L’écosystème greentech continue de se développer dans l’Hexagone, mais connaît un trou d’air pour se financer. C’est ce qui ressort de la 5e édition de l’Observatoire des greentechs françaises réalisé par Bpifrance, en partenariat avec le Ministère de la Transition écologique, Ecolab, Cleantech for France, l'Ademe, la Mission French Tech et le Hub de l’IA.

Aujourd’hui, Bpifrance dénombre 2 912 startups greentech en France, avec près de 250 entreprises qui ont été créées l’an passé. Dans le détail, 22 % de ces sociétés se consacrent à la protection des écosystèmes et à la transition environnementale, 21 % aux nouvelles énergies, 20 % à l’industrie verte, 16 % à la mobilité propre, 13 % à l’agriculture et à l’agroalimentaire, et enfin 8 % à la construction durable.

Parmi ces entreprises, il faut également avoir en tête que 70 % sont implantées en dehors de l’Île-de-France, 57 % portent des enjeux industriels et 22 % relèvent d’une rupture technologique deeptech développée en lien étroit avec le monde de la recherche. Sur le plan industriel, les greentechs françaises ont ouvert 46 nouvelles usines en 2025, portant à 162 le nombre de sites industriels inaugurés depuis 2022 dans le secteur.

Un seul méga-tour de table de 100 millions d’euros

Forcément, ces jeunes pousses greentech ont besoin de capitaux pour se financier, mais l’année 2025 a été particulièrement difficile à cet égard. En effet, les startups du secteur ont levé 1,3 milliard d’euros l’an passé, soit 41 % de moins par rapport en 2024, dans le cadre de 113 opérations. Alors la greentech pesait près de 30 % des levées dans la French Tech ces deux dernières années, ce pourcentage a chuté à 18 % en 2025.

Ce fort recul est imputable principalement à l’absence de méga-levées de fonds de plus de 100 millions d’euros, qui pesaient 34 % des montants levés en 2024. Une seule opération de ce type a été enregistrée l’an passé : le tour de table de 100 millions d’euros de WAAT, opérateur de bornes de recherche pour véhicules électriques, en septembre dernier. Intact (70 millions) et GravitHy (60 millions) complètement le podium des levées de fonds dans la greentech tricolore en 2025.

L’Europe et l’Asie également en repli

Toutefois, le constat n’est pas seulement négatif en France. L’Europe dans son ensemble a ainsi enregistré un repli de 23 % par rapport à 2024 (baisses spectaculaires de 47 % en Allemagne et 39 % en Suède) et c’est même pire en Asie, où le recul a atteint 40 %, notamment à cause de la Chine. Entre 2021-2022, où le montant total des levées de fonds s’élevait environ à 12 milliards de dollars, l’année 2025 a été celle de l’effondrement avec à peine 2,8 milliards d’euros levés par les pépites greentech dans l’Empire du Milieu. La seule exception se trouve du côté des États-Unis, où les startups du secteur ont levé 18,5 milliards de dollars en 2025.

Au cours de l’année écoulée, Bpifrance observe que les investisseurs, en France, mais aussi en Europe et en Asie, ont opéré une réorientation de leurs priorités. Ces derniers se sont plutôt tournés vers des secteurs jugés plus stratégiques ou profitables, comme l’intelligence artificielle et la défense. C’est malheureusement la greentech qui a trinqué dans ce contexte plus difficile.

L’IA, défi environnemental et levier de décarbonation

Justement, l’étude de Bpifrance s’est penchée sur l’impact de l’IA dans la greentech. Dans ce cadre, il apparaît qu’une nouvelle génération d’acteurs est en train de naître pour proposer des technologies d’optimisation énergétique des centres de données et des IA frugales, ainsi que pour mesurer l’empreinte environnementale des systèmes d’IA. «Néanmoins, l’essentiel du potentiel de transformation demeure toutefois entre les mains des acteurs conventionnels de la chaîne de valeur numérique (fournisseurs de services cloud, équipementiers de data centers, développeurs de modèles d’IA…)», soulignent les auteurs de l’observatoire.

«L’essor de l’intelligence artificielle, qui crée de nouveaux défis environnementaux tout en offrant des leviers de décarbonation, renforce encore l’importance des greentechs : elles contribuent à limiter l’empreinte des usages numériques et à développer des solutions plus sobres, même si l’essentiel du pouvoir d’action reste entre les mains des grands acteurs de la chaîne de valeur dont l’engagement sera déterminant pour réduire durablement l’impact environnemental du numérique», observe Paul-François Fournier, directeur exécutif de Bpifrance en charge de l’innovation.

1,5 milliard d’euros mis sur la table par Bpifrance

Pour épauler le secteur, la banque publique d’investissement a mis la main à la pâte. Elle a ainsi mobilisé 1,5 milliard d’euros en 2025 pour accompagner les greentechs françaises. Cette enveloppe se décline de la manière suivante : 1,2 milliard d’euros dédiés au financement de l’innovation, 185 millions d’euros consacrés aux investissements directs et 183 millions d’euros en fonds de fonds pour soutenir les acteurs clés de la décarbonation.

«Face à l’urgence climatique et environnementale, accompagner ces entreprises n’est pas seulement un enjeu d’innovation : c’est une priorité stratégique pour accélérer la transition du pays», estime Paul-François Fournier. Le défi à relever n’est pas simple, surtout avec des budgets publics de plus en plus amputés à un an de l’élection présidentielle.