Waymo semble décidé à accélérer en Europe et Paris se trouve sur sa route. En effet, la filiale d’Alphabet (Google) dédiée aux voitures autonomes, a discrètement enregistré une nouvelle société, Waymo France, auprès du Registre national des entreprises (RNE) de l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi). Dotée d’un capital social de 10 000 euros, elle a officiellement débuté son activité le 23 juin 2026, avant de recevoir une immatriculation au RNE de l’Inpi six jours plus tard.

Si aucun service de robotaxis en libre-service n’existe encore en France, la description de Waymo France laisse pourtant peu de place au doute concernant ses intentions. En effet, il est indiqué que l’activité principale de cette entité est de «fournir des services de transport à la demande à l'aide de véhicules autonomes et fournir des services destinés à soutenir l'offre commerciale de ces services par des tiers». La société s’est ainsi placée sous le régime des transports urbains et suburbains de voyageurs.

Même adresse qu’OpenAI à Paris

Waymo a été placé sous la responsabilité de Steven Hahn, responsable des équipes juridiques chargées du droit commercial, du droit des sociétés et du droit du travail chez Waymo, et de Kelly Francis, responsable du contrôle financier au sein de la filiale d’Alphabet. Le siège social de cette antenne française se situe au 95 rue de la Boétie, dans le VIIIe arrondissement de Paris. Une adresse qui est en fait une boîte aux lettres partagée avec d’autres entreprises, comme OpenAI, le géant américain à l’origine de ChatGPT. La filiale française est désormais supervisée par Emmanuel Marill, l’ancien patron Europe d’Airbnb, qui a été nommé au poste de directeur général d’OpenAI pour la région EMEA.

Si Waymo doit encore préciser ses intentions avec cette nouvelle filiale, cela semble être d’ores et déjà le signal que l’entreprise américaine souhaite faire rouler ses taxis sans chauffeur, déjà en action à San Francisco, Los Angeles aux États-Unis, à Paris, voire dans d’autres villes françaises. De là à imaginer de voir bientôt des Waymo passer devant le Louvre et la Tour Eiffel, et emprunter les Champs-Élysées, il y a encore un sacré pas à franchir, notamment réglementaire.

Néanmoins, la France dispose d’un cadre intéressant, puisque des expérimentations de conduite autonome de niveau 4 sont possibles depuis l’été 2022. A ce niveau, le véhicule devient véritablement autonome, mais seulement dans des zones et conditions qui permettent de s’affranchir complètement du conducteur. Autrement dit, il va falloir s’armer d'un peu de patience avant de voir un Waymo se confronter au test ultime : emprunter le fameux rond-point de l’Étoile.

Royaume-Uni, Allemagne, Espagne et Portugal aussi dans le viseur

En tout cas, l’ouverture d’une filiale en France confirme la volonté de la branche d’Alphabet de passer la vitesse supérieure en Europe. Avant Paris, Waymo a ainsi placé ses pions dans plusieurs pays du Vieux Continent, comme le Royaume-Uni, où l’entreprise américaine mène des tests avec l’espoir de lancer un service commercial de robotaxis dans les rues de Londres d’ici la fin de l’année. Dans la capitale anglaise, Waymo doit faire face à la concurrence de la startup britannique Wayve, qui s’est alliée au constructeur automobile Stellantis et la plateforme de VTC Uber pour développer et déployer des services de robotaxis. A Londres, on retrouve aussi l'entreprise chinoise Apollo Go, filiale du géant Baidu, qui s’est associée à Lyft.

Outre le Royaume-Uni, Waymo a également ouvert récemment une filiale à Munich. Cette dernière doit permettre à l’entreprise américaine de faire rouler des taxis autonomes dans la capitale de la Bavière, ainsi qu’à Berlin. Waymo s’est également doté d’une entité en Espagne sous la dénomination «Waymo Iberia», ce qui suggère que la filiale d’Alphabet pourrait adresser l’ensemble de la péninsule ibérique, soit l’Espagne mais aussi le Portugal. A Madrid, Waymo se retrouverait en concurrence avec l’entreprise chinoise WeRide, qui va mener des tests avec Uber.

A ce jour, Waymo revendique 3 000 robotaxis en circulation dans une dizaine de villes américaines. L’ouverture de filiales en France, en Allemagne et en Espagne en l’espace de quelques jours en juin témoigne de son envie de conquérir l’Europe. D’ici 2035, l'Agence internationale de l'énergie mise sur 700 000 à 3 millions de robotaxis en circulation dans 40 à 80 grandes villes dans le monde. De son côté, BCG table sur 3 millions, dont 850 000 en Chine et 350 000 aux États-Unis, mais seulement 120 000 en Europe. Goldman Sachs prévoit même jusqu’à 6 millions de véhicules sans chauffeur pour un marché de 415 milliards de dollars.