C’était l’une des annonces attendues à VivaTech. Après plusieurs mois de préparation, Bercy a officialisé ce vendredi 19 juin le lancement de la troisième phase de l’initiative Tibi, du nom de l’économiste Philippe Tibi, à l’origine de ce mécanisme lancé en 2019 pour mieux orienter l’épargne longue vers le financement des entreprises technologiques françaises et européennes.
Pour cette nouvelle séquence, 13 milliards d’euros d’engagements ont déjà été sécurisés auprès d’investisseurs institutionnels, notamment des bancassureurs, des assureurs, des mutuelles et d’autres grands détenteurs d’épargne longue. L’objectif affiché par l’État est d’atteindre 15 milliards d’euros d’ici la fin de l’année.
Avec cette nouvelle enveloppe, près de 31 milliards d’euros auront été mobilisés depuis 2020 dans le cadre de l’initiative Tibi, selon Bercy. Au 31 mars, près de 16 milliards d’euros avaient déjà été investis.
Orienter l’épargne vers les technologies de rupture
Le principe de l’initiative reste le même : les investisseurs institutionnels ne financent pas directement les startups et entreprises technologiques, mais investissent dans des fonds spécialisés, qui déploient ensuite ces capitaux dans l’écosystème.
Cette troisième phase doit toutefois marquer une inflexion plus stratégique. Selon Bercy, 50 % des investissements seront fléchés vers les deeptech, les infrastructures critiques et les technologies duales. Sont notamment concernés des secteurs comme l’intelligence artificielle, le quantique, les biotechnologies, le spatial ou encore les technologies liées à la défense et à la souveraineté industrielle.
Une quarantaine d’investisseurs partenaires participent à cette nouvelle étape du dispositif, qui accueille également de nouveaux acteurs, parmi lesquels le groupe mutualiste Carac, la SNCF, la RATP ou encore Eutelsat.
La souveraineté technologique au cœur de VivaTech
Cette annonce intervient dans un contexte où la souveraineté technologique européenne est redevenue un sujet central. À VivaTech, cette question a traversé de nombreuses prises de parole, sur fond de compétition accrue avec les États-Unis et la Chine, mais aussi d’inquiétudes croissantes sur la dépendance de l’Europe aux grandes plateformes étrangères.
La tension s’est encore renforcée ces derniers jours après la décision de l’administration américaine d’enjoindre Anthropic à restreindre l’accès de ressortissants étrangers à ses modèles d’intelligence artificielle les plus avancés. Un épisode qui a relancé le débat sur la capacité de l’Europe à financer, développer et maîtriser ses propres infrastructures technologiques.
Dans le communiqué de Bercy, le ministre de l’Économie Roland Lescure estime que cette nouvelle phase témoigne de la capacité collective à orienter massivement l’épargne vers l’innovation et les technologies de rupture, au service de la souveraineté économique et industrielle.
Une ambition européenne renforcée
Au-delà de la France, cette troisième phase de l’initiative Tibi doit aussi porter une ambition européenne plus affirmée. Bercy souhaite favoriser l’émergence de fonds paneuropéens capables d’atteindre une taille critique mondiale, afin de mieux accompagner les entreprises technologiques dans leurs phases de croissance.
L’enjeu est connu : si l’Europe dispose de nombreux talents, laboratoires, startups et industriels, elle peine encore à faire émerger des fonds de très grande taille, capables de suivre les besoins de financement des champions technologiques sur la durée.
À VivaTech, Lutz Diederichs, directeur général de BNP Paribas Allemagne, a notamment rappelé que des centaines de milliards d’euros dorment encore sur des comptes courants ou d’épargne en Allemagne, sans être investis dans des actions, des obligations ou des projets d’avenir.
C’est précisément l’un des objectifs de Tibi : mieux mobiliser l’épargne disponible pour financer l’innovation, plutôt que de laisser les entreprises technologiques européennes dépendre trop fortement de capitaux étrangers lorsqu’elles changent d’échelle.
Avec cette troisième phase, l’État veut donc accélérer le mouvement. Reste désormais à transformer ces engagements en investissements effectifs, et à prouver que l’épargne institutionnelle européenne peut devenir un véritable levier de puissance technologique.