L’Europe est aujourd’hui à un point d’inflexion. Rarement les planètes auront été aussi alignées pour faire émerger une puissance technologique capable de renforcer à la fois notre souveraineté, notre modèle démocratique et notre prospérité. Mais il ne faut pas être candide : tout n’est pas rose.

Derrière les opportunités, les fragilités persistent : fragmentation, lenteurs, sous-financement, dépendances. Les ignorer serait une erreur : les connaître, c’est déjà commencer à les combattre. Car la deeptech est devenue une question de puissance et de résilience. Défense, IA, quantique, cybersécurité, santé, décarbonisation : maîtriser ces technologies conditionne notre autonomie stratégique. Mais la concurrence est rude et nos limites bien réelles.

L’Europe a pourtant des atouts majeurs : talents, chercheurs, industriels, marché. Tout est là, mais rien n’est acquis. Pour transformer l’essai, il faut créer un véritable mouvement : mieux coordonner, accélérer, lever les freins. Le moment est venu de regarder nos faiblesses en face pour enfin changer d’échelle.

Mettre l’écosystème en mouvement

Créer cette dynamique ne se décrète pas. Elle suppose des acteurs capables d’aligner les énergies, de rassembler les bonnes personnes autour de la même table et de structurer un narratif commun. En d’autres termes, des chefs d’orchestre. Depuis près de quinze ans, c’est précisément le rôle que nous jouons : connecter industriels, entrepreneurs, investisseurs et institutions pour faire émerger de nouveaux projets et de nouvelles stratégies. Non pas seuls, bien sûr, mais avec des équipes et un réseau qui connaissent intimement les logiques de ces écosystèmes. C’est aussi ce qui a conduit à la création, avec Bpifrance, du Deeptech Summit.

L’idée n’est pas seulement de créer un événement supplémentaire, mais de bâtir un espace où les forces européennes peuvent réellement se rencontrer et s’aligner. Lorsque les bons acteurs se parlent, que les ambitions convergent et que les intérêts se rejoignent, les projets prennent une autre dimension. Cette approche est essentielle car l’échelle européenne est désormais incontournable. Les industriels, par exemple, jouent un rôle clé : ils constituent des plateformes de distribution pour les innovations technologiques et industrielles. Ils permettent aux solutions issues des startups de passer du laboratoire au marché, et de le faire rapidement.

Dans un monde où la compétition technologique est globale, la taille critique et la vitesse d’exécution sont déterminantes. L’enjeu n’est pas tant une puissance géopolitique abstraite qu’une capacité concrète à produire, déployer et diffuser des solutions. Et cela ne peut se faire qu’à travers des alliances européennes solides.

La force des alliances

Les alliances sont au cœur de la dynamique que nous cherchons à faire émerger. Le Deeptech Summit n’en est qu’une des briques, une étape parmi d’autres dans la mise en mouvement d’un écosystème beaucoup plus vaste. Car rien de tout cela ne peut se faire seul. Dans cette logique, la collaboration entre Bpifrance et Inskip est elle-même une illustration concrète de ce que peuvent produire ces alliances. D’un côté, une institution majeure, moteur de l’investissement et acteur central du financement de l’innovation en France. De l’autre, une structure plus agile, proche du terrain et des dynamiques entrepreneuriales.

Cette alliance entre un «David» et un «Goliath» montre qu’il ne s’agit pas d’opposer les tailles ou les modèles, mais de combiner les forces. La robustesse institutionnelle et la puissance de frappe d’un grand acteur, associées à l’agilité et à la vitesse d’une structure plus petite, peuvent créer un effet d’entraînement considérable. Le résultat est déjà visible : un sommet réunissant des milliers de participants, des startups parmi les plus prometteuses, des investisseurs européens de premier plan et de grands groupes industriels. Autrement dit, un écosystème qui commence réellement à se mettre en mouvement.

Si l’Europe réussit ce pari, la deeptech ne sera pas seulement un moteur économique. Elle deviendra l’un des fondements de notre souveraineté, de notre prospérité et de la vitalité de notre modèle démocratique. Le rendez-vous est là. Reste à savoir si nous saurons, collectivement, le saisir.