La patience est la mère de toutes les vertus, paraît-il. L’adage s’applique parfaitement à la trajectoire mouvementée de Withings. Lancée en 2018 par Éric Carreel, Cédric Hutchings et Frédéric Potter, la société tricolore annonce avoir atteint la rentabilité sur l’exercice 2025. Une première depuis sa création.

S’il s’agit d’un accomplissement majeur pour l’entreprise, cette dernière se refuse à dévoiler ses chiffres financiers. Withings se contente simplement d’indiquer que son chiffre d’affaires a bondi d’environ 90 % depuis 2018. Si l’entreprise a choisi 2018 comme base de référence, ce n’est pas le fruit du hasard. En effet, cela coïncide avec la reprise de Withings par Éric Carreel, deux ans seulement après le rachat de la société par Nokia pour 164 millions d’euros. L’intégration au sein du groupe finlandais avait tourné au fiasco, poussant l’entrepreneur tricolore a venir à la rescousse.

Des produits parfois atypiques pour devenir une référence de la santé prédictive

Petit à petit, Éric Carreel a redressé l’entreprise française, qui aura tout de même eu besoin de huit ans pour éponger ses pertes. Pour marquer le nouvel envol de Withings, la société a lancé pléthore de produits, comme des balances, des tensiomètres, des montres connectées et même des choses plus atypiques comme un laboratoire d’analyse de l’urine connecté (U-Scan) ou encore un miroir connecté futuriste pour surveiller sa santé au quotidien (Omnia). Withings a notamment pris l’habitude de dévoiler ses innovations lors du CES de Las Vegas. Cette année, l’entreprise y a ainsi dévoilé une nouvelle version de sa balance connectée Body Scan.

Avec son approche, Éric Carreel a souhaité faire de Withings une référence en matière de santé prédictive. Un pari qui paie enfin sur le plan financier. Dans ce cadre, la division Withings Health Solutions, qui propose des solutions de télésurveillance et d'analyse de données aux acteurs de la santé, programmes de santé numérique, réseaux hospitaliers, assureurs et organismes de recherche clinique, en Europe comme aux États-Unis, représente 17 % du chiffre d'affaires total.

20 à 27 % du chiffre d'affaires réinjecté dans la R&D

Si Withings a mis 18 ans à atteindre la rentabilité, ce n’est pas juste à cause de l’épisode du rachat catastrophique de Nokia. C’est aussi parce que la société a réinvesti entre 20 et 27 % de son chiffre d'affaires annuel en recherche et développement de 2018 à 2025, de manière à proposer des produits innovants en permanence. «Atteindre la rentabilité en 2025 prouve qu'il est possible de bâtir une entreprise durable sur des fondements cliniques rigoureux, au service du patient comme du médecin. Withings est une entreprise française, et cette crédibilité a été construite ici, depuis le début», se félicite Éric Carreel, co-fondateur et président de Withings. Les États-Unis sont son premier marché, devant l’Allemagne et la France.

Aujourd’hui, la marque revendique 15 millions d'utilisateurs actifs dans le monde, qui ont réalisé plus d’un milliard de mesures avec les appareils de la marque tricolore en 2025. Parmi ces mesures, environ 36 % étaient cliniques ou médicales. «Les patients européens n'achètent plus des trackers d'activité, ils investissent dans des compagnons de santé à long terme», observe l’entreprise basée à Issy-les-Moulineaux. Pour se renforcer, cette dernière a récemment repris la medtech rennaise Biosency. Une manière pour Withings d’agir comme un acteur de consolidation du marché, tout comme un autre fleuron français de la santé connectée, Doctolib, qui a racheté son concurrent britannique Medicus Health plus tôt cette année.