En juin prochain, les États-Unis accueilleront, avec le Canada et le Mexique, la Coupe du monde de football. Un événement planétaire durant lequel les Bleus de Didier Deschamps tenteront de décrocher une troisième étoile après les sacres mondiaux conquis en 1998 et en 2018. Mais avant ce grand rendez-vous de sport, c’est une autre Coupe du monde qui s’est déroulée en ce mois d’octobre du côté de San Francisco.
En effet, la cité californienne, connue pour son Golden Gate Bridge et son écosystème tech foisonnant, a été le théâtre du 15 au 17 octobre de la phase finale de la Startup World Cup, organisée par Pegasus Tech Ventures. A cette occasion, une centaine de startups ont convergé vers l’épicentre mondiale de la révolution de l’IA pour présenter leurs solutions devant plus de 3 000 participants venus du monde entier, dont plus de 300 investisseurs de la Silicon Valley.
Nūmi et Initiativ, deux lauréats français retenus à VivaTech et aux Rencontres d’Aix
Parmi les startups en compétition, deux ont défendu les couleurs de la France. Il s’agit de Nūmi et Initiativ. La première développe une biotechnologie pour améliorer la santé infantile grâce à la reproduction en laboratoire des propriétés uniques du lait maternel et a validé son ticket pour la grande finale le 12 juin dernier, en marge de VivaTech au Village by CA Paris. Quant à la seconde, elle a mis sur pied une plateforme de nouvelle génération pour le trading à faible coût des quotas carbone européens au service des industriels et des acteurs du secteur énergétique. Cette dernière a gagné son voyage pour San Francisco le 2 juillet, à la veille des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence.
Nūmi et Initiativ ont su tirer leur épingle du jeu parmi les plus de 150 candidatures déposées pour les étapes françaises de la Startup World Cup. Les deux startups tricolores ont été emmenées à San Francisco par le réseau Startup&Angels, qui a constitué une délégation franco-australienne pour défendre la francophonie et l’Asie-Pacifique sous le soleil californien.
Une semaine au cœur de la Silicon Valley
Cette édition 2025 de Startup World Cup gardera une saveur particulière puisqu’il s’agit de la première participation de la France à cet événement. Néanmoins, San Francisco e la Silicon Valley sont habitués à voir des Frenchies débarquer dans la région. De nombreux entrepreneurs, comme Carlos Diaz, désormais connu pour son podcast «Silicon Carne» et son talk-show «Le Festin», Mathilde Collin, co-fondatrice de Front, ou Luc Julia, le père spirituel de Siri et personnage haut en couleurs dans le monde de l’IA, ont élu domicile dans la baie de San Francisco. Régulièrement, de nombreux entrepreneurs français s’imprègnent aussi de l’effervescence locale en rejoignant le célèbre accélérateur Y Combinator pendant quelques mois.
Pour la délégation franco-australienne emmenée par Startup&Angels, la grande finale de la Startup World Cup aura été l’occasion d’une véritable immersion au sein de la Silicon Valley du 13 au 18 octobre. Avant de prendre part à la compétition, Eden Banon-Lagrange, co-fondatrice et CEO de Nūmi, et Isaure Courcenet, co-fondatrice et CEO d’Initiativ, ont ainsi pu bénéficier de workshops, organisés à l’Alliance Française de San Francisco en partenariat avec Epic Execution, La French Tech SF et Business France, pour se préparer à la finale, mais aussi aux rencontres avec les investisseurs de la Silicon Valley, notamment en anticipant les questions autour du marché américain. Une réception a également eu lieu à la veille de la finale, en présence du consul d’Australie à San Francisco, pour favoriser les rencontres entre entrepreneurs, mentors et investisseurs. Et pourquoi pas initier des deals ?
Dans ce sens, Français et Australiens auront sans doute été inspirés par l’histoire d’Ilan Zerbib, un Frenchie qui travaillait chez Shopify. «Sur la base d’une idée, sans pitch, il a levé 4 millions de dollars juste en parlant à des investisseurs. Alors qu’il était basé à Miami, il a fait ses valises pour partir à San Francisco deux semaines plus tard», raconte Léo Denes, co-fondateur de Startup&Angels. Aujourd’hui, la startup d’Ilan Zerbib, qui souhaite développer un OS pour faciliter les transactions avec les agents IA, est pour de bon sur les rails.
