L'IA juridique a le vent en poupe. Selon une étude Wolters Kluwer, près de 80 % des cabinets d’avocats français utilisent déjà des outils d’IA et 83 % prévoient d’augmenter leurs investissements dans les trois prochaines années.
Les grandes plateformes d’IA juridique l’ont compris : Harvey, la licorne américaine spécialisée dans l’IA pour les professionnels du droit, valorisée 11 milliards de dollars, et soutenue par Open AI, a ouvert son bureau parisien en mai 2026. Legora officialise son implantation dans la foulée. Legora équipe les équipes juridiques des cabinets d'avocats ou directions des grands groupes en intelligence artificielle. La startup suédoise mise sur une avance technologique concrète : ses agents sont déjà opérationnels et déployés sur l’ensemble de sa base clients, capables de traiter des tâches complexes, comme la relecture de contrats, en autonomie pendant plusieurs heures, sur la base d’un plan validé par l’utilisateur.
« En 2025, on avait encore à convaincre, encore à expliquer qui nous étions. Maintenant, tout le monde sait qui nous sommes. Nous n’avons plus à convaincre : nous avons juste à négocier sur la disponibilité des équipes pour le déploiement et le budget. » explique Jonathan Williams, le patron France de Legora, pour qui le basculement est consommé. Sur son créneau, Legora fait face à d'autres acteurs français comme les startups Tomorro ou Jimini AI.
La France, déjà conquise de loin
Cependant, elle n’arrive pas en terra incognita. Avant même d’ouvrir un bureau à Paris, la startup avait déjà signé plusieurs grands cabinets de la place parisienne ainsi que les directions juridiques d’Accor et d’Engie. La France était l’un des premiers moteurs de sa croissance européenne, sans équipe locale, sans présence physique.
Fondée en Suède, Legora compte aujourd’hui près de 700 collaborateurs et revendique être l’entreprise ayant la plus forte croissance de l’histoire entre 1 et 100 millions d’euros d’ARR. Valorisée 1,53 milliard d’euros depuis octobre 2025, lors de sa série C de 128 millions d'euros, elle est soutenue par Bessemer Venture Partners, Iconiq, General Catalyst, Benchmark et Y Combinator.
La souveraineté européenne comme avantage natif
La question de la souveraineté des données est désormais un enjeu majeur pour les cabinets d’avocats et les directions juridiques européens. Les plateformes américaines comme Harvey font face à une méfiance croissante : leurs serveurs sont soumis au Cloud Act, ce qui expose les données de leurs clients à un droit d’accès américain. Legora retourne cet argument en avantage compétitif. Tout le processing se fait en Europe : instances d’IA hébergées en région parisienne, stockage standard suédois. « Ce n’est pas un choix français, c’est un choix européen. »
Pour Jonathan Williams, cette identité européenne est une force stratégique profonde : « Le marché européen, pour nous, c’est la meilleure chose en termes de compétitivité. On a l’habitude d’être multiculturel, multilingue, de travailler sur plusieurs fuseaux horaires. » « Eux, ils ont fait la partie facile, les États-Unis. Il leur reste la partie difficile : venir convaincre les Allemands, les Italiens, les Français. C’est une autre taille de manche. »