Après un premier partenariat avec Station F, OpenAI s'est associé au célèbre startup studio Hexa il y a quelques semaines pour intervenir dès la phase d’idéation des startups. Derrière ces alliances, une promesse d’accompagnement renforcé, mais aussi une stratégie plus structurée. Celle d’un acteur qui cherche à s’inscrire dans la durée auprès des fondateurs, au moment où se prennent les décisions les plus engageantes, sans pour autant rompre avec des logiques déjà observées dans la tech.
OpenAI redéfinit-il son rôle dans la création des startups ?
La montée en puissance de l’IA modifie en profondeur la manière dont les startups se construisent. Le temps entre une idée et un produit s’est considérablement réduit, ce qui repositionne les enjeux dès les premières phases. « L’objectif est de passer d’interactions ponctuelles à une relation continue avec les fondateurs », explique Laura Modiano, responsable de l'activité Startup pour OpenAI sur les zones Europe, Moyen-Orient et Afrique. Cette continuité repose sur des échanges réguliers avec les équipes, des sessions techniques, mais aussi sur la capacité à tester rapidement grâce à des crédits mis à disposition.
Dans cette logique, OpenAI ne se contente plus d’être un fournisseur d’outils. L’entreprise cherche à accompagner les choix structurants. « L’objectif n’est pas de mettre de l’IA dans un produit, mais de construire des entreprises AI-first », précise Laura Modiano. L’accompagnement porte autant sur l’identification des cas d’usage que sur la structuration des workflows, l’expérience utilisateur ou encore la capacité à passer à l’échelle.
Ce positionnement s’explique aussi par un changement de temporalité dans la relation aux fondateurs. « On ne découvre pas ces fondateurs au moment où leur startup existe déjà. On les voit souvent naître comme builders », poursuit-elle. Autrement dit, OpenAI intervient à un moment où les projets sont encore malléables, ce qui lui permet d’influencer indirectement la manière dont les produits vont être conçus.
Pour autant, cette montée en puissance ne transforme pas radicalement l’équilibre de l’écosystème. Du côté de Station F, l’arrivée d’OpenAI s’inscrit dans une dynamique plus large. « OpenAI représente un mouvement autour de l’IA et cette transformation que nous sommes en train de vivre », observe Roxanne Varza, directrice de Station F. Le campus a historiquement intégré de nombreux partenaires technologiques, des réseaux sociaux au cloud, et continue de se positionner comme un point de convergence.
Le rôle revendiqué reste celui d’un facilitateur. « Nous sommes surtout là pour aider les startups à se développer et à accéder aux acteurs que les startups cherchent à rencontrer », rappelle Roxanne Varza. L’IA accentue toutefois certaines tendances. « Pour les startups de l’IA, on voit des préférences pour des briques très similaires », note-t-elle, en référence à des outils largement adoptés dans les programmes dédiés.
Cette convergence technique ne signifie pas pour autant une uniformisation complète. « Les startups sont très loin de faire des choses de façon uniforme », insiste Roxanne Varza. Elle souligne néanmoins un point de vigilance, celui de la diversité des approches, qui suppose de maintenir une pluralité de profils, de secteurs et de technologies au sein de l’écosystème.
Une stratégie nouvelle… ou la continuité du modèle cloud ?
Vu du côté des investisseurs, ces partenariats s’inscrivent dans une continuité bien identifiée. « Ce n’est pas une logique nouvelle. Les géants de la tech comme Microsoft, Google ou Amazon l’emploient déjà depuis une dizaine d’années », rappelle Alexis du Peloux, partner chez XAnge. Offrir des crédits, accompagner techniquement, se rapprocher des fondateurs dès les débuts. Autant de pratiques déjà mises en œuvre par les grands acteurs du cloud.
Dans cette perspective, OpenAI applique une stratégie éprouvée. « C’est une logique très commerciale et pragmatique », poursuit Alexis du Peloux. En se positionnant au moment où les startups construisent leurs premières briques techniques, l’entreprise maximise ses chances de capter leur croissance future.
Cette lecture permet de relativiser l’idée d’un basculement car elle montre que la question de la dépendance technologique ne date pas de l’IA. Elle s’inscrit dans une trajectoire plus ancienne, qui dépasse largement les seuls modèles génératifs. « On travaille avec ces dépendances depuis vingt ans », souligne Cyril Bertrand, partner chez XAnge, qui rappelle que ce déséquilibre est déjà installé. Sur le marché du cloud, les acteurs européens ne captent qu’environ 15 % de leur propre marché en 2024, contre 29 % en 2017, tandis qu’Amazon, Microsoft et Google concentrent près de 70 % des parts.
Dans ce contexte, l’IA apparaît comme une nouvelle couche sur une dépendance existante, plus que comme une rupture. Pour autant, les investisseurs mettent en garde contre une lecture trop déterministe. « Dire que le match de l’IA est perdu n’a pas de sens », estime Alexis du Peloux, rappelant que l’Europe partait déjà avec un retard structurel.
L’enjeu se situe davantage dans la capacité à construire des alternatives dans le temps. Une trajectoire progressive, qui suppose des investissements technologiques et industriels sur plusieurs années, plutôt qu’un basculement immédiat.