Et le vainqueur est…
Après ce shot d’inspiration, l’heure de la compétition a sonné. Si les deux entrepreneurs français ont vaillamment défendu leur projet, ils ne sont pas parvenus à rallier le Top 10 de la finale. «Il y a eu 5 batchs de 20 startups répartis sur la journée. Il y avait quand même de la pression car les plus gros fonds américains étaient dans le jury. Et il y avait vraiment la crème de la crème pour chaque pays représenté. Si seulement 10 startups ont été retenues pour la dernière ligne droite de la finale, tout le monde a pu repitcher et rencontré des investisseurs. C’était vraiment une super expérience !», confie avec un grand sourire Léo Denes.
A l’arrivée, c’est la startup américaine Coreshell, à l’origine d’une technologie de batterie à anodes en silicium encapsulées, qui a remporté cette édition 2025 de la Startup World Cup, devant la jeune pousse israélienne Intuition Robotics, qui développe un compagnon empathique basé sur l’IA pour les seniors. La société kenyane BuuPass, qui a conçu une plateforme de réservation de tickets de transports interurbains en Afrique, complète le podium.
«La Silicon Valley est en avance de 3 ans sur Paris et les capitales tech européennes»
Mais plus que l’événement en lui-même, Léo Denes a été impressionné par l’effervescence qui règne à San Francisco autour de la tech, et plus encore de l’IA. «La Silicon Valley est en avance de 3 ans sur Paris et les capitales tech européennes. 8 panneaux publicitaires sur 10, c’est un software d’IA. On voit des taxis autonomes partout en centre-ville avec Waymo… Bref, c’est vraiment une autre planète là-bas !», souligne l’entrepreneur franco-australien.
«Dans la Silicon Valley, les gens se font des cafés. Ils prennent le temps pour écouter. Il n’y a pas besoin d’envoyer un mémo, on peut lever sur une idée. Les Américains sont assez francs. Mais pour avoir un investisseur américain, il faut venir chercher le chèque aux États-Unis. Ils vont dire aux entrepreneurs de venir s’installer dans la Silicon Valley et de trouver des gens pour faire du 996 (planning de travail qui consiste à travailler de 9h du matin à 21h le soir, 6 jours par semaine, ndlr) dans une baraque pendant six mois. Et si le projet a bien avancé, ils remettront peut-être au pot. Car il ne faut pas oublier avec l’IA qu’il y a toujours quatre ou cinq startups sur le même segment», ajoute Léo Denes.
En tout cas, le co-fondateur de Startup&Angels appelle les entrepreneurs français à jeter un œil à ce qu’il se passe dans la Silicon Valley. Surtout, il les encourage à avoir plusieurs nationalités dans leur équipe. «Arrêtez de développer votre Minitel dans votre coin, ayez une équipe internationale et ne recrutez pas des gens comme vous ! Mixez vos équipes, il faut un ADN plus international ! Cela implique de parler anglais et de travailler davantage !», leur lance-t-il. Avant de conclure : «Quand on voit ce qu’il se passe aux États-Unis, il ne faut pas qu’on se flagelle en France. Nous avons un potentiel de dingue !»
«Le grand gagnant de cette édition 2025 a le potentiel d’un sous-traitant de Renault ou de Verkor»
Avec cet élan d’optimisme, Léo Denes se tourne désormais vers l’édition 2026 de la Startup World Cup. De nouvelles étapes devraient ainsi se tenir en France, notamment en marge de VivaTech et des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Le co-fondateur de Startup&Angels émet un vœu pour le profil des participants français : «Il faut que l’on ait des entreprises plus matures, qui en sont déjà à la série B ou C. Le grand gagnant de cette édition 2025 a le potentiel d’un sous-traitant de Renault ou de Verkor.»
Pour la prochaine édition de la grande finale de la Startup World Cup en octobre 2026, il se murmure que 300 startups venues des quatre coins du monde pourraient s’affronter. Une mutation assez logique finalement, dans la mesure où la Coupe du monde de football verra 48 équipes, et non plus 32, se disputer le trophée Jules Rimet en juin prochain sur le continent nord-américain.