Chaque année, le programme Cartier Women’s Initiative distingue 30 femmes entrepreneures à travers 10 prix, reflétant la diversité des projets portés par des femmes à travers le monde. Mais au-delà de la reconnaissance et du soutien financier, c’est surtout l’approche globale du programme qui fait sa singularité : un accompagnement dans la durée, une ouverture internationale et une forte dimension communautaire.
Pour Cécile Réal, fellow de l’édition 2012 et aujourd’hui membre du jury pour la catégorie Europe, l’impact a été immédiat. « Le prix nous a apporté une certaine crédibilité et de la visibilité. On a pu entrer en contact avec des journalistes, mais aussi des institutions comme le Sénat ou le ministère de la Santé. C’était une première étape décisive pour notre projet. » À l’époque, son entreprise évoluait sur un sujet encore peu connu : la santé des femmes et plus particulièrement l'endométriose. Un combat qui illustre aussi l’évolution des thématiques portées par les entrepreneures.
Un soutien financier mais également social et humain
Si le financement reste un levier d’entrée des candidatures, il devient rapidement secondaire face à la richesse de la communauté. « A posteriori, ça apporte beaucoup plus que ça », souligne Cécile Réal. « Il y a une véritable communauté qui ne s’arrête pas après le programme. » Rencontres internationales, sous-communautés régionales, événements… Les liens se construisent dans la durée. Certaines collaborations vont même jusqu’à des visites d’entreprises entre fellows ou à la concrétisation de projets entrepreneuriaux communs. « C’est une bulle de confiance. On partage les mêmes problématiques, la même envie d’impact. Et surtout, on se sent moins seules. » Un point clé dans un parcours entrepreneurial souvent solitaire.
Un processus de sélection enrichissant
Élise Thorel, cofondatrice de Marie Curry, a découvert le programme via Maddyness en 2023. « La candidature est exigeante, le process dure plusieurs mois. Mais c’est extrêmement structurant. Ça nous force à réfléchir à notre business, à notre posture de dirigeante, à notre impact. » Un travail de fond qui s’avère utile, indépendamment du résultat final. Son projet vise à répondre à un enjeu systémique dans la restauration. « Les premières victimes des violences dans ce secteur sont souvent les femmes, les personnes étrangères ou issues de minorités. Marie Curry vise à rendre visible leur talent et à créer un environnement de travail sécurisé. »
Même constat pour Hahyeon Park, cofondatrice de Omena, qui travaille sur la santé liée à la péri ménopause et la ménopause. « En 2021, aucune entreprise n’abordait ce sujet. C’est pourtant une des premières inégalités entre les femmes et les hommes. » Depuis, les lignes commencent à bouger, notamment sous l’impulsion des politiques publiques et des entreprises. Mais le chemin reste long. Pour elle, intégrer le programme représente un levier clé. « Être reconnue par un programme comme Cartier Women's Initiative augmente énormément la visibilité, surtout sur un sujet encore tabou. » Au-delà de la visibilité, c’est aussi un soutien moral. « L’entrepreneuriat peut être très solitaire. Cette communauté donne de l’énergie pour continuer. »
La nouvelle génération d’entrepreneures
Les parcours d’Élise Thorel et Hahyeon Park illustrent une évolution de fond : la montée en puissance de projets liés à la santé des femmes et aux enjeux sociétaux. Un mouvement que confirme Cécile Réal - aujourd’hui également fondatrice et présidente directrice générale d’Endodiag et de Medevice Capital - avec plus de dix ans de recul. « Le programme s’adapte aux générations. On voit émerger de nouveaux sujets, comme le bien-être mais toujours avec cette même volonté d’impact. » Dans ce contexte, les candidatures se multiplient, rendant le programme de plus en plus sélectif. Ce qui fait la différence ? « L’énergie, l’envie de partager, et surtout la volonté d’avoir un impact réel. »
Malgré l’exigence du processus, toutes les intervenantes s’accordent sur un point : il faut se lancer. « Il ne faut pas avoir le syndrome de l’imposteur », insiste Cécile Réal. Un message partagé par Élise Thorel. « L’audace est une compétence qui se développe. J’ai repostulé, et c’est arrivé au bon moment. » Et confirmé par Hahyeon Park. « La première étape du processus de recrutement est la plus difficile. Il ne faut pas hésiter à essayer plusieurs fois. »
À l’occasion de ses 20 ans, le Cartier Women’s Initiative réaffirme son ambition : accompagner, dans la durée, toujours plus de femmes entrepreneures et faire émerger des solutions significatives face aux défis mondiaux les plus urgents.