La connectivité spatiale ne doit pas être l’apanage des Américains ou des Chinois. C’est notamment la conviction de de la startup Univity (ex-Constellation Technologies & Operations) qui ambitionne de propulser une constellation de satellites pour permettre aux opérateurs télécoms de proposer à leurs clients un accès internet haut débit et de faible latence depuis l’espace.

Pour faire un pas de plus dans cette perspective, la société vient de boucler une série A de 27 millions d’euros auprès de Blast, Expansion et du fonds Deeptech 2030 géré pour le compte de l’État par Bpifrance. Deux family offices, dont l’identité n’a pas été dévoilée, sont également de la partie. Univity avait déjà levé 9,3 millions d’euros en octobre 2024, déjà auprès d’Expansion, le fonds de Charles Beigbeder dédié à l’aérospatial.

Convergence des réseaux terrestres et spatiaux

Fondée en 2022 par Charles Delfieux, l’entreprise toulousaine prévoit de déployer une constellation de satellites en très basse orbite et réutiliser le spectre 5G terrestre des opérateurs télécoms. De cette manière, l’objectif est d’offrir une alternative aux dispositifs traditionnels lorsque les réseaux de télécommunications terrestres sont saturés. Miser sur la très basse orbite permet également de limiter la génération de débris spatiaux dans l’espace.

Aux yeux du fondateur d’Univity, toutes les planètes sont alignées pour aboutir à une convergence des réseaux terrestres et spatiaux, ce qui ouvre la voie à un marché XXL qui pourrait peser plusieurs dizaines de milliards de dollars dès 2030. «Il y a clairement un point de bascule. Pour la première fois dans l’histoire des télécoms, l’accès à la connectivité spatiale est possible avec des prix compétitifs par rapport à la connectivité terrestre. Pour les opérateurs télécoms, le risque de se faire doubler par des entreprises comme SpaceX et Amazon, qui deviennent des opérateurs télécoms de facto, est réel. Mais les opérateurs traditionnels ont les moyens d’investir dans les infrastructures et on leur offre la possibilité d’accéder à une infrastructure spatiale wholesale de référence», explique Charles Delfieux, fondateur et CEO d’Univity.

Lancement des deux premiers satellites dans l’espace fin 2027

Pour l’heure, la société, qui compte 50 salariés entre Toulouse et Paris, n’a pas encore débuté le déploiement de sa constellation de satellites, mais elle a récemment passé des étapes décisives pour s’en rapprocher. Univity a ainsi envoyé sa première charge utile dans l’espace l’an passé. «C’était un peu notre POC (Proof of Concept, ndlr) et la série A va nous permettre de financer la deuxième étape de notre feuille de route avec l’envoi de nos deux premiers satellites dans l’espace pour fournir du haut débit», indique Charles Delfieux.

Le lancement de ces premiers satellites est prévu fin 2027. Ils doivent être envoyés sur une orbite très basse (VLEO) à 375 kilomètres de la Terre. «A très basse orbite, la durée des satellites est de 7 ans. Quand ils vont rentrer dans l’atmosphère, ils vont se désintégrer en quelques semaines ou mois. D’une certaine manière, on va bâtir une constellation sur une orbite auto-nettoyante», précise le patron de la société toulousaine.

Vers une constellation d’au moins 1 600 satellites 

Pour proposer un réseau internet très haut débit et séduire les opérateurs télécoms, Univity veut envoyer au moins 1 600 satellites dans l’espace, et même jusqu’à 3 400 en fonction de la réponse du marché. Dans cette perspective, l’entreprise tricolore veut lancer sa production à l’échelle industrielle dès 2028 pour produire et envoyer en rythme de coursière 40 satellites par mois, soit 3 ans pour atteindre la barre des 1 600 satellites en orbite. En attendant, une usine, qui coûte 200 millions d’euros, doit sortir de terre pour lancer 36 satellites d’ici 2028.

Le nouveau tour de table d’Univity survient quelques mois après un contrat de 31 millions d’euros décroché auprès du Cnes pour envoyer deux satellites démonstrateurs de télécoms 5G de 250 à 300 kilos dans l’espace. En parallèle, 16 lettres d’intérêt sont d’ores et déjà signées avec des acteurs télécoms du monde entier, dont Orange. Des signaux encourageants pour permettre à l’entreprise toulousaine de devenir une alternative française souveraine à Starlink.