La technologie est redevenue un enjeu de puissance. Dans un monde où l'intelligence artificielle restructure les chaînes de valeur mondiales, où le spatial, l'énergie, la santé et les semi-conducteurs sont des actifs stratégiques, et où les dépenses militaires s'envolent, la maîtrise technologique conditionne l'indépendance des nations. L'Europe se retrouve prise en étau entre la puissance de calcul américaine et la puissance industrielle chinoise, deux modèles qui ont compris depuis longtemps que la technologie est d'abord une affaire de souveraineté.
L'Europe ne peut ni copier l'un ni s'aligner sur l'autre. Elle doit affirmer son modèle, en s'appuyant sur ses caractéristiques intrinsèques : excellence académique, densité industrielle et puissance publique structurante. Au cœur de ce modèle, les startups deeptech sont le liant indispensable entre la recherche, l'industrie et les politiques publiques, le maillon qui les met en système et les désilote.
Et la matière première est là. En dix ans, l'Europe a développé les bases d'un écosystème performant : plus de 132 milliards de dollars investis dans la deeptech depuis 2020, près de 7 300 spinouts universitaires actifs, et en France, 60 % des investissements en capital-risque désormais orientés vers la deeptech. Depuis le lancement du plan France Deeptech chez Bpifrance il y a sept ans, 11 milliards d'euros ont été déployés, avec des levées atteignant 4 milliards d'euros l'an dernier, un record. Une génération de champions «European by Design» en est la preuve : Mistral, Helsing, Harmattan, Pasqal ou Proxima Fusion.
Que manque-t-il à l'Europe ?
Ce qui manque, c'est la capacité à passer à l'échelle. Elle sera conditionnée par trois catégories d'acteurs. Les LPs d'abord, fonds de pension et grands investisseurs institutionnels : selon le rapport Venture & Growth Capital in Europe de Pensions for Purpose, les fonds de pension européens n'allouent en moyenne que 0,12 % de leurs actifs au capital-risque, soit 10 à 15 fois moins qu'aux États-Unis.
Les corporates ensuite : plusieurs études montrent qu'une large majorité des grandes entreprises européennes, de l'ordre de 70 %, ont déjà noué des collaborations avec des startups, mais ce taux demeure inférieur à celui observé aux États-Unis, où l'intégration des startups dans les stratégies d'innovation est plus ancienne et plus systémique. Les États enfin, qui deviennent des acheteurs urgents, l'ESA avec 22 milliards d'euros de budget record, la Commission avec son plan de réarmement à 800 milliards, mais qui n'achètent pas encore suffisamment auprès des startups innovantes.
Passer du stade de la promesse à celui de la puissance
C'est ce triptyque, LPs, corporates, États acheteurs, qui fera basculer la deeptech européenne du stade de la promesse à celui de la puissance. Et c'est précisément pour les faire entrer, aux coté des acteurs de la deeptech (VC, Startups, agences, …), que nous avons conçu, avec Inskip Entrepreneurs, la European Deeptech Week.
Concrètement, c'est une semaine de haute intensité réunissant plus de 2 500 participants issus de 25 pays européens, un public délibérément sélectif et high level. Le programme principal se déroule chez Bpifrance et monte en puissance : rencontres startups-investisseurs les premiers jours, entrée progressive des corporates et des LPs, jusqu'au Deeptech Summit du jeudi qui fait converger l'ensemble.
En parallèle, une vingtaine de side events labellisés organisés par les partenaires dans tout Paris, dîners thématiques, journées sectorielles, rencontres VIP, permettent de multiplier les formats et d'approfondir les connexions. Des closed-door meetings et des soirées complètent le dispositif pour que chaque participant reparte avec des engagements concrets.
Casser les frontières entre acteurs et entre pays
Mais au-delà du format, l'ambition est plus profonde. Des collaborations entre startups européennes et grands groupes industriels existent déjà, le rapprochement stratégique entre Mistral et ASML en est un exemple. Ce qui manque, c'est un lieu pour les rendre visibles, les amplifier et les dupliquer à l'échelle du continent. L'European Deeptech Week est ce lieu : un espace pour casser les frontières entre acteurs et entre pays, montrer ce qui fonctionne sur le terrain, et accélérer ce mouvement collectif.
La deeptech européenne doit changer d'échelle et s'affirmer comme vecteur d'industrialisation et de souveraineté. L'European Deeptech Week est notre contribution à cet alignement, une première édition que nous voulons inscrire dans la durée.