La course à l’IA engendre une guerre de l’énergie. Pour faire tourner des modèles très gourmands en tokens, il faut une puissance de calcul colossale face à une demande grandissante. Un enjeu que Mistral AI a bien compris alors que l’entreprise fête ses trois ans d’existence ce jeudi 28 mai à l’occasion d’un événement organisé au Carrousel du Louvre, à Paris.

Lors de ce dernier, baptisé «AI Now Summit», la première décacorne française a ainsi annoncé viser une capacité de calcul de 200 mégawatts d’ici 2027, puis d'un gigawatt à l’horizon 2030. Dans ce cadre, elle a dévoilé qu’un nouveau site situé aux Ulis, dans l’Essonne, allait voir le jour. Dédié aux opérations d’inférence, sa mise en service est prévue au troisième trimestre 2026. Avec cette nouvelle infrastructure, l’objectif pour Mistral AI est de mieux maîtriser sa supply chain dans l’IA. «La puissance de calcul est essentielle pour nos clients et notre avenir», estime Timothée Lacroix, co-fondateur et directeur technique de Mistral AI. «Notre feuille de route nous permet de répondre à la demande mondiale en infrastructures d'IA tout en préservant notre indépendance», ajoute-t-il.

Pour acter cette couverture complète de la chaîne de valeur de l'IA, Mistral AI se décrit maintenant comme une «full-stack AI company». Une manière d'affirmer sa montée en puissance en tant qu'acteur d'infrastructure après avoir débuté sur le segment des fameux LLM. «Il y a trois ans, nous avons fondé Mistral AI avec une conviction claire : l'IA est trop stratégique pour être laissée entre les mains de quelques-uns, et le monde avait besoin de plateformes ouvertes pour développer des applications d'IA», estime Arthur Mensch, co-fondateur et PDG de Mistral AI. «Nous développons des modèles de pointe, les déployons au sein de l'infrastructure des organisations, les entraînons sur leurs connaissances propriétaires et
les exécutons sur une puissance de calcul contrôlable», ajoute le dirigeant.

«Meilleur cluster d'entraînement d'Europe»

En marge du Sommet pour l’Action sur l’IA l’an passé, Mistral AI avait annoncé l’installation de son premier centre de données sur le sol français. Celui-ci sera situé à Bruyères-le-Châtel, dans l’Essonne, à une trentaine de kilomètres de Paris. Sa mise en service est attendue dans les prochaines semaines. Ce site sera notamment utilisé pour faire tourner un modèle de «Mistral Compute», son offre cloud dédiée à l’IA qui a été lancée avec Nvidia en 2025.

Pour exploiter ce centre de données, Mistral AI a sécurisé en mars un emprunt de 830 millions de dollars. La société prévoit aussi de se doter de centres de données en Suède. «Nous avons perfectionné notre expertise au fil des ans et construit le meilleur cluster d'entraînement d'Europe», se réjouit Timothée Lacroix. Au total, Mistral investit pas moins de 4 milliards d'euros dans des centres de données en France et en Europe. Une enveloppe colossale mais très éloignée de la pluie de milliards de dollars lâchés par les mastodontes du secteur, comme OpenAI et Anthropic. «Nous n'avons pas le bilan financier de Microsoft», a d'ailleurs reconnu Arthur Mensch lors d'une conférence de presse à la veille de l'événement «AI Now Summit». Cette année, Mistral AI espère franchir le cap du milliard d’euros de revenus.

Mistral AI n’a pas rejoint le consortium français pour une gigafactory d’IA

Ces derniers jours, la puissance de calcul dans l’IA était déjà au centre des discussions en France. Et pour cause, Iliad, Ardian, Artefact, Bull, Capgemini, EDF, Orange et Scaleway ont annoncé la création d’un consortium, baptisé «AION», pour bâtir une gigafactory d’IA en France. Cette dernière serait éparpillée sur plusieurs sites en France et doit atteindre à terme une puissance de calcul… d’un gigawatt. Exactement comme la capacité de calcul visée par Mistral AI d’ici 2030.

La première tranche du projet, chiffré à 10 milliards d’euros, fixe un objectif initial à 100 mégawatts, mais les modalités définitives restent à définir, puisque cela s’inscrit dans le cadre d’un appel d’offres européen sur les gigafactories d’IA qui doit être lancé prochainement. Les membres fondateurs de ce consortium espéraient que Mistral AI puisse les rejoindre, mais ce n’est pas visiblement pas dans les plans d’Arthur Mensch, qui estime que le projet «n’est pas vraiment adapté» à leur approche d’entreprise d’IA full-stack.

2 acquisitions et une plateforme d’agents IA

Pour concrétiser cette dernière, la société, qui compte désormais un millier de salariés, a procédé à deux acquisitions ces derniers mois, à commencer par Koyeb, qui développe un fournisseur de cloud sans serveur. Cette dernière permet ainsi aux développeurs de déployer des applications d'IA sans gérer d'infrastructure. Une manière pour Mistral AI de faire un pas pour bâtir un cloud dédié à l’IA.

La semaine passée, la décacorne tricolore a également mis la main sur la startup autrichienne Emmi AI. Cette dernière développe des Large Engineering Models pour créer des jumeaux numériques permettant des simulations industrielles fidèles aux lois de la physique (dynamique des fluides, systèmes multi-physiques, mécanique du solide…). De cette manière, l’objectif est d’optimiser les processus de conception, de fabrication et de production.

Afin de s’inscrire dans la tendance du moment de l’IA agentique, Mistral AI a dévoilé aujourd’hui Vibe, sa nouvelle plateforme d’agents pour les entreprises. «Les utilisateurs peuvent définir le cahier des charges et passer à autre chose, tandis que Vibe réfléchit, rédige et livre le travail finalisé à partir d'une seule conversation. Vibe Code écrit, teste et déploie du code sur différentes bases de code», explique Timothée Lacroix. Une manière pour Mistral AI de rajouter une couche à son offre B2B pour séduire davantage d’entreprises dans le monde, notamment sur des marchés clés comme les États-Unis, le Japon et l’Australie.