Fondée par Antoine Guyot et Mathilde Grivet, Jimmy Energy développe des générateurs thermiques nucléaires capables de produire de la chaleur pour les sites industriels. Un segment souvent moins visible que la production d’électricité mais essentiel pour la transition énergétique. « Les industriels consomment énormément d’énergie sous forme de chaleur, aujourd’hui, cette chaleur est majoritairement produite avec du gaz », explique Antoine Guyot, cofondateur et CEO de Jimmy Energy. « L’idée est de remplacer ces chaudières par une source de chaleur décarbonée et stable », poursuit-il.

Pour passer à l’étape suivante de son développement industriel, l’entreprise sécurise 80 millions d’euros. L’opération combine une levée de fonds de 40 millions d’euros en equity menée par Crédit Mutuel Impact, avec la participation notamment d’Ademe Investissement et des actionnaires historiques comme Serena, et un soutien public de 40 millions d’euros dans le cadre du programme France 2030. Ce tour de table porte à plus de 60 millions d’euros les financements privés levés par la startup depuis sa création.

Un tri en cours parmi les projets de SMR

Depuis plusieurs années, les petits réacteurs modulaires sont présentés comme l’une des pistes pour renouveler le nucléaire. Mais le secteur traverse une phase de clarification. Plusieurs projets se heurtent à des défis techniques, financiers ou réglementaires. En France, la startup Naarea, qui développait un autre type de réacteur innovant, est actuellement en liquidation judiciaire.

Pour Antoine Guyot, ces difficultés s’expliquent en partie par l’économie même des SMR. « Le défi des SMR, c’est d’arriver à quelque chose d’économiquement viable. Plus un réacteur est petit, plus il est difficile d’amortir les coûts », explique-t-il. Le dirigeant distingue deux grandes catégories de projets. 

D’un côté, certains développent de nouvelles technologies pour produire de l’électricité. « Ce sont des projets très gourmands en capital, qui nécessitent souvent plusieurs milliards d’euros d’investissement », analyse Antoine Guyot. De l’autre, une approche à laquelle adhère Jimmy Energy : produire de la chaleur industrielle avec des technologies nucléaires éprouvées. « Nous ne cherchons pas à inventer une nouvelle technologie nucléaire. Nous utilisons des technologies connues pour répondre à un besoin industriel existant », affirme Antoine Guyot.

Dans ce contexte, l’État a engagé une sélection progressive des projets soutenus dans le cadre du programme France 2030 consacré aux réacteurs nucléaires innovants. Lors de la première phase lancée en 2023, une douzaine de projets avaient été retenus. Aujourd’hui, selon Antoine Guyot, il ne devrait rester qu’entre deux et quatre projets soutenus par l’État à l’issue de cette phase de sélection.

Une feuille de route industrielle jusqu’au début des années 2030

Les nouveaux financements doivent permettre à Jimmy de franchir une étape clé : entrer dans la phase de conception détaillée de son réacteur avec ses fournisseurs et préparer sa construction. « Le réacteur est aujourd’hui conceptualisé. La prochaine étape consiste à travailler avec les fournisseurs pour entrer dans le design détaillé et préparer la réalisation », explique Antoine Guyot.

Le premier projet est envisagé sur le site industriel de Cristanol à Bazancourt, dans la Marne. L’objectif est de lancer la construction du réacteur à la fin de la décennie pour une mise en service au début des années 2030.

La startup développe en parallèle une plateforme industrielle au Creusot, destinée à préparer la fabrication des équipements nécessaires à ses futurs réacteurs. Elle annonce également la signature d’un partenariat stratégique avec Onet Technologies pour la fabrication de la cuve du réacteur, un composant clé de l’installation.

Pour Antoine Guyot, l’enjeu est désormais moins scientifique qu’industriel. « Il n’y a plus vraiment d’enjeu technologique majeur sur ce que nous faisons. Le vrai défi maintenant, c’est un défi d’exécution », conclut le dirigeant.