Depuis plusieurs années, je suis au cœur de cet écosystème stratégique qu’est celui des semi-conducteurs. Aujourd’hui, je suis convaincu que nous vivons un véritable point de bascule. D’un côté, des technologies émergentes, à commencer par l’intelligence artificielle, connaissent une croissance fulgurante et tirent l’ensemble du secteur. De l’autre, les tensions géopolitiques redessinent profondément les chaînes de valeur mondiales. Ces deux dynamiques agissent comme des catalyseurs puissants. Elles imposent une prise de conscience collective, mais aussi un passage à l’action.
Dans ce contexte, les temps d’échange comme ceux de la Deeptech Week sont essentiels : ils permettent de confronter les visions, de partager des solutions et d’ouvrir des perspectives dans un environnement devenu particulièrement complexe. Face à ces défis, notre réponse est claire : elle s’appelle innovation. C’est notre ADN. Mais il ne s’agit pas seulement d’innover pour innover. Il s’agit de porter des innovations capables d’être industrialisées et déployées sur le sol européen. Derrière cette ambition, il y a une question centrale : celle de la souveraineté. Produire, maîtriser, décider, autant d’enjeux qui dépassent le seul cadre technologique.
L’Europe doit jouer juste pour s’imposer durablement
Contrairement à certaines idées reçues, la bataille des semi-conducteurs n’est pas perdue pour l’Europe. Loin de là. Notre continent dispose d’atouts considérables : des technologies de pointe, des centres de recherche de premier plan, et un tissu d’entreprises innovantes. Ce sont autant de pépites qu’il nous faut soutenir et amplifier. Cela passe par un effort continu d’investissement, à la fois dans la recherche et dans les capacités de production. Mais il serait illusoire de vouloir reproduire à l’identique les modèles d’autres puissances. Notre enjeu n’est pas d’entrer dans une course frontale avec les États-Unis ou l’Asie. Il est de faire des choix stratégiques, d’identifier nos domaines d’excellence et de capitaliser sur nos forces. C’est en jouant juste que l’Europe pourra s’imposer durablement.
Dans ce cadre, des initiatives comme FAMES jouent un rôle clé. Ce projet a été conçu comme une plateforme ouverte, tournée vers l’extérieur. Notre objectif est clair : irriguer le marché avec des technologies de pointe et faciliter leur appropriation par les industriels. Grâce à notre programme d’Open Access, nous offrons un accès direct à ces innovations, permettant ainsi à de nouveaux acteurs de s’en emparer, de les tester et de les intégrer dans leurs propres développements.
Créer des connexions
C’est aussi tout l’intérêt d’un événement comme la Deeptech Week. Il ne s’agit pas seulement de présenter des avancées technologiques, mais de créer des connexions. Chercheurs, industriels, entrepreneurs : ces rencontres croisées sont essentielles pour faire émerger des usages, identifier des besoins et accélérer le transfert de technologies vers le marché. Le message que je souhaite porter est simple : restons optimistes, mais surtout ambitieux.
L’Europe a les moyens de ses ambitions. Elle peut non seulement exister dans cette compétition mondiale, mais aussi y jouer un rôle structurant. À condition de croire en ses forces, d’investir avec constance et de faire des choix stratégiques assumés. L’avenir des semi-conducteurs européens ne se subira pas. Il se construira.