Fondée en 2015 par Simon Dawlat et Antoine Guénard, Batch change de dimension. En rachetant Moonfish AI, startup parisienne spécialisée dans les algorithmes prédictifs appliqués au marketing, la plateforme française de CRM réalise sa première opération de croissance externe et amorce une nouvelle phase de développement.
Le montant de l’opération n’a pas été communiqué. Batch avoisine les 20 millions d’euros de revenus annuels récurrents (ARR) et compte 350 marques clientes en Europe, parmi lesquelles Louis Vuitton, SNCF Connect, ManoMano, Rakuten, Orange ou Air Transat.
L’acquisition prend la forme d’un carve-out auprès de ClaraVista/Jakala, une entreprise de conseil dans la data et l'IA. Batch récupère la technologie, la propriété intellectuelle ainsi que la marque Moonfish AI. La quinzaine de collaborateurs qui travaillaient jusqu’ici sur le projet continuera d’accompagner Batch pendant environ un an sous forme de prestation, avant d’éventuelles intégrations au sein de l’entreprise. « Plus lean et plus efficace qu’un rachat classique », résume Simon Dawlat.
Créée en 2018 au sein du laboratoire R&D de ClaraVista, Moonfish AI développe des modèles capables d’anticiper les comportements clients afin d’optimiser les campagnes marketing. Une partie de cette technologie était déjà utilisée auprès de clients communs comme L’Occitane, Printemps, Aroma-Zone, Oscaro ou Conforama. Pour Batch, cette acquisition vient renforcer le pilier « Predict » de sa roadmap produit, aux côtés de « Assist », dédié à l’IA générative pour les équipes marketing, et « High », sa vision d’un CRM de plus en plus autonome.
Le pari du CRM agentique
Derrière cette acquisition, Batch défend une conviction plus large sur l’évolution du marché. « Le CRM agentique, c’est déléguer toujours plus de la décision marketing à la machine », explique Simon Dawlat. Concrètement, l’objectif est de laisser l’IA déterminer automatiquement quand contacter un client, sur quel canal, avec quel message et à quel moment. Une transformation qui pourrait profondément modifier le rôle des équipes marketing.
Le dirigeant distingue toutefois deux trajectoires selon les secteurs. Dans le luxe, où Batch travaille notamment avec Chanel ou LVMH, la relation client reste fortement pilotée par l’humain, avec l’IA comme outil d’assistance. Dans le commerce ou le voyage, déjà largement automatisés, certains acteurs sont désormais prêts à confier l’exécution complète des campagnes à la machine. « Il va y avoir une reconfiguration du marché et du métier de marketeur », anticipe Simon Dawlat.
Une vague de consolidation dans le logiciel marketing
Cette opération intervient dans un contexte particulier pour les éditeurs européens de logiciels marketing. Pendant des années, le secteur s’est construit par empilement d’outils spécialisés. Mais l’arrivée de l’IA générative, la pression sur les budgets logiciels et la recherche de plateformes plus intégrées rebattent les cartes.
Pour Batch, Moonfish AI faisait partie des rares cibles stratégiques disponibles sur le marché européen. « Il n’y en avait que deux. Moonfish et Tinyclues », tranche Simon Dawlat. Onze ans après sa création, Batch estime désormais disposer d’un socle technologique suffisamment mature pour intégrer des briques externes sans recréer le « patchwork » qui caractérise, selon son dirigeant, certaines suites historiques comme Adobe Campaign ou Salesforce Marketing Cloud.
Et la chasse ne fait que commencer. « On a une liste d’une quarantaine ou cinquantaine de sociétés en Europe qu’on regarde ou qu’on suit », indique Simon Dawlat.
La souveraineté comme argument commercial
Cette stratégie de croissance repose aussi sur un positionnement souverain revendiqué. Plus de 75 % du capital de Batch est détenu par des actionnaires français et l’ensemble des données clients est hébergé sur environ 700 serveurs physiques répartis dans trois datacenters d’OVH, sans recours au cloud public.
Un argument qui séduit des clients comme le ministère de la Culture ou BNP Paribas, dans un contexte où les questions de dépendance technologique et de localisation des données prennent une place croissante dans les appels d’offres. Dans un marché encore très fragmenté, et alors que la baisse des valorisations des éditeurs SaaS ouvre de nouvelles opportunités de consolidation, Batch ne compte plus rester spectateur.