)
  • Brevo : 1,2 milliard d’euros (contre 1 milliard lors de sa dernière levée de fonds)
  • Ledger : 1,2 milliard d’euros (contre 1,3 milliard lors de sa dernière levée de fonds)
  • InnovaFeed : 1,2 milliard d’euros (similaire à celle de son dernier tour de table)
  • EcoVadis : 1,1 milliard d’euros (contre 900 millions lors de sa dernière levée de fonds)
  • Shift Technology : 1 milliard d’euros (contre 909 millions lors de sa dernière levée de fonds)
  • Loft Orbital : 1 milliard d’euros (similaire à celle de son dernier tour de table)
  • Swile : 920 millions d’euros (contre 909 millions lors de sa dernière levée de fonds)
  • Pigment : 900 millions d’euros (similaire à celle de son dernier tour de table)
  • Owkin : 900 millions d’euros (similaire à celle de son dernier tour de table)
  • Zama : 900 millions d’euros (similaire à celle de son dernier tour de table)
  • Vestiaire Collective : 880 millions d’euros (contre 1,5 milliard lors de sa dernière levée de fonds)
  • Aircall : 760 millions d’euros (contre 909 millions lors de sa dernière levée de fonds)
  • PayFit : 625 millions d’euros (contre 1,8 milliard lors de sa dernière levée de fonds)
  • Front : 500 millions d’euros (contre 1,5 milliard lors de sa dernière levée de fonds)
  • ManoMano : 480 millions d’euros (contre 2,2 milliards lors de sa dernière levée de fonds)
  • 360Learning : 400 millions d’euros (contre 909 millions lors de sa dernière levée de fonds)
  • Spendesk : 360 millions d’euros (contre 1 milliard lors de sa dernière levée de fonds)
  • Sorare : 240 millions d’euros (contre 3,9 milliards lors de sa dernière levée de fonds)
  • Sumeria : 240 millions d’euros (contre 1 milliard lors de sa dernière levée de fonds)
  • Jellysmack : 200 millions d’euros (contre 909 millions lors de sa dernière levée de fonds)