Selon une étude Ipsos pour l’Observatoire Data Publica, seuls 32 % des Français se disent bien informés sur l’utilisation de leurs données personnelles. Un chiffre qui en dit moins sur la solidité du cadre que sur une confusion plus profonde : celle qui consiste à mettre toutes les applications dans le même panier.

Un cadre solide, mais une perception brouillée

Depuis 2018, le RGPD impose des règles claires : consentement explicite, minimisation des données, droit d’accès, de rectification et d’effacement. Les sanctions, parfois records, ont démontré que ce cadre n’était pas théorique. Mais dans les usages, une idée s’est installée : toute application collecterait des données pour les revendre.

Cette perception, largement alimentée par les excès de certains modèles économiques, masque une réalité plus nuancée. Car toutes les applications ne poursuivent pas le même objectif ni les mêmes logiques de création de valeur.

Collecter n’est pas vendre

Toute application collecte des données. C’est une condition de fonctionnement : localisation, activité, préférences. Ces informations permettent d’améliorer le service, de personnaliser l’expérience et de mesurer son efficacité. La revente de données à des tiers relève, elle, d’un choix économique spécifique, et non d’une fatalité.

En mélangeant ces deux réalités, on entretient une défiance généralisée, y compris envers des modèles qui ne reposent pas sur l’exploitation commerciale des données personnelles.

L’héritage de l’économie de l’attention

Cette confusion tient aussi à l’histoire récente du numérique. Pendant plus d’une décennie, l’économie des plateformes s’est construite sur un principe simple : capter l’attention pour maximiser les revenus publicitaires. Dans ce modèle, la donnée est devenue une ressource stratégique, parfois au détriment de la lisibilité pour l’utilisateur.

Mais ce paradigme est aujourd’hui challengé. Une nouvelle génération d’applications émerge, avec une logique différente : moins capter… et davantage apporter une valeur directe et mesurable à l’utilisateur.

Vers des modèles plus lisibles et plus responsables

Ces nouveaux modèles reposent sur des sources de revenus diversifiées : publicité encadrée, partenariats, affiliation, abonnements. La donnée y joue un rôle fonctionnel : améliorer le service, mais ne constitue pas nécessairement un actif à monétiser. Cela implique une exigence accrue : être capable d’expliquer simplement ce qui est collecté, pourquoi, et dans quel cadre.

La conformité réglementaire ne suffit plus. La transparence devient un enjeu concurrentiel.

La confiance comme nouvel avantage compétitif

Le RGPD a posé les bases d’un cadre solide. Mais la confiance ne se décrète pas par la loi. Elle repose sur une capacité des acteurs à rendre leurs pratiques compréhensibles, à distinguer clairement leurs modèles économiques, et à démontrer, dans la durée, leur responsabilité. À mesure que les utilisateurs deviennent plus attentifs à l’usage de leurs données, une évolution se dessine : les applications ne seront plus seulement jugées sur leur performance ou leur ergonomie, mais sur leur capacité à instaurer une relation de confiance.

Demain, le véritable avantage compétitif des plateformes ne sera peut-être plus la quantité de données qu’elles collectent… mais la clarté avec laquelle elles expliquent ce qu’elles en font.