Il était une fois, en 2020, un métier particulièrement menacé par les progrès de l’intelligence artificielle : le radiologue. Plus précisément : le radiologue américain. Pourquoi ? Parce que les progrès de l’intelligence artificielle pour la reconnaissance des anomalies sur les radioscopies étaient exponentiels. Aucun médecin humain ne pourrait bientôt rivaliser avec la machine sur cette tâche… Des esprits chagrins pronostiquèrent la fin de la profession en moins de cinq ans. Un inévitable chant du cygne pour les radiologues. Ils étaient tous condamnés… Et pourtant… En 2026, aux USA, il n’y a jamais eu autant de radiologues ! Les chiffres sont éloquents : en 2025, les programmes de résidence en radiologie ont offert un record de 1 207 postes, soit une hausse de 4 % par rapport à 2024, et les taux de postes vacants atteignent des niveaux historiques (selon le National Resident Matching Program, système qui attribue les postes aux diplômés en médecine aux États-Unis). Le Bureau of Labor Statistics estime même que la radiologie va croître de 5 % d’ici 2034. Mieux : en 2025, la radiologie était la deuxième spécialité médicale la mieux rémunérée aux États-Unis, avec un revenu moyen de 520 000 dollars… (selon le Medscape Physician Compensation Report 2025)
En 2026, aux USA, il n’y a jamais eu autant de radiologues américains !
Vous ne me croyez pas ? L’homme qui nous raconte cette histoire des radiologues n’est autre que Jensen Huang, le très puissant patron de Nvidia lors d’un podcast chez Joe Rogan (3 décembre 2025). Nvidia est la plus grande entreprise mondiale autour de l’intelligence artificielle. Jensen Huang scrute l’évolution du secteur depuis longtemps. Il connait son sujet. Mais alors, comment expliquer une telle évolution positive pour les radiologues ? Voilà ce qui s’est passé : il y a eu, en effet, une vague IA colossale dans la radiologie (700 modèles approuvés par la FDA, des dizaines d’outils pour la détection de nodules, AVC, cancers du sein et du poumon, un engouement pour ses outils…). Cette vague a conduit à une demande massive pour l’imagerie médicale. Les gens avaient confiance dans les modèles, mais ils voulaient aussi des médecins radiologues pour les activités de conseil, de soin ou de consultations informelles. De plus les assureurs demandaient souvent un contrôle humain validé pour rembourser les consultations. Résultat final : une immense victoire pour les radiologues !
L’homme qui nous raconte cette histoire des radiologues n’est autre que Jensen Huang, le très puissant patron de Nvidia…
Répartition du temps de travail d’un radiologue
Cet exemple concret doit nous pousser à réfléchir. Et à remettre en question la multiplication des discours anxiogènes sur l’intelligence artificielle qui prédisent la fin du travail, voir du monde. Ces discours, parfois apocalyptiques, alimentent un catastrophisme qui neutralise la réflexion. Ils participent d’un chaos médiatique amplifié par des bulles algorithmiques gourmandes de postures radicales. Ces positions ultra-pessimistes sont parfois juste le fruit d’une stratégie d’auto-marketing pour des mini-gourous vivant de notoriété digitale, consulting frauduleux et conférences vendues à des retraités en croisière… Tout ce cirque serait risible s’il n’était pas dévastateur : les prophéties apocalyptiques inquiètent la jeunesse, terrorisent les salariés et masquent les véritables possibilités de l’IA. Pourtant il est facile de proposer une autre grille de lecture. Regardons d’abord les taux de chômage des pays les plus avancés en IA et en robotique : USA, Chine et Corée du Sud. Les taux de chômage respectifs de ces pays : 4,4 %, 5,3 % et 3,4 %… (selon le Bureau of Labor Statistics [États-Unis, février 2026], National Bureau of Statistics of China [février 2026], Statistics Korea [février 2026]). On est très loin de la fin du travail ! Mais admettons que certains métiers vont être rapidement supprimés par l’IA. Par exemple : les développeurs logiciels. Dont on parle tout le temps comme les grands perdants. En France, selon le rapport Stack Overflow 2025, seuls 3 % des développeurs français déclarent être sans emploi. Même si le chiffre est en hausse, encore une fois, on est loin de l’apocalypse. D’ailleurs, je discutais récemment avec le directeur d’une excellente école de code qui me disait de manière très juste : les grandes entreprises qui produisent les LLMs (OpenAI, Anthropic, Google…) embauchent énormément de développeurs logiciels.
Remettre en question la multiplication des discours anxiogènes
Mais alors quel serait un autre scénario pour l’emploi ? Un scénario radicalement optimiste. Évidemment, la vague de l’IA est immense et va changer en profondeur notre civilisation. Évidemment, de nombreux métiers vont être transformés et certains totalement supprimés. Et évidemment, il va falloir former massivement les humains à l’intelligence artificielle. Mais le résultat sera une nouvelle Renaissance. Une ère de prospérité où les humains pourront faire converger leurs aspirations et leur métier. Ils délègueront aux intelligences artificielles des tâches ingrates, bureaucratiques et répétitives. Ainsi, ils testeront les infinies possibilités techniques, commerciales et artistiques offertes par des intelligences artificielles en constante évolution. Ils pourront démultiplier leurs activités tout en se concentrant sur les parties professionnelles qui font le plus de sens pour l’humain : imagination, évènementiel, négociation, psychologie, vente, innovation, prise de décisions rapides, stratégie ou motivation des équipes.
Un scénario radicalement optimiste
Imaginez un monde où chacun a les mêmes pouvoirs et les mêmes préoccupations qu’un dirigeant comme Steve Jobs, mais à son échelle. Imaginez un monde où le lundi à 15 h, vous avez terminé toute la partie pénible de votre travail, pour vous consacrer à des projets passionnants. Imaginez un monde où votre emploi sera, tour à tour, celui d’un artiste, d’un commandant d’armée ou d’un chercheur en biologie. Les rêves les plus fous deviennent les réalités de votre semaine. Les limites sont repoussées. Le bonheur professionnel se diffuse aussi rapidement qu’un e-mail qu’on transfère.
Ce monde n’est pas impossible. Nous pouvons l’écrire pour les trente prochaines années. Le travail est une notion ultra-malléable que l’Histoire sculpte comme de la pâte à modeler depuis 3 000 ans. Sans jamais l’avoir supprimé, car l’humain aime créer, construire et avoir un statut social. Kai-Fu Lee, l’ancien président de Microsoft Asia et de Google China, a les mots justes, dans l’excellent livre de Guillaume Grallet, Pionniers : Voyage aux frontières de l’intelligence artificielle. « En 2050, l’intelligence artificielle nous aura libérés de toutes les tâches routinières, tout comme la faim et la pauvreté. Et si nous négocions bien ce raz de marée, cela nous permettra d’utiliser ce temps de manière constructive pour trouver notre âme ». Ça vous plait ? Alors vive l’IA !
Et si nous négocions bien ce raz de marée, cela nous permettra d’utiliser ce temps de manière constructive pour trouver notre âme